L'aube de la paix
mardi 1 août 2000 :: Divers :: #252 :: rss :: lu 1000 fois
J'étais trop optimiste, il y a quinze jours, lorsque j'ai pronostiqué un accord à Camp David entre Israéliens et Palestiniens. Mais eux-mêmes et leur mentor américain croyaient pouvoir le réaliser. Se seraient-ils autant engagés ? Y auraient-ils consacré autant de temps si tel n'était pas le cas ?
J'avais tout de même pris soin de fixer une limite à ce que Camp David pouvait accomplir. J'écrivais, le 14 juillet (Jeune Afrique/ L'intelligent du 18 au 24 juillet) :
« Il est probable que ce nouveau Camp David ne se terminera pas par un accord définitif, empaqueté et ficelé, prêt à l'application. Mais les négociateurs ne se sépareront qu'après avoir consigné, sur le papier, l'irréversible : une promesse sérieuse et solide de paix, dans un délai déterminé qui permette la proclamation, le 13 septembre, d'un État palestinien aux contours déterminés, connaissant, en gros, ses moyens et ses limites. »
On n'en est pas là, bien évidemment. Mais en est-on si loin ? Une semaine après « l'échec de Camp David », la question qui se pose est la suivante : le non-accord entre Israéliens et Palestiniens, au terme de quatorze jours de négociations non-stop, rapproche-t-il ou non de l'accord auquel on espère qu'ils parviendront un jour ou l'autre ? Autrement dit, Camp David aura-t-il été une étape « substantielle et décisive » dans le processus de paix ? À mes yeux, sans aucun doute : c'est vraiment le début de la fin d'un très long cauchemar.
Un retour en arrière permet de mesu- rer le chemin accompli : long, tortueux, semé d'embûches, parfois sanglantes et douloureuses, le chemin parcouru depuis 1993 est impressionnant.
Il y a sept ans, le sigle OLP (Organisation de libération de la Palestine) était voué aux gémonies par les Israéliens : leur législation - et celle des Américains - interdisait tout contact avec « ces terroristes » (sic). De leur côté, les Palestiniens avaient pour doctrine la lutte à outrance contre l'occupant, illustrée par l'Intifada.
Vient à l'esprit, immanquablement, le parallèle qu'on peut dresser avec la guerre d'Indépendance de l'Algérie, dans sa phase paroxysmique de 1958. Ce grand pays du Maghreb et du Tiers Monde était encore, à l'époque, des départements français, et l'on claironnait alors que la France s'étendait « de Dunkerque à Tamanrasset ».
Le FLN était à la France ce que l'OLP était à Israël : l'adversaire qu'on ne pouvait plus ignorer, certes, mais qu'on espérait encore contourner.
Itzhak Rabin aura été le de Gaulle d'Israël : il a reconnu, en 1993, que l'OLP était incontournable, comme de Gaulle l'avait fait pour le FLN, et il l'a érigée en interlocuteur unique.
De Gaulle, lui, a eu la chance de pouvoir mener lui-même le processus jusqu'à son terme, en 1962. Dans le cas d'Israël, Itzhak Rabin ayant été assassiné par son OAS et Netanyahou n'ayant été qu'un intermède, c'est à Ehoud Barak qu'il incombe de poursuivre sur la même voie.
Camp David aurait pu être ce qu'Évian a été pour de Gaulle dans l'affaire algérienne : le parachèvement du processus. Il en aura été, je pense, l'ultime phase préparatoire.
À Camp David, en ce mois de juillet 2000, ont été abordés sérieusement les problèmes les plus sensibles, pressentis, évoqués et posés à Oslo, jamais mis sur le tapis jusqu'ici : les frontières des deux États ; le statut de Jérusalem ; le droit des Palestiniens au retour.
Et les tabous, créés par les Israéliens en un tiers de siècle (depuis leur victoire de 1967), sont tombés comme étaient tombés à Évian ceux que la France avait élaborés en cent trente ans de tentative (vaine) d'absorption de l'Algérie.
S'agissant de la dévolution de la Palestine, les obstacles à la solution d'un conflit centenaire sont désormais levés. Il ne reste plus, si l'on peut dire, qu'à attendre que la majorité des Israéliens intègrent dans leurs esprits - et leurs votes - que les lois d'annexion ne sont pas sacrées, qu'aucun fait accompli ne peut prévaloir sur la volonté des peuples.
