L'euro est, depuis près de vingt mois, la monnaie commune de onze (bientôt douze) pays européens. Et, ne l'oublions pas, d'une certaine manière, des pays de la zone du franc CFA puisque cette dernière monnaie est liée aujourd'hui à l'euro comme elle l'était, hier, au franc français.
Depuis sa création, l'euro n'a cessé de se déprécier par rapport au dollar. Le jour de son lancement, il valait 1,17 dollar ; il n'en vaut plus, à l'heure où j'écris, que 0,90 environ : une dégringolade de plus de 20 % en moins de vingt mois !

Dans le système actuellement en vigueur, les monnaies « flottent » les unes par rapport aux autres. Mais, lorsque l'une d'elles s'apprécie par rapport à une autre et que, par conséquent, cette dernière se déprécie, on a du mal non seulement à identifier les raisons de cette évolution mais aussi, et surtout, à prévoir l'évolution des taux de change.
Économistes, financiers, investisseurs avancent des théories différentes, mais aucun d'eux n'a pu pronostiquer l'évolution du cours d'une monnaie sans se tromper, parfois lourdement.
George Soros, le financier qui s'était enrichi en parvenant, mieux que d'autres, à anticiper l'évolution des cours de grandes monnaies, vient de perdre une fortune en misant sur un euro fort, alors que la monnaie européenne n'a fait que s'affaiblir, par rapport au dollar en particulier.

Cette dépréciation persistante de l'euro par rapport au dollar a conduit les économistes à se demander si les choses n'étaient pas, au fond, plus simples qu'on ne l'avait pensé jusqu'ici : la zone euro a connu, en 1999 et en 2000, une croissance moindre que celle des États-Unis, et les intérêts de l'argent y étaient plus bas, ce qui ne pouvait pas attirer les acheteurs d'euros. Le résultat est l'inexorable dépréciation que montre la courbe ci-dessous. Empruntée à notre confrère La Croix, elle décrit l'évolution du taux de l'euro par rapport au dollar, depuis près de dix-huit mois.
La monnaie européenne continue de se déprécier par rapport au dollar et n'a peut-être pas atteint son « plancher ».
Mais si, comme la plupart des observateurs le pensent, l'Euroland enregistre une croissance plus élevée en 2001 et que, simultanément, pour combattre l'inflation menaçante, la banque centrale européenne augmente ses taux, l'euro reviendra progressivement vers la parité avec le dollar courant 2001 ; si l'économie américaine s'essouffle, l'euro aura tendance à remonter encore pour se rapprocher de sa valeur du jour de sa création, le 1er janvier 1999 (1,17 dollar pour 1 euro).

Robert Mundel, Prix Nobel d'économie (1999), considéré comme le père de l'euro, a prédit que la monnaie européenne et celle des États-Unis connaîtront, l'une par rapport à l'autre, une fluctuation de l'ordre de 20 %. Il ajoute qu'ayant épuisé en 2000 sa latitude à la baisse, l'euro ne peut en 2001 que remonter. Cela paraît vraisemblable, voire probable. Mieux vaudrait donc, si le raisonnement vous a convaincus, transformer en euros les dollars que vous pouvez détenir ou recevoir.
Pour l'Euroland comme pour la zone CFA, un euro déprécié et faible avait l'avantage de favoriser les exportations et l'inconvénient de renchérir ce que les deux zones importent, en particulier le pétrole.
Lorsque l'euro reprendra de la vigueur, la zone aura plus de mal à exporter ses produits vers le reste du monde. Mais ses dettes seront moins difficiles à rembourser.