Encore le prix du pétrole ! Question iconoclaste : à 35 dollars le baril, le pétrole est-il cher ? Oui, pour les consommateurs de tous les pays à l'exception des États-Unis et d'un ou deux autres pays. Non pas à cause du prix du brut ou même du raffiné, mais à cause des taxes que presque tous les gouvernements appliquent au pétrole et à ses dérivés à la sortie de la raffinerie et que les consommateurs payent à leur État comme un impôt. Elles varient d'un pays à l'autre mais oscillent entre 60 % et 80 % du « prix à la pompe », le pétrole lui-même ne représentant que le quart environ de ce que vous payez.
Il est d'une clarté évidente que le pétrole consommé est trop bon marché aux États-Unis en particulier parce qu'il n'est pas taxé et trop cher presque partout ailleurs parce qu'il est surtaxé.
Le pétrole étant payé en dollars, le prix du baril a subi cette année deux hausses concomitantes, celle du pétrole lui-même et celle du dollar. Leur total augmenté des taxes devient insupportable : hors États-Unis, les consommateurs se rebiffent.
Cela dit il faut savoir qu'il ne peut plus y avoir de choc pétrolier dans les pays développés, ni même d'inflation due au prix du pétrole.
Car ils se sont libérés de leur dépendance du pétrole : pour obtenir la même production (ou le même résultat), ils en consomment aujourd'hui 40 % ou même 50 % de moins qu'il y a vingt ans. Les spécialistes ont calculé que l'économie américaine a crû de 20 % depuis cinq ans en ne consommant que 9 % de pétrole en plus et ils en concluent qu'elle pourrait, sans risque excessif d'inflation ni de ralentissement, supporter d'acheter le pétrole, non pas à 30 dollars comme aujourd'hui, mais à 50 dollars.
Il reste que chaque Américain consomme 25 barils de pétrole par an, et il est certain qu'il en consommerait moins si le pétrole n'était pas aussi bon marché qu'il l'est aux États-Unis ; le Japonais consomme un peu plus de 15 barils par an et l'Européen un peu moins. Mais, grâce aux chocs pétroliers des années soixante-dix, qui ont obligé les pays développés à une meilleure utilisation du pétrole, la consommation de ces derniers a cessé d'augmenter vite et dangereusement.
Sur les autres continents, la consommation est actuellement inférieure à 5 barils par personne et par an, se situant le plus souvent entre 1 et 2 : ce sont donc l'industrialisation et la motorisation de l'Amérique latine, de l'Asie et de l'Afrique qui feront la consommation de demain.
Les futurs gros clients de l'Opep se trouvent sur ces trois continents qui regroupent près de cinq milliards d'habitants sur les six que compte la planète.
Cela suppose bien évidemment que le pétrole demeure encore, au-delà des vingt prochaines années, la principale source d'énergie. Ce qui est loin d'être acquis.
Les spécialistes que j'ai pu consulter m'ont convaincu que l'Humanité ne sera jamais à court de pétrole. C'est le contraire qui se produira dans moins de trente ans : il restera encore pas mal de pétrole sous terre qui ne vaudra plus rien et sera invendable parce que la science aura trouvé (et mené au stade d'utilisation) des sources d'énergie moins chères et moins polluantes, sans doute à partir de l'hydrogène.
Si cette prévision est exacte, comme je le crois, un pays exportateur de pétrole n'a pas intérêt à vendre plus lentement et moins de pétrole, comme beaucoup le croient, mais plus et plus vite.