´ Colonisés parce que colonisables ª
mardi 11 septembre 2001 :: Divers :: #83 :: rss :: lu 3855 fois
L'esclavage, dont on a beaucoup parlÈ ý la confÈrence sur le racisme, ý Durban (et dans les comptes- rendus qu'en a fait la presse), est-il vraiment un crime contre l'humanitÈ ? Comme la plupart d'entre vous, je rÈpondrai par l'affirmative : ne s'agissait-il pas, pour les esclavagistes, d'utiliser des Ítres humains sans considÈration aucune pour leur humanitÈ ? De les monnayer comme une marchandise ? De les traiter comme des bÍtes ?
Si donc c'est un crime contre l'humanitÈ, comment se fait-il qu'il ait ÈtÈ perpÈtrÈ de tout temps et en tout lieu, et n'ait ÈtÈ aboli que depuis moins de deux siËcles ? Comment se fait-il qu'il en existe encore des formes dites ´ modernes ª qui se perpÈtuent sans que l'on traite de criminels ceux qui les pratiquent ?
Et, surtout, si l'esclavage est en passe d'Ítre considÈrÈ comme un crime contre l'humanitÈ, comment se fait-il que ni le Dieu des juifs, ni celui des chrÈtiens, ni celui des musulmans ne l'ait proscrit ? Fort nombreux, leurs interdits n'incluent pas l'esclavage, il faut bien le reconnaÓtre.
Comment peut-on expliquer que ni la Torah, ni les Švangiles, ni le Coran ne considËrent l'esclavage comme un crime ou mÍme un dÈlit ? Ils l'ont tolÈrÈ. Tout au plus ont-ils favorisÈ l'affranchissement des esclaves.
Une seule explication ý cette tolÈrance : l'esprit esclavagiste Ètait tellement ancrÈ dans la nature humaine qu'aucune religion n'a osÈ, il y a 5 000, 2 000 ou mÍme 1 500 ans, le condamner, d'autant qu'il se donnait pour justification des impÈratifs sociaux et Èconomiques de l'Èpoque.
Un intellectuel algÈrien, Malek Bennabi, a connu la cÈlÈbritÈ en ÈnonÁant pour la premiËre fois en ce qui semble bien Ítre une vÈritÈ : ´ On est colonisÈ parce qu'on est colonisable ; on ne cesse d'Ítre colonisÈ qu'en cessant d'Ítre colonisable. ª(*)
Autrement dit, lorsqu'on est faible ou diminuÈ, il se trouve toujours un plus fort (ou qui se croit plus fort) pour vous sauter dessus, occuper votre pays, en faire un dÈversoir pour des milliers de sujets qui s'installent, exploitent et se comportent chez vous comme s'ils Ètaient vos maÓtres.
Il me semble que l'esclavage obÈit ý la mÍme logique, si je puis dire, et qu'il est, pour l'essentiel, une colonisation aggravÈe : les esclavagistes sont des hommes qui se croient supÈrieurs ý ceux qu'ils soumettent, diffÈrents d'eux. Tandis que les ´ candidats ª ý l'esclavage sont les sujets d'une sociÈtÈ malade, affaiblie et dÈmoralisÈe, au point que certains de ses membres en viennent ý vendre une partie des leurs aux marchands d'esclaves.
Mais la diffÈrence ou l'une des diffÈrences entre la colonisation et l'esclavage est que celui-ci, rendu possible par l'affaiblissement d'une sociÈtÈ, l'affaiblit davantage encore ; tandis que celle-lý ´ pique ª la sociÈtÈ colonisÈe, la rÈveille et l'amËne jusqu'au point o˜ la monture renverse son cavalier.
En Europe, l'esclavage a ÈtÈ thÈoriquement aboli il y a deux siËcles. Ses consÈquences sont en train de se dissiper, mÍme en AmÈrique, et plus particuliËrement aux Štats-Unis, le pays qui a le plus profitÈ de l'esclavage et en a ÈtÈ le plus marquÈ. Aboli il y a une gÈnÈration par une loi, le rejeton de l'esclavage qu'Ètait la sÈgrÈgation contre les Noirs est en train de disparaÓtre dans les faits : quel progrËs !
L'apartheid sud-africain s'est ÈcroulÈ, lui, il y a dix ans. Ses effets subsistent et persisteront encore pendant une gÈnÈration (au moins).
Mais tout de mÍme, lý encore, quel progrËs !
C'est dans le pays o˜ l'apartheid a sÈvi pendant un siËcle que s'est tenue la confÈrence mondiale sur le racisme.
Quel symbole et quel progrËs, mÍme si la confÈrence n'a pas donnÈ les rÈsultats que nous attendions.
Pour la premiËre fois dans son histoire, et aprËs avoir eu du mal ý l'abolir et ý s'en libÈrer, l'humanitÈ en arrive, unanimement ou presque, ý rejeter l'esclavage et le racisme, ý les condamner, ý regretter de les avoir pratiquÈs ou tolÈrÈs. Quel progrËs !
Il faut consolider ces progrËs, les rendre irrÈversibles, faire en sorte qu'ils en permettent d'autres. Cela ne peut Ítre que notre oeuvre ý tous, ensemble, ý l'Èchelle universelle, quels que soient le degrÈ d'Èvolution et le niveau de vie de chacun, quelle que soit la couleur de sa peau.
