L'autre sujet d'actualité brûlant que traitent plus loin (pages 12-14 et 99-100) François Soudan et Michel Schifres, est l'élection présidentielle française.
Le premier tour aura lieu le 21 avril ; la plupart des Africains, et en particulier leurs dirigeants, pensent que l'actuel président, Jacques Chirac, sera réélu.
De même, en 1981, leurs aînés ou prédécesseurs croyaient dur comme fer que Giscard serait aisément reconduit. Lorsque, le 10 mai au soir, ils apprirent que c'était Mitterrand, le ciel leur tomba sur la tête.
Jeune Afrique avait étonné en étant presque le seul à prévoir, dès avril 1981, l'élection de François Mitterrand.
Nous récidivons en écrivant dès aujourd'hui, plus d'un mois avant le premier tour, qu'à notre avis Jacques Chirac a très peu de chances d'être réélu.
Ce pronostic se fonde sur les quatre points suivants :
- Contrairement à sa réputation, Jacques Chirac n'a gagné avec aisance que des scrutins législatifs ou municipaux. Là, il fait merveille, tandis que ses performances dans les élections présidentielles ont été si décevantes que sa femme a pu dire : « Les Français n'aiment pas mon mari. » Jugez-en :
1981 : 17,99 % (éliminé au premier tour ; de dépit, il a fait élire en douce Mitterrand contre l'homme de son camp, Giscard) ; 1988 : 19,96 % au premier tour et moins de 46 % au second ; 1995, l'année où il a été élu : 20,84 % seulement au premier tour, distançant de fort peu Balladur.
- Après plus de trente ans de vie politique, dont dix-huit à la mairie de Paris, Chirac traîne trop de « casseroles » qui tintent aux oreilles des électeurs et dont la somme finit par impressionner les plus sceptiques.
L'humeur des Français n'est pas à l'absolution, mais au désir de savoir ce que cela recouvre.
- La gauche française, derrière Jospin, aligne beaucoup plus d'hommes de gouvernement que la droite et, de ce fait, inspire davantage confiance aux électeurs. Normal : depuis vingt ans, la droite n'a gouverné que pendant trois courtes périodes de deux ans.
- Last but not least, les dirigeants de la droite ne soutiennent Chirac que par défaut, faute d'un autre candidat susceptible de gagner. À Paris, on fait le décompte de ceux d'entre eux tentés de lui faire le coup qu'il a lui-même fait en 1974 à Chaban, qu'il a trahi au profit de Giscard d'Estaing, et en 1981 à Giscard...
Si l'analyse ci-dessus est confirmée les 21 avril et 5 mai, c'est Lionel Jospin qui sera le président de la France pour cinq ou dix ans.
Nous vous le présenterons dans les semaines qui viennent et vous dirons pourquoi, à notre avis, ce serait mieux pour la France et pour l'Afrique.