Cela viendra, plus vite qu'on ne le pense.
Qui aurait dit, en 1958, que la majorité des Français admettraient, dès 1960, que l'Algérie n'est pas la France et qu'ils le sanctionneraient par leur vote en 1962 ?
Le grand homme de Camp David 2000 aura été Yasser Arafat, et je conviens bien volontiers que j'en suis agréablement surpris. Là où Sadate a cédé, il a résisté, et je pense que la conscience de ne pas négocier au nom de la seule Palestine, l'y a beaucoup aidé.
Ce faisant, ils ont fort bien représenté le monde arabe, toujours aussi prostré, les musulmans et le Tiers Monde. En tout cas, ils leur ont fait honneur. Et ils ont rendu service aux Israéliens eux-mêmes, qu'ils auront aidés à se débarrasser - à terme - de leurs démons : très bientôt, la majorité des Israéliens en viendront à penser que la puissance militaire n'est pas assurée de venir à bout de la volonté des peuples et que, si l'on veut vivre parmi des gens, il faut renoncer à vouloir les dominer...
Il faut rappeler qu'avant Camp David, le Hezbollah libanais avait déjà remporté sur Israël une victoire diplomatico-militaire en l'obligeant à évacuer le Sud-Liban et à appliquer une résolution de l'ONU qu'il refusait depuis dix-huit ans de prendre en compte. Là aussi, quelqu'un a su prouver aux Israéliens que la suprématie militaire, dont ils usaient et abusaient, ne leur assurerait ni paix ni sécurité, et qu'il leur fallait rechercher sérieusement un modus vivendi avec des voisins à qui ils s'étaient imposés.
C'est inattendu et inespéré : avec la succession du roi Hussein en 1999 et celle du président syrien le mois dernier, le camp arabe a retrouvé un peu de sang neuf et de vigueur.
Avec l'évacuation du Sud-Liban et le résultat de Camp David, il se donne quelques atouts.
Dès lors, il peut et doit aider les Israéliens à évoluer, car sans cette évolution, la paix n'est pas possible. Or le contraire de la paix, c'est la guerre, qui n'est pas une solution.
Quoi qu'en disent quelques irresponsables, la guerre n'est dans l'intérêt de personne, sûrement pas, en tout cas, dans celui des Arabes.
Yasser Arafat l'a bien compris. Alors aidons-le à résister aux nouvelles pressions d'un Clinton qui, nul ne l'ignore, s'intéresse beaucoup moins au sort des Palestiniens qu'à l'image qu'il espère laisser, à l'élection de sa femme et à celle de son vice-président.
Les Israéliens ? On les voit sur les images de télévision : surarmés, souvent arrogants.
Les Juifs ? « Peuple d'élite, sûr de lui et dominateur... » (Charles de Gaulle dixit).
Peut-être, sans doute.
Mais croyez-en quelqu'un qui n'a pas d'oeillères, seulement des yeux, un cerveau et un coeur : les uns et les autres, les Israéliens en particulier, et plus généralement les Juifs, sont las de la guerre, ne veulent être plus longtemps ni victimes ni bourreaux.
Ils veulent la paix, même s'ils ne sont pas (complètement) prêts à reconnaître leurs torts, encore moins à accepter de les réparer en indemnisant les victimes.
Ils sont perplexes, divisés, anxieux.
C'est le moment pour tout le monde - et pour les Arabes en particulier - de les aider à franchir le grand pas : celui de la paix, porteuse de plus de sécurité pour eux, de justice et de dignité pour leurs adversaires-partenaires.
Ils donnent l'impression d'être très puissants. Au fond d'eux-mêmes, ils aspirent, j'ose l'écrire, à être... rassurés. Et, surtout, compris, acceptés.
En un mot comme en mille : aidons ceux d'entre les Arabes et les Israéliens qui veulent la paix et la coexistence ou, mieux encore, l'entente et la coopération.
Faisons en sorte qu'ils soient de plus en plus forts et de plus en plus nombreux.
J'ai été, pour ma part, contre le Camp David de 1978, entre Sadate et Begin, parce que c'était une « paix » séparée et, de la part de Sadate, « une capitulation idéologique » injustifiée.
Je suis pour le Camp David 2000 parce qu'il aura été l'amorce d'une solution définitive et l'antichambre du règlement d'un conflit qui a endeuillé le siècle.
