Aurions-nous oublié que, « créé le 17 octobre 1960 à Tunis », Jeune Afrique entre aujourd'hui dans sa quarantième année, nos lecteurs nous l'auraient rappelé. Ils sont déjà assez nombreux - certains sont en plus actionnaires ou annonceurs de publicité - à nous avoir adressé leurs voeux d'anniversaire.
Le courrier nous apportera, sans aucun doute, d'autres messages, dont les auteurs nous connaissent alors que nous savons seulement qu'ils nous lisent, parfois depuis... quarante ans. Leur évidente sincérité fait que nous les croyons sans peine quand ils nous disent leur attachement à ce journal, qu'ils considèrent, à juste titre, comme le leur plus que le nôtre.

Quarante ans est l'âge auquel un homme ou une femme est pleinement adulte, c'est l'âge auquel le Prophète de l'islam a commencé à recevoir la Révélation qui allait en faire un initié et « le messager de Dieu »... Pour un journal comme le nôtre, c'est l'âge où l'on n'a plus le droit de mourir, ni d'être médiocre, ni de commettre les erreurs qu'on pardonne aux jeunes publications. Lourde responsabilité !

Mais quelle est la fonction d'un hebdomadaire comme Jeune Afrique ? Celle des journaux dignes de ce nom, dits de qualité, que l'opinion publique, en tout cas, considère comme tels.
À vrai dire, ces journaux ont une mission, au sens le plus noble du terme. C'est notre mission, je l'ai donc, pour mes journalistes, rassemblée en six points :
1. Ils décrivent, informent et relatent (le plus fidèlement possible) ;
2. Ils expliquent et évaluent (analysent sans se tromper, ou le plus rarement possible) ;
3. Ils défendent la justice et l'équité, l'égalité des chances, le respect de l'autre, la solidarité entre les hommes, le progrès ;
4. Ils expriment les préoccupations et la sensibilité de leurs lecteurs, tiennent compte de leurs émotions, sont à leur écoute ;
5. Ils sont utiles à leurs lecteurs dans leur vie d'hommes et de femmes, de citoyens, de consommateurs ;
6. Ils sont instructifs, participent à l'éducation de leurs lecteurs. Mais, en même temps, sont agréables à lire : on attend de les recevoir, on y entre et on tourne les pages avec plaisir.

Ceux qui nous lisent depuis quelques années savent que je leur donne des nouvelles de Jeune Afrique et de l'entreprise qui l'édite, à l'occasion de l'anniversaire de l'hebdomadaire.
Ils savent aussi, je crois, que je leur dis toujours l'exacte vérité. Je ne leur ai pas caché nos difficultés, qui ont été graves, au point de mettre en danger l'existence même de l'entreprise et ont duré sept longues années qui furent, pour nous, très pénibles.
Jeune Afrique a heureusement survécu à cette période de vaches très maigres (1989-1995) et, depuis 1996, il reprend des forces, efface ses pertes, s'allège de ses dettes.
Je puis vous annoncer, en cette fin 1999, le retour à la bonne santé : Jeune Afrique va assez bien ; il devrait aller encore mieux l'année prochaine et, je l'espère, connaître de nouvelles améliorations.

Des modifications importantes vont être introduites dans le journal que vous connaissez et aimez. Je pense qu'elles vous surprendront.
Mais je voudrais que votre étonnement soit agréable, que vous nous approuviez, nous gardiez votre confiance et nous donniez votre adhésion.
Jeune Afrique est notre « vaisseau amiral » et, à ce titre, il draine le principal de nos investissements : vous vous en apercevrez dans quelques semaines lorsque vous aurez sous les yeux les enrichissements auxquels je fais allusion ci-dessus.
Mais nous nous sommes aventurés sur d'autres terrains, avons fait mûrir des projets inédits. Ne sommes-nous pas à l'aube d'un siècle et d'un millénaire nouveaux ? Nous voulons y entrer avec un Jeune Afrique transformé qui a quitté les rivages de la jeunesse pour ceux de l'âge adulte.
J'ajoute que nous ne nous contenterons pas de ce renouvellement.
Je ne vous en dis pas plus, pour le moment.