Je crains que personne ne vous en souffle mot, car cela se passe dans le plus grand secret : en ce moment même, par tous les moyens (en anglais, on dit tous les canaux) à leur disposition - diplomatiques, militaires, financiers -, les Américains, Bill Clinton en tête, exercent d'énormes pressions sur les dirigeants arabes, « approchés » un à un :
« Si vous voulez garder l'amitié des États-Unis, leur disent-ils en substance, c'est le moment de le prouver.
Nous vous demandons d'user de votre influence sur Arafat et l'OLP pour qu'ils s'inclinent et acceptent ce que Ehoud Barak leur a donné [sic] à Camp David et qui est le maximum qu'un dirigeant israélien puisse consentir.
Il leur faut conclure avec lui sans chercher à améliorer ce qu'ils ont déjà obtenu !
Si vous ne le faites pas, vous perdrez notre amitié et notre soutien : vous savez ce que cela signifie...
Nous ne nous contenterons pas de vagues assurances ni de promesses sans suite. Nous voulons des résultats...
Vous pouvez beaucoup gagner si résultat il y a ; si nous n'obtenons pas ce que nous voulons, ce sera très mauvais [pour vous]... »
Pour appuyer le message, les Américains indiquent à chaque dirigeant arabe, par allusions transparentes, ce qu'ils peuvent faire pour lui (ou contre lui).

Je me souviens qu'en août 1990, il y a très exactement dix ans, la précédente administration américaine, celle de George Bush (père), avait procédé de même pour « persuader » les dirigeants arabes du Moyen-Orient de s'engager dans la croisade contre l'Irak de Saddam Hussein. Elle avait alors, non sans mal, réussi son coup.
Mais elle avait été aidée, à l'époque, par l'arrogante intransigeance de Saddam et la peur qu'il inspirait à ses voisins, par le fait que l'Arabie saoudite était menacée et qu'un État arabe, le Koweït, avait été agressé et occupé.

Rien de tel cette fois-ci. Seulement un président américain arrivé en fin de mandat et qui abuse des moyens dont il dispose pour tenter de conclure dans les cent jours qui lui restent d'ici au 7 novembre.
Il faut espérer que les dirigeants arabes, victimes de son harcèlement politique, auront l'intelligence de se concerter et la force de lui répondre d'une seule et même voix, en substance, ceci :
« Plus que vous encore, et tout autant que les Israéliens, nous voulons la paix. Nous savons qu'elle passe par un accord entre nous et le gouvernement de M. Ehoud Barak.
La Palestine et la Syrie sont les deux volets de cette paix qui mettra un terme à une guerre qui aura duré près de cent ans.

Pour qu'elle prenne fin dans les trois mois qui viennent, il faut et il suffit :
- d'un accord sur Jérusalem, capitale de trois religions et de deux peuples ;
- d'une solution digne de l'humanité au problème des quatre millions de Palestiniens qui ont perdu leurs terres, leurs maisons et leur pays, qui sont réduits depuis un demi-siècle à la condition de personnes déplacées ;
- de la libération des prisonniers palestiniens qui n'ont fait que lutter pour qu'on parvienne à l'accord que vous et nous voulons réaliser ;
- que la négociation entre Israël et la Syrie se conclue par l'évacuation de tout le Golan et la paix entre les deux pays ;
- et que le peuple irakien cesse, enfin, d'être la victime expiatoire de votre embargo et de vos bombardements désormais injustifiés.

Vous et nous, Monsieur le Président, avons quelque chose à faire pour que l'accord historique, qui est désormais en vue - vous y êtes pour beaucoup, nous le reconnaissons volontiers -, soit réalisé.
Il peut l'être dans les semaines qui viennent, les cent jours dont vous-même et Ehoud Barak disposez.
Si vous voulez vraiment cet accord, ce n'est pas en exerçant - cela vous est si facile - des pressions sur nous que vous l'obtiendrez. Car, vous devriez le savoir, nous ne pouvons pas donner plus que ce à quoi les Arabes, les musulmans et, plus particulièrement les Palestiniens, ont déjà renoncé.
Nous n'en avons ni le droit ni la possibilité. »