Je crois que le conflit dont les Arabes ont été les principales victimes, va se terminer.
Et que sa fin, annoncée à Camp David 2000, même si elle est injuste pour les Arabes, apportera à la région d'immenses bienfaits.
J'avais tout de même pris soin de fixer une limite à ce que Camp David pouvait accomplir. J'écrivais, le 14 juillet (Jeune Afrique/ L'intelligent du 18 au 24 juillet) :
« Il est probable que ce nouveau Camp David ne se terminera pas par un accord définitif, empaqueté et ficelé, prêt à l'application. Mais les négociateurs ne se sépareront qu'après avoir consigné, sur le papier, l'irréversible : une promesse sérieuse et solide de paix, dans un délai déterminé qui permette la proclamation, le 13 septembre, d'un État palestinien aux contours déterminés, connaissant, en gros, ses moyens et ses limites. »
On n'en est pas là, bien évidemment. Mais en est-on si loin ? Une semaine après « l'échec de Camp David », la question qui se pose est la suivante : le non-accord entre Israéliens et Palestiniens, au terme de quatorze jours de négociations non-stop, rapproche-t-il ou non de l'accord auquel on espère qu'ils parviendront un jour ou l'autre ? Autrement dit, Camp David aura-t-il été une étape « substantielle et décisive » dans le processus de paix ? À mes yeux, sans aucun doute : c'est vraiment le début de la fin d'un très long cauchemar.
Un retour en arrière permet de mesu- rer le chemin accompli : long, tortueux, semé d'embûches, parfois sanglantes et douloureuses, le chemin parcouru depuis 1993 est impressionnant.
Il y a sept ans, le sigle OLP (Organisation de libération de la Palestine) était voué aux gémonies par les Israéliens : leur législation - et celle des Américains - interdisait tout contact avec « ces terroristes » (sic). De leur côté, les Palestiniens avaient pour doctrine la lutte à outrance contre l'occupant, illustrée par l'Intifada.
Vient à l'esprit, immanquablement, le parallèle qu'on peut dresser avec la guerre d'Indépendance de l'Algérie, dans sa phase paroxysmique de 1958. Ce grand pays du Maghreb et du Tiers Monde était encore, à l'époque, des départements français, et l'on claironnait alors que la France s'étendait « de Dunkerque à Tamanrasset ».
Le FLN était à la France ce que l'OLP était à Israël : l'adversaire qu'on ne pouvait plus ignorer, certes, mais qu'on espérait encore contourner.
Itzhak Rabin aura été le de Gaulle d'Israël : il a reconnu, en 1993, que l'OLP était incontournable, comme de Gaulle l'avait fait pour le FLN, et il l'a érigée en interlocuteur unique.
De Gaulle, lui, a eu la chance de pouvoir mener lui-même le processus jusqu'à son terme, en 1962. Dans le cas d'Israël, Itzhak Rabin ayant été assassiné par son OAS et Netanyahou n'ayant été qu'un intermède, c'est à Ehoud Barak qu'il incombe de poursuivre sur la même voie.
Camp David aurait pu être ce qu'Évian a été pour de Gaulle dans l'affaire algérienne : le parachèvement du processus. Il en aura été, je pense, l'ultime phase préparatoire.
À Camp David, en ce mois de juillet 2000, ont été abordés sérieusement les problèmes les plus sensibles, pressentis, évoqués et posés à Oslo, jamais mis sur le tapis jusqu'ici : les frontières des deux États ; le statut de Jérusalem ; le droit des Palestiniens au retour.
Et les tabous, créés par les Israéliens en un tiers de siècle (depuis leur victoire de 1967), sont tombés comme étaient tombés à Évian ceux que la France avait élaborés en cent trente ans de tentative (vaine) d'absorption de l'Algérie.
S'agissant de la dévolution de la Palestine, les obstacles à la solution d'un conflit centenaire sont désormais levés. Il ne reste plus, si l'on peut dire, qu'à attendre que la majorité des Israéliens intègrent dans leurs esprits - et leurs votes - que les lois d'annexion ne sont pas sacrées, qu'aucun fait accompli ne peut prévaloir sur la volonté des peuples.
Cela viendra, plus vite qu'on ne le pense.
Qui aurait dit, en 1958, que la majorité des Français admettraient, dès 1960, que l'Algérie n'est pas la France et qu'ils le sanctionneraient par leur vote en 1962 ?
