Palestine
Année zéro
lundi 22 avril 2002 :: Divers :: #50 :: rss :: lu 1608 fois
Les armées du Premier ministre israélien, Ariel Sharon, sont en train d'évacuer les villes palestiniennes autonomes après les avoir dévastées : Bush et Powell pourront dire que c'est là le résultat de leurs pressions.
En réalité, l'évacuation correspond au calendrier des militaires israéliens, qui ont disposé de trois semaines pleines pour, avec des armes américaines, détruire et tuer à volonté : « Faites ce que je vous ai demandé de faire, mais faites le plus vite possible », a lancé le Premier ministre à son état-major, interprétant ainsi, de manière élastique, la demande du président américain.
Au coeur du Moyen-Orient et aux abords de la Méditerranée, la