Cinq mois après qu'Oussama Ben Laden eut fait de lui un « chef de guerre » et lui eut offert une chance - la seule qu'il pouvait avoir - d'entrer dans l'histoire des États-Unis (et du monde), George W. Bush est sur un nuage.
Son « discours sur l'état de l'Union », dont vous avez pu lire avant-hier des passages, ou entendre des extraits, appelle un décryptage (voir en pages 30-31 l'analyse de Paul-Marie de La Gorce).
1. « La guerre contre le terrorisme ne fait que commencer », a-t-il répété. Cela signifie : nous continuerons à agiter cet épouvantail, cadeau de Ben Laden. Nous nous en servirons aussi longtemps que possible, car mes collaborateurs et moi avons découvert là un argument imparable qui nous permet :
- d'une part, de rallier autour de notre gouvernement (et de notre parti) l'opinion américaine, ainsi détournée des préoccupations économiques ;
- et, d'autre part, de mieux contrôler le monde entier.
Nous ne pouvions trouver mieux pour contraindre nos amis à s'incliner devant nos impératifs et nos méthodes, pour terroriser nos adversaires et les mettre sur la défensive.
Alors, nous continuerons à soutenir que « la guerre contre le terrorisme, si elle a bien commencé, ne fait que commencer... »
2. Les trois pays vilipendés par Bush, qu'il a accusés de soutenir le terrorisme - Irak, Iran, Corée du Nord -, et les organisations qualifiées de terroristes sont (hormis la Corée pour les pays et Jaïsh Mohamed pour les organisations)... exactement ceux qu'Ariel Sharon lui a demandé d'inscrire sur la liste !
C'est une nouvelle indication de l'infléchissement, aux conséquences dramatiques, de la politique américaine au Moyen-Orient : « Les Arabes ne comptent pas, leurs dirigeants accepteront tout ce que nous déciderons et ferons, sinon, gare à eux ! »
3. Je vous conseille de lire le discours dans son intégralité. Lecture faite, on comprend mieux le phénomène Bush, les choix aberrants de son gouvernement ; on cesse de croire qu'ils sont des républicains débordants de compassion.
Colin Powell contribue à leur donner une bonne image (de même, en Israël, Shimon Pérès sert de « feuille de vigne » à Sharon), mais Bush et le reste de son équipe sont des populistes et des nationalistes au plus mauvais sens du terme.
Ils me rappellent les hommes qui, en Afrique du Sud, autour d'un Johannes Vorster dans les années soixante-dix ou d'un Pik Botha dans les années quatre-vingt, ont mené l'horrible politique d'apartheid en l'appelant « développement séparé ».
Quand on songe aux moyens politiques, financiers et militaires dont ils disposent, au savoir-faire indéniable dont ils ont fait preuve depuis cinq mois, on ne peut que trembler.