Une démocratie qui « tient compte des réalités »
mardi 25 juillet 2000 :: Divers :: #178 :: rss :: lu 796 fois
Si son frère aîné ne s'était pas tué au volant d'une voiture de sport, il serait à l'aube d'une carrière d'ophtalmologiste. Si son père n'avait pas été un autocrate tout-puissant, il serait simple citoyen d'un pays du Tiers Monde, dont l'économie est en panne et le territoire en partie occupé depuis un quart de siècle.
Je veux parler du nouveau président de la Syrie, Bachar el-Assad, qui a succédé à son père Hafez comme si ce dernier avait été roi et qu'à sa mort il était normal de clamer : le roi est mort, vive le roi !
On nous a présenté ce jeune homme de 34 ans - si jeune qu'on a dû changer la Constitution pour qu'il puisse répondre aux critères de la fonction - comme progressiste, réformateur et moderne.
Peut-être, mais pas téméraire. Devant le Parlement, qui venait de le porter au pouvoir suprême, il a estimé avisé de déclarer, le 17 juillet, qu'il « rejetait la démocratie à l'occidentale ».
Précisant sa pensée, il a ajouté : « Nous n'appliquerons pas la démocratie conçue par d'autres. Nous conduirons notre propre expérience d'une démocratie qui soit nôtre, procède de notre histoire, de notre culture et de notre civilisation. Elle devra répondre aux besoins de notre société et tenir compte de nos réalités... »
Des propos logiques, puisque c'est précisément cette « démocratie-là », faite pour « tenir compte des réalités », qui lui a permis d'être « élu » président, à la quasi-unanimité.
Quant à la tradition démocratique de la Syrie, l'Histoire des douze derniers siècles n'en a pas gardé trace.
Mais le président Bachar est trop intelligent, cultivé et moderne pour penser ce qu'il dit de la démocratie syrienne.
En vérité, le problème ne se pose pas à lui en ces termes : on me dit qu'il se sent investi de la mission de maintenir au pouvoir la minorité alaouite dont il est issu, qui l'a choisi - et imposé - comme chef du pays. Pour que les siens conservent le pouvoir et la mainmise sur l'appareil d'État, il imitera le modèle chinois conçu par Deng Xiao Ping à la fin des années soixante-dix : il libéralisera l'économie, l'ouvrira sur le marché et le monde pour donner à la population un bien-être matériel qui s'accroîtra d'année en année ; en contrepartie, cette population se comportera en majorité silencieuse et laissera le pouvoir politique à ceux qui le détiennent aujourd'hui.
Comme vous le voyez, ce schéma ne peut pas s'embarrasser d'une démocratie autre que celle qui « tient compte des réalités ».
Une autre génération de Syriens regardera la démocratie fonctionner « loin et ailleurs... ».
Je veux parler du nouveau président de la Syrie, Bachar el-Assad, qui a succédé à son père Hafez comme si ce dernier avait été roi et qu'à sa mort il était normal de clamer : le roi est mort, vive le roi !
On nous a présenté ce jeune homme de 34 ans - si jeune qu'on a dû changer la Constitution pour qu'il puisse répondre aux critères de la fonction - comme progressiste, réformateur et moderne.
Peut-être, mais pas téméraire. Devant le Parlement, qui venait de le porter au pouvoir suprême, il a estimé avisé de déclarer, le 17 juillet, qu'il « rejetait la démocratie à l'occidentale ».
Précisant sa pensée, il a ajouté : « Nous n'appliquerons pas la démocratie conçue par d'autres. Nous conduirons notre propre expérience d'une démocratie qui soit nôtre, procède de notre histoire, de notre culture et de notre civilisation. Elle devra répondre aux besoins de notre société et tenir compte de nos réalités... »
Des propos logiques, puisque c'est précisément cette « démocratie-là », faite pour « tenir compte des réalités », qui lui a permis d'être « élu » président, à la quasi-unanimité.
Quant à la tradition démocratique de la Syrie, l'Histoire des douze derniers siècles n'en a pas gardé trace.
Mais le président Bachar est trop intelligent, cultivé et moderne pour penser ce qu'il dit de la démocratie syrienne.
En vérité, le problème ne se pose pas à lui en ces termes : on me dit qu'il se sent investi de la mission de maintenir au pouvoir la minorité alaouite dont il est issu, qui l'a choisi - et imposé - comme chef du pays. Pour que les siens conservent le pouvoir et la mainmise sur l'appareil d'État, il imitera le modèle chinois conçu par Deng Xiao Ping à la fin des années soixante-dix : il libéralisera l'économie, l'ouvrira sur le marché et le monde pour donner à la population un bien-être matériel qui s'accroîtra d'année en année ; en contrepartie, cette population se comportera en majorité silencieuse et laissera le pouvoir politique à ceux qui le détiennent aujourd'hui.
Comme vous le voyez, ce schéma ne peut pas s'embarrasser d'une démocratie autre que celle qui « tient compte des réalités ».
Une autre génération de Syriens regardera la démocratie fonctionner « loin et ailleurs... ».
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