Trop ou pas assez de drapeaux
mardi 25 juillet 2000 :: Divers :: #179 :: rss :: lu 877 fois
Je m'attendais à ce que nous finissions l'an 2000 avec, dans le monde, 200 États indépendants et reconnus comme tels par leur admission à l'ONU.
Il s'en sera fallu de peu : ils ne sont que 188 aujourd'hui et, peut-être, seront-ils 190 à la fin de décembre prochain... Derniers admis : la république de Kiribati (728 km2 ; 81 000 habitants), celle de Nauru (24 km2 ; 11 000 habitants, dont la moitié seulement autochtone), le royaume de Tonga (699 km2 ; 98 000 habitants). En attente d'admission : Tuvalu (26 km2 ; 9 000 habitants) ; Timor oriental (14 874 km2 ; 950 000 habitants).
Vous le voyez, des États minuscules et fort peu peuplés.
Que faut-il à un État pour être en situation d'être admis aux Nations unies ? Il doit seulement avoir un territoire délimité, une population permanente, un gouvernement reconnu à l'intérieur et à l'extérieur, ce qui suppose l'indépendance et des relations internationales apaisées.
Ce n'est pas le cas de la République sahraouie (RASD), par exemple, bien qu'elle soit depuis près de vingt ans membre de l'Organisation de l'unité africaine et reconnue par... la moitié des pays du monde(*).
Pour l'admission à l'ONU, il faut, en outre, et surtout, qu'aucun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne s'oppose à l'admission (Taiwan, 22 millions d'habitants et disposant de toutes les caractéristiques d'un État, se heurtera toujours au refus de la Chine). Il faut, enfin, que l'Assemblée générale de l'ONU entérine, par un vote positif aux deux tiers, la recommandation du Conseil de sécurité.
Un État membre des Nations unies - surtout s'il est riche ou s'il présente un intérêt stratégique pour un ou plusieurs grands pays - est en principe protégé contre l'agression d'un voisin qui voudrait l'avaler : c'est ce que ne savait pas, ou bien a voulu ignorer, Saddam Hussein quand il a cru pouvoir, en 1990, annexer le Koweït. Mal lui en a pris...
Le XXIe siècle de l'ère chrétienne verra-t-il la naissance de nouveaux États ? Ou bien assisterons-nous, au contraire, comme pour les entreprises, à des fusions-absorptions qui donneront un nouveau monde composé de pays moins nombreux et plus grands ? Nul ne le sait, mais il est probable que les deux Corées n'en feront plus qu'une dans les dix ans qui viennent, comme, avant elles, ont été réunifiés les deux Vietnams et les deux Allemagnes.
D'un autre côté, si l'Union africaine rêvée par le colonel Kaddafi a une chance de se concrétiser, on verra lors de sa création disparaître d'un coup une cinquantaine d'États ! Et si, simultanément, l'Europe des quinze s'oriente vers cet État fédéral que prône le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, disparaîtront d'un coup quatorze drapeaux nationaux...
L'ONU, qui ne sait pas où mettre les nouveaux États, serait alors au large dans son immeuble de Manhattan... L'inverse est cependant plus plausible. Des pays-continents, comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, la Russie ou, en Afrique, le Nigeria, la République démocratique du Congo ne demeureront pas tous des États unitaires : certains courent le risque de se fragmenter.
Et, d'ailleurs, qu'est-ce qui est mieux pour le progrès et le bien-être des habitants : la Chine, l'Inde, avec plus de 1 milliard d'habitants chacun, l'Indonésie, archipel d'îles, ou bien la Suisse, le Luxembourg, Singapour ? Pourquoi les premiers, au sous-sol d'une extrême richesse, réussissent-ils moins bien que les seconds qui sont nés sans dot ?
Y a-t-il une dimension minimale pour être membre de l'ONU ? Il ne le semble pas puisque le moins peuplé de ses membres, Nauru, admise en septembre 1999, ne compte que 11 000 habitants.
On pense généralement que c'est l'Afrique, décolonisée à partir de 1956, qui a alourdi le monde et l'ONU de beaucoup (trop) d'États nouveaux. C'est inexact : l'Europe, moins peuplée, a vu le nombre de ses États doubler en trois quarts de siècle, passant de 23 en 1920 à 44 en 1994. Et ce n'est pas fini.
En fait, le continent qui compte le plus d'États est l'Asie (un peu moins de soixante), suivi de l'Afrique (un peu plus de cinquante, dont seize nés la même année, 1960), puis de l'Europe.
Quant aux vingt et un pays de la Ligue arabe, ils nous racontent depuis des décennies qu'ils veulent s'unir, sans jamais le faire. Parmi eux, ceux du Maghreb se disent « unis », mais se contentent de le dire.
Ils ont peut-être raison de ne rien faire : presque toutes les unions entre pays ont été des échecs sanctionnés par de pitoyables retours en arrière.
Le sujet est inépuisable et l'on ne peut, en en examinant les multiples facettes, que poser d'autres questions.
Y aura-t-il, à partir de 2001, plus d'États « avec le drapeau et le timbre », ou y en aura-t-il moins ?
Faut-il souhaiter qu'il y en ait plus ? Ou bien est-il préférable que disparaissent, pacifiquement, un certain nombre d'États difficilement viables et que se constituent, sur tous les continents, des regroupements de pays qui mettent ensemble leurs différences et leurs atouts ?
N.B. Sur ce sujet, voir l'excellente étude du chercheur mexicain Juan Enriquez, dans Foreign Policy de l'automne 1999.
