Changer ou mourir
mardi 11 juillet 2000 :: Divers :: #224 :: rss :: lu 818 fois
Que l'Union africaine se fasse vite ou non, que l'espoir demeure de la voir prendre forme dans un délai prévisible ou bien qu'apparaisse au Sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui s'ouvre demain à Lomé, l'impossibilité de la faire rapidement, l'OUA, elle, a terminé son existence sous la forme que nous lui avons connue.
Il n'est pas souhaitable, il ne me paraît pas possible qu'elle continue à être ce qu'elle a été depuis sa naissance : petite bougie, allumée à Addis-Abeba un jour de mai 1963, qui refuse de s'éteindre et dont la faible et vacillante flamme symbolise l'indéracinable espoir des Africains en l'unité.
Et, concrètement, un « petit machin » de deux cents fonctionnaires africains(*) dirigés par un secrétaire général, mais qui ne dispose ni de locaux ni d'équipements modernes (voir p. 30 l'article de Samir Gharbi).
Cloîtrés dans la capitale d'un pays enclavé, le plus pauvre et le plus arriéré d'Afrique (et du monde), sans infrastructures dignes de ce nom et sans aucun espoir d'évolution, ils ne peuvent rien accomplir d'important ni, d'ailleurs, avoir le moral pour entreprendre quoi que ce soit.
Pourquoi sont-ils là ? Quelle est leur mission générale et quelles tâches particulières en découlent ? L'Organisation a-t-elle un dessein ? Quelqu'un lui a- t-il un jour défini des priorités ?
Soyez assurés que non.
Ces fonctionnaires, qui sont l'OUA, qu'ont-ils réussi au cours de l'année ou de la décennie écoulée et qu'ont-ils raté ? Comment peut-on évaluer leur performance ?
Le secrétaire général et le président en exercice de l'Organisation rédigent et lisent chaque année un rapport qui montre qu'ils font de leur mieux, qu'ils ont tenté de résoudre conflits et difficultés.
Est-ce suffisant ? Où est l'évolution d'une année sur l'autre ? En quoi l'idéal d'unité a-t-il été servi ?
L'Europe occidentale mise à part, qui a réussi, en cinquante ans, à force de patience et de ténacité, une très belle intégration, les autres continents n'ont pas fait beaucoup mieux que l'Afrique.
La plupart des pays qui composent l'Amérique latine et l'Asie ont fini par trouver le chemin du développement économique et d'une certaine prospérité. Mais, sur aucun de ces deux continents, l'intégration économique n'a fait de progrès irréversibles. Quant aux unions politiques, on ne saurait en parler, car elles sont inexistantes.
Parce qu'elles comptent de très grands pays riches et développés - les États-Unis pour l'Amérique, le Japon pour l'Asie -, ces organisations continentales du type OUA sont beaucoup plus riches que leur pendant africain et, par conséquent, plus actives, plus utiles.
Celle qui rassemble les pays américains s'appelle OEA(**) (Organisation des États américains). Créée dès 1948, elle rassemble 35 pays, dont le plus puissant du monde, les États-Unis, qui la domine et supporte... 60 % de son budget (trois fois plus important que celui de l'OUA).
Dans un prochain numéro, nous vous en dirons plus sur cette organisation pour vous permettre une comparaison avec l'OUA.
Un continent de 800 millions d'hommes et de femmes, composé de 53 pays, dont aucun n'est développé, peut-il se doter d'une organisation continentale plus élaborée, disposant de plus de moyens et de pouvoirs que l'actuelle OUA ?
Oui, sans aucun doute, et il y a grandement intérêt. S'il était développé, le continent africain n'aurait aucun mal à s'offrir une OUA dont le budget serait plus important et qui attirerait des hommes et des femmes de valeur. Mais il en aurait moins besoin, car ce serait, d'une certaine manière, un luxe.
C'est, dans sa situation actuelle, parce que les économies de la plupart de ses pays sont en piteux état, parce que des foyers de violence y prospèrent, parce que la malaria et le sida y font des ravages, parce que ses universités et ses hôpitaux n'en ont que le nom, que l'Afrique a besoin d'une autre OUA. Et peut se la donner.
Une autre OUA siégerait ailleurs qu'à Addis, dans la capitale moderne d'un pays ayant accédé à la démocratie, convenablement reliée aux autres pays africains et au reste du monde.
Si les intéressés ne consacraient à cette organisation qu'un demi-dollar par an et par habitant, si on ne faisait supporter cette charge qu'à la moitié des Africains (en en libérant l'autre moitié, composée des plus pauvres), on disposerait d'un budget six fois supérieur à celui de l'actuelle OUA, le double de celui de l'Organisation des États américains.
L'Organisation pourrait fonctionner sans que l'essentiel de ses ressources soit consacré à payer les salaires. Parmi les Africains, du continent ou de la diaspora, les mieux formés, les plus expérimentés et les plus habités par l'idée d'une Afrique unie, quelques dizaines viendraient à elle.
Pour quoi faire ? Éclairer la voie, définir les moyens, obtenir les aides extérieures pour que le continent rattrape son retard, trouve le chemin du progrès économique, éduque et soigne ses enfants, accède à la dignité que confère la démocratie.
Une telle organisation pourrait suppléer la faiblesse de certains États, organiser la solidarité et la coopération entre Africains, améliorer l'éducation par l'octroi de bourses, promouvoir la culture, honorer le passé.
