L'Union européenne (quinze pays) a donc perdu patience et décidé de déclencher sa machine à sanctions contre Robert Mugabe et son gouvernement (voir page 31, l'analyse de Francis Kpatindé).
Le président du Zimbabwe, au pouvoir depuis 1980 et décidé à se faire réélire le 10 mars prochain pour un quatrième mandat, avait multiplié les tracasseries et rendu impossible le travail de la trentaine d'observateurs que l'Union européenne avait dépêchés sur place pour s'assurer de la régularité du scrutin.
La Grande-Bretagne, ancienne puissance coloniale, et sa presse, suivie par celle des États-Unis et de plusieurs pays européens, dénoncent crescendo depuis plus d'un an les violations des droits de l'homme, les violences et les entraves au processus électoral qu'elles ont décelées. La politique économique et financière du Zimbabwe, et en particulier l'occupation de fermes appartenant aux (anciens) colons blancs, l'envoi par Mugabe de ses troupes en RDC, ont contribué à donner du vieux président l'image d'un chef coupé des réalités.
Au fil des ans, le libérateur du pays s'est transformé en semi-dictateur, mû par une idée fixe : se maintenir au pouvoir. Évolution classique, pente connue. Tout semble indiquer, en effet, que Robert Mugabe, 78 ans, dont vingt-deux passés à la tête du pays, a oublié, lui aussi, qu'il faut quitter le pouvoir, faute de quoi c'est lui qui vous quitte : un jour, quelqu'un vous en expulse...
Son obstination à persévérer dans l'erreur, notamment en matière économique, son incapacité à prendre en compte les chiffres, à interpréter les signes et à évaluer les menaces indiquent une rigidité, marque de l'âge et des mauvaises habitudes que donne l'exercice prolongé du pouvoir.
Il reste que les Européens n'ont pas choisi la bonne méthode pour aider le Zimbabwe à se donner un nouveau président et une nouvelle équipe dirigeante.
Eux qui stigmatisent le « simplisme », l'unilatéralisme et la brutalité des Américains, les voilà qui les imitent ! Ont-ils consulté, ou seulement informé, les Africains et en particulier les voisins, dont l'Afrique du Sud ? Non.
Leur décision a été prise « à l'unanimité ». Mais derrière cet unanimisme de façade, il y a les instigateurs, animés par une forte subjectivité, et... les suivistes. Car l'unanimité des Européens est une « modalité » qui cache mal l'alignement sur « le plus petit dénominateur commun ».
Par la bouche de son ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, la France a eu raison d'énoncer, avant de s'aligner, qu'il aurait mieux valu attendre les élections et tenir compte de l'opinion africaine, qui pense que les sanctions ne sont pas une bonne solution.
On le voit : le droit (ou devoir) d'ingérence est une idée généreuse, mais qu'on n'a pas encore appris à mettre en oeuvre de manière adéquate.