Et c'est, me semble-t-il, bien plus important et plus avisÈ que d'ergoter sur la question de savoir qui a ÈtÈ, ou est encore, plus raciste que l'autre. [Voir pages 52-60, nos informations et commentaires sur la confÈrence de Durban.]
Si donc c'est un crime contre l'humanitÈ, comment se fait-il qu'il ait ÈtÈ perpÈtrÈ de tout temps et en tout lieu, et n'ait ÈtÈ aboli que depuis moins de deux siËcles ? Comment se fait-il qu'il en existe encore des formes dites ´ modernes ª qui se perpÈtuent sans que l'on traite de criminels ceux qui les pratiquent ?
Et, surtout, si l'esclavage est en passe d'Ítre considÈrÈ comme un crime contre l'humanitÈ, comment se fait-il que ni le Dieu des juifs, ni celui des chrÈtiens, ni celui des musulmans ne l'ait proscrit ? Fort nombreux, leurs interdits n'incluent pas l'esclavage, il faut bien le reconnaÓtre.
Comment peut-on expliquer que ni la Torah, ni les Švangiles, ni le Coran ne considËrent l'esclavage comme un crime ou mÍme un dÈlit ? Ils l'ont tolÈrÈ. Tout au plus ont-ils favorisÈ l'affranchissement des esclaves.
Une seule explication ý cette tolÈrance : l'esprit esclavagiste Ètait tellement ancrÈ dans la nature humaine qu'aucune religion n'a osÈ, il y a 5 000, 2 000 ou mÍme 1 500 ans, le condamner, d'autant qu'il se donnait pour justification des impÈratifs sociaux et Èconomiques de l'Èpoque.
Un intellectuel algÈrien, Malek Bennabi, a connu la cÈlÈbritÈ en ÈnonÁant pour la premiËre fois en ce qui semble bien Ítre une vÈritÈ : ´ On est colonisÈ parce qu'on est colonisable ; on ne cesse d'Ítre colonisÈ qu'en cessant d'Ítre colonisable. ª(*)
Autrement dit, lorsqu'on est faible ou diminuÈ, il se trouve toujours un plus fort (ou qui se croit plus fort) pour vous sauter dessus, occuper votre pays, en faire un dÈversoir pour des milliers de sujets qui s'installent, exploitent et se comportent chez vous comme s'ils Ètaient vos maÓtres.
Il me semble que l'esclavage obÈit ý la mÍme logique, si je puis dire, et qu'il est, pour l'essentiel, une colonisation aggravÈe : les esclavagistes sont des hommes qui se croient supÈrieurs ý ceux qu'ils soumettent, diffÈrents d'eux. Tandis que les ´ candidats ª ý l'esclavage sont les sujets d'une sociÈtÈ malade, affaiblie et dÈmoralisÈe, au point que certains de ses membres en viennent ý vendre une partie des leurs aux marchands d'esclaves.
Mais la diffÈrence ou l'une des diffÈrences entre la colonisation et l'esclavage est que celui-ci, rendu possible par l'affaiblissement d'une sociÈtÈ, l'affaiblit davantage encore ; tandis que celle-lý ´ pique ª la sociÈtÈ colonisÈe, la rÈveille et l'amËne jusqu'au point o˜ la monture renverse son cavalier.
En Europe, l'esclavage a ÈtÈ thÈoriquement aboli il y a deux siËcles. Ses consÈquences sont en train de se dissiper, mÍme en AmÈrique, et plus particuliËrement aux Štats-Unis, le pays qui a le plus profitÈ de l'esclavage et en a ÈtÈ le plus marquÈ. Aboli il y a une gÈnÈration par une loi, le rejeton de l'esclavage qu'Ètait la sÈgrÈgation contre les Noirs est en train de disparaÓtre dans les faits : quel progrËs !
L'apartheid sud-africain s'est ÈcroulÈ, lui, il y a dix ans. Ses effets subsistent et persisteront encore pendant une gÈnÈration (au moins).
Mais tout de mÍme, lý encore, quel progrËs !
C'est dans le pays o˜ l'apartheid a sÈvi pendant un siËcle que s'est tenue la confÈrence mondiale sur le racisme.
Quel symbole et quel progrËs, mÍme si la confÈrence n'a pas donnÈ les rÈsultats que nous attendions.
Pour la premiËre fois dans son histoire, et aprËs avoir eu du mal ý l'abolir et ý s'en libÈrer, l'humanitÈ en arrive, unanimement ou presque, ý rejeter l'esclavage et le racisme, ý les condamner, ý regretter de les avoir pratiquÈs ou tolÈrÈs. Quel progrËs !
Il faut consolider ces progrËs, les rendre irrÈversibles, faire en sorte qu'ils en permettent d'autres. Cela ne peut Ítre que notre oeuvre ý tous, ensemble, ý l'Èchelle universelle, quels que soient le degrÈ d'Èvolution et le niveau de vie de chacun, quelle que soit la couleur de sa peau.
Et c'est, me semble-t-il, bien plus important et plus avisÈ que d'ergoter sur la question de savoir qui a ÈtÈ, ou est encore, plus raciste que l'autre. [Voir pages 52-60, nos informations et commentaires sur la confÈrence de Durban.]
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