Le grand homme de Camp David 2000 aura été Yasser Arafat, et je conviens bien volontiers que j'en suis agréablement surpris. Là où Sadate a cédé, il a résisté, et je pense que la conscience de ne pas négocier au nom de la seule Palestine, l'y a beaucoup aidé.
Ce faisant, ils ont fort bien représenté le monde arabe, toujours aussi prostré, les musulmans et le Tiers Monde. En tout cas, ils leur ont fait honneur. Et ils ont rendu service aux Israéliens eux-mêmes, qu'ils auront aidés à se débarrasser - à terme - de leurs démons : très bientôt, la majorité des Israéliens en viendront à penser que la puissance militaire n'est pas assurée de venir à bout de la volonté des peuples et que, si l'on veut vivre parmi des gens, il faut renoncer à vouloir les dominer...
Il faut rappeler qu'avant Camp David, le Hezbollah libanais avait déjà remporté sur Israël une victoire diplomatico-militaire en l'obligeant à évacuer le Sud-Liban et à appliquer une résolution de l'ONU qu'il refusait depuis dix-huit ans de prendre en compte. Là aussi, quelqu'un a su prouver aux Israéliens que la suprématie militaire, dont ils usaient et abusaient, ne leur assurerait ni paix ni sécurité, et qu'il leur fallait rechercher sérieusement un modus vivendi avec des voisins à qui ils s'étaient imposés.
C'est inattendu et inespéré : avec la succession du roi Hussein en 1999 et celle du président syrien le mois dernier, le camp arabe a retrouvé un peu de sang neuf et de vigueur.
Avec l'évacuation du Sud-Liban et le résultat de Camp David, il se donne quelques atouts.
Dès lors, il peut et doit aider les Israéliens à évoluer, car sans cette évolution, la paix n'est pas possible. Or le contraire de la paix, c'est la guerre, qui n'est pas une solution.
Quoi qu'en disent quelques irresponsables, la guerre n'est dans l'intérêt de personne, sûrement pas, en tout cas, dans celui des Arabes.
Yasser Arafat l'a bien compris. Alors aidons-le à résister aux nouvelles pressions d'un Clinton qui, nul ne l'ignore, s'intéresse beaucoup moins au sort des Palestiniens qu'à l'image qu'il espère laisser, à l'élection de sa femme et à celle de son vice-président.
Les Israéliens ? On les voit sur les images de télévision : surarmés, souvent arrogants.
Les Juifs ? « Peuple d'élite, sûr de lui et dominateur... » (Charles de Gaulle dixit).
Peut-être, sans doute.
Mais croyez-en quelqu'un qui n'a pas d'oeillères, seulement des yeux, un cerveau et un coeur : les uns et les autres, les Israéliens en particulier, et plus généralement les Juifs, sont las de la guerre, ne veulent être plus longtemps ni victimes ni bourreaux.
Ils veulent la paix, même s'ils ne sont pas (complètement) prêts à reconnaître leurs torts, encore moins à accepter de les réparer en indemnisant les victimes.
Ils sont perplexes, divisés, anxieux.
C'est le moment pour tout le monde - et pour les Arabes en particulier - de les aider à franchir le grand pas : celui de la paix, porteuse de plus de sécurité pour eux, de justice et de dignité pour leurs adversaires-partenaires.
Ils donnent l'impression d'être très puissants. Au fond d'eux-mêmes, ils aspirent, j'ose l'écrire, à être... rassurés. Et, surtout, compris, acceptés.
En un mot comme en mille : aidons ceux d'entre les Arabes et les Israéliens qui veulent la paix et la coexistence ou, mieux encore, l'entente et la coopération.
Faisons en sorte qu'ils soient de plus en plus forts et de plus en plus nombreux.
J'ai été, pour ma part, contre le Camp David de 1978, entre Sadate et Begin, parce que c'était une « paix » séparée et, de la part de Sadate, « une capitulation idéologique » injustifiée.
Je suis pour le Camp David 2000 parce qu'il aura été l'amorce d'une solution définitive et l'antichambre du règlement d'un conflit qui a endeuillé le siècle.
Je crois que le conflit dont les Arabes ont été les principales victimes, va se terminer.
Et que sa fin, annoncée à Camp David 2000, même si elle est injuste pour les Arabes, apportera à la région d'immenses bienfaits.
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