* Dont 33 en Afrique et 25 en Amérique-Caraïbes. La liste est... évolutive.
Il s'en sera fallu de peu : ils ne sont que 188 aujourd'hui et, peut-être, seront-ils 190 à la fin de décembre prochain... Derniers admis : la république de Kiribati (728 km2 ; 81 000 habitants), celle de Nauru (24 km2 ; 11 000 habitants, dont la moitié seulement autochtone), le royaume de Tonga (699 km2 ; 98 000 habitants). En attente d'admission : Tuvalu (26 km2 ; 9 000 habitants) ; Timor oriental (14 874 km2 ; 950 000 habitants).
Vous le voyez, des États minuscules et fort peu peuplés.
Que faut-il à un État pour être en situation d'être admis aux Nations unies ? Il doit seulement avoir un territoire délimité, une population permanente, un gouvernement reconnu à l'intérieur et à l'extérieur, ce qui suppose l'indépendance et des relations internationales apaisées.
Ce n'est pas le cas de la République sahraouie (RASD), par exemple, bien qu'elle soit depuis près de vingt ans membre de l'Organisation de l'unité africaine et reconnue par... la moitié des pays du monde(*).
Pour l'admission à l'ONU, il faut, en outre, et surtout, qu'aucun des cinq membres permanents du Conseil de sécurité ne s'oppose à l'admission (Taiwan, 22 millions d'habitants et disposant de toutes les caractéristiques d'un État, se heurtera toujours au refus de la Chine). Il faut, enfin, que l'Assemblée générale de l'ONU entérine, par un vote positif aux deux tiers, la recommandation du Conseil de sécurité.
Un État membre des Nations unies - surtout s'il est riche ou s'il présente un intérêt stratégique pour un ou plusieurs grands pays - est en principe protégé contre l'agression d'un voisin qui voudrait l'avaler : c'est ce que ne savait pas, ou bien a voulu ignorer, Saddam Hussein quand il a cru pouvoir, en 1990, annexer le Koweït. Mal lui en a pris...
Le XXIe siècle de l'ère chrétienne verra-t-il la naissance de nouveaux États ? Ou bien assisterons-nous, au contraire, comme pour les entreprises, à des fusions-absorptions qui donneront un nouveau monde composé de pays moins nombreux et plus grands ? Nul ne le sait, mais il est probable que les deux Corées n'en feront plus qu'une dans les dix ans qui viennent, comme, avant elles, ont été réunifiés les deux Vietnams et les deux Allemagnes.
D'un autre côté, si l'Union africaine rêvée par le colonel Kaddafi a une chance de se concrétiser, on verra lors de sa création disparaître d'un coup une cinquantaine d'États ! Et si, simultanément, l'Europe des quinze s'oriente vers cet État fédéral que prône le ministre allemand des Affaires étrangères Joschka Fischer, disparaîtront d'un coup quatorze drapeaux nationaux...
L'ONU, qui ne sait pas où mettre les nouveaux États, serait alors au large dans son immeuble de Manhattan... L'inverse est cependant plus plausible. Des pays-continents, comme la Chine, l'Inde, l'Indonésie, le Brésil, la Russie ou, en Afrique, le Nigeria, la République démocratique du Congo ne demeureront pas tous des États unitaires : certains courent le risque de se fragmenter.
Et, d'ailleurs, qu'est-ce qui est mieux pour le progrès et le bien-être des habitants : la Chine, l'Inde, avec plus de 1 milliard d'habitants chacun, l'Indonésie, archipel d'îles, ou bien la Suisse, le Luxembourg, Singapour ? Pourquoi les premiers, au sous-sol d'une extrême richesse, réussissent-ils moins bien que les seconds qui sont nés sans dot ?
Y a-t-il une dimension minimale pour être membre de l'ONU ? Il ne le semble pas puisque le moins peuplé de ses membres, Nauru, admise en septembre 1999, ne compte que 11 000 habitants.
On pense généralement que c'est l'Afrique, décolonisée à partir de 1956, qui a alourdi le monde et l'ONU de beaucoup (trop) d'États nouveaux. C'est inexact : l'Europe, moins peuplée, a vu le nombre de ses États doubler en trois quarts de siècle, passant de 23 en 1920 à 44 en 1994. Et ce n'est pas fini.
En fait, le continent qui compte le plus d'États est l'Asie (un peu moins de soixante), suivi de l'Afrique (un peu plus de cinquante, dont seize nés la même année, 1960), puis de l'Europe.
Quant aux vingt et un pays de la Ligue arabe, ils nous racontent depuis des décennies qu'ils veulent s'unir, sans jamais le faire. Parmi eux, ceux du Maghreb se disent « unis », mais se contentent de le dire.
Ils ont peut-être raison de ne rien faire : presque toutes les unions entre pays ont été des échecs sanctionnés par de pitoyables retours en arrière.
Le sujet est inépuisable et l'on ne peut, en en examinant les multiples facettes, que poser d'autres questions.
Y aura-t-il, à partir de 2001, plus d'États « avec le drapeau et le timbre », ou y en aura-t-il moins ?
Faut-il souhaiter qu'il y en ait plus ? Ou bien est-il préférable que disparaissent, pacifiquement, un certain nombre d'États difficilement viables et que se constituent, sur tous les continents, des regroupements de pays qui mettent ensemble leurs différences et leurs atouts ?
N.B. Sur ce sujet, voir l'excellente étude du chercheur mexicain Juan Enriquez, dans Foreign Policy de l'automne 1999.
* Dont 33 en Afrique et 25 en Amérique-Caraïbes. La liste est... évolutive.
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