Le champ d'activités est immense : tout ce qui peut favoriser l'accession des Africains à la dignité d'hommes, leur permettre de rejoindre les autres continents dans la modernité et, en une cinquantaine d'années, d'épouser le XXIe siècle qui commence dans six mois.
Il n'est pas souhaitable, il ne me paraît pas possible qu'elle continue à être ce qu'elle a été depuis sa naissance : petite bougie, allumée à Addis-Abeba un jour de mai 1963, qui refuse de s'éteindre et dont la faible et vacillante flamme symbolise l'indéracinable espoir des Africains en l'unité.
Et, concrètement, un « petit machin » de deux cents fonctionnaires africains(*) dirigés par un secrétaire général, mais qui ne dispose ni de locaux ni d'équipements modernes (voir p. 30 l'article de Samir Gharbi).
Cloîtrés dans la capitale d'un pays enclavé, le plus pauvre et le plus arriéré d'Afrique (et du monde), sans infrastructures dignes de ce nom et sans aucun espoir d'évolution, ils ne peuvent rien accomplir d'important ni, d'ailleurs, avoir le moral pour entreprendre quoi que ce soit.
Pourquoi sont-ils là ? Quelle est leur mission générale et quelles tâches particulières en découlent ? L'Organisation a-t-elle un dessein ? Quelqu'un lui a- t-il un jour défini des priorités ?
Soyez assurés que non.
Ces fonctionnaires, qui sont l'OUA, qu'ont-ils réussi au cours de l'année ou de la décennie écoulée et qu'ont-ils raté ? Comment peut-on évaluer leur performance ?
Le secrétaire général et le président en exercice de l'Organisation rédigent et lisent chaque année un rapport qui montre qu'ils font de leur mieux, qu'ils ont tenté de résoudre conflits et difficultés.
Est-ce suffisant ? Où est l'évolution d'une année sur l'autre ? En quoi l'idéal d'unité a-t-il été servi ?
L'Europe occidentale mise à part, qui a réussi, en cinquante ans, à force de patience et de ténacité, une très belle intégration, les autres continents n'ont pas fait beaucoup mieux que l'Afrique.
La plupart des pays qui composent l'Amérique latine et l'Asie ont fini par trouver le chemin du développement économique et d'une certaine prospérité. Mais, sur aucun de ces deux continents, l'intégration économique n'a fait de progrès irréversibles. Quant aux unions politiques, on ne saurait en parler, car elles sont inexistantes.
Parce qu'elles comptent de très grands pays riches et développés - les États-Unis pour l'Amérique, le Japon pour l'Asie -, ces organisations continentales du type OUA sont beaucoup plus riches que leur pendant africain et, par conséquent, plus actives, plus utiles.
Celle qui rassemble les pays américains s'appelle OEA(**) (Organisation des États américains). Créée dès 1948, elle rassemble 35 pays, dont le plus puissant du monde, les États-Unis, qui la domine et supporte... 60 % de son budget (trois fois plus important que celui de l'OUA).
Dans un prochain numéro, nous vous en dirons plus sur cette organisation pour vous permettre une comparaison avec l'OUA.
Un continent de 800 millions d'hommes et de femmes, composé de 53 pays, dont aucun n'est développé, peut-il se doter d'une organisation continentale plus élaborée, disposant de plus de moyens et de pouvoirs que l'actuelle OUA ?
Oui, sans aucun doute, et il y a grandement intérêt. S'il était développé, le continent africain n'aurait aucun mal à s'offrir une OUA dont le budget serait plus important et qui attirerait des hommes et des femmes de valeur. Mais il en aurait moins besoin, car ce serait, d'une certaine manière, un luxe.
C'est, dans sa situation actuelle, parce que les économies de la plupart de ses pays sont en piteux état, parce que des foyers de violence y prospèrent, parce que la malaria et le sida y font des ravages, parce que ses universités et ses hôpitaux n'en ont que le nom, que l'Afrique a besoin d'une autre OUA. Et peut se la donner.
Une autre OUA siégerait ailleurs qu'à Addis, dans la capitale moderne d'un pays ayant accédé à la démocratie, convenablement reliée aux autres pays africains et au reste du monde.
Si les intéressés ne consacraient à cette organisation qu'un demi-dollar par an et par habitant, si on ne faisait supporter cette charge qu'à la moitié des Africains (en en libérant l'autre moitié, composée des plus pauvres), on disposerait d'un budget six fois supérieur à celui de l'actuelle OUA, le double de celui de l'Organisation des États américains.
L'Organisation pourrait fonctionner sans que l'essentiel de ses ressources soit consacré à payer les salaires. Parmi les Africains, du continent ou de la diaspora, les mieux formés, les plus expérimentés et les plus habités par l'idée d'une Afrique unie, quelques dizaines viendraient à elle.
Pour quoi faire ? Éclairer la voie, définir les moyens, obtenir les aides extérieures pour que le continent rattrape son retard, trouve le chemin du progrès économique, éduque et soigne ses enfants, accède à la dignité que confère la démocratie.
Une telle organisation pourrait suppléer la faiblesse de certains États, organiser la solidarité et la coopération entre Africains, améliorer l'éducation par l'octroi de bourses, promouvoir la culture, honorer le passé.
Le champ d'activités est immense : tout ce qui peut favoriser l'accession des Africains à la dignité d'hommes, leur permettre de rejoindre les autres continents dans la modernité et, en une cinquantaine d'années, d'épouser le XXIe siècle qui commence dans six mois.
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