J'ai écrit ici, il y a seulement quinze jours, « la paix israélo-arabe est à l'horizon ». Au vu de ce qui se passe et que nous vous montrons plus loin, cette affirmation peut paraître prématurée.
Mais il ne faut pas juger sur les apparences : le redoublement de violence et de destruction provoqué par Sharon, mauvais perdant, est en réalité une confirmation de mon analyse.
Ariel Sharon est un sioniste de la vieille école qui croit encore possible de soumettre les Arabes - en l'occurrence les Palestiniens - par la force pure pour les contraindre à accepter « le Grand Israël » et à n'exister qu'à sa périphérie comme une peuplade dominée.
Sa particularité, qui en fait un homme dangereux et néfaste pour son propre pays, est qu'il ne sait pas s'arrêter devant une ligne jaune ou rouge ; tout au contraire, sa carrière l'a bien montré, une telle ligne provoque en lui l'irrésistible pulsion de la traverser, et advienne que pourra.
Sharon sait que l'initiative saoudienne(*) présentée par le prince héritier Abdallah il y a un mois le met, lui Sharon, en danger de paix : la grande majorité des Israéliens et des Juifs voudra traiter sur cette base, dès lors qu'elle se sera assurée que l'offre des Arabes est sérieuse ; le monde entier pèsera pour que le conflit centenaire soit résolu sur cette base, qui est d'ailleurs, grosso modo et pour ce qui concerne la seule Palestine, celle décrite par les propositions Clinton de décembre 2000 et transcrite dans les conclusions des négociations israélo-palestiniennes de Taba (21-27 janvier 2001).
Sharon conduit une politique criminelle, mais ce n'est pas un imbécile. Lui et ceux qui le soutiennent savent qu'ils mènent désormais une action désespérée pour prolonger un conflit qui a trouvé sa solution, et ce, dans l'espoir-illusion d'infléchir cette solution en faveur d'Israël.
Ils échoueront. Mais après avoir fait tuer tout à fait inutilement beaucoup d'hommes, de femmes et d'enfants des deux bords : folie criminelle qui rappelle la politique de la terre brûlée pratiquée par l'OAS à la fin de la guerre d'Algérie.
À cette notable différence près que Sharon est le Premier ministre élu d'un pays peuplé de victimes et d'enfants de victimes de la Shoah.
Et qui a les États-Unis pour allié-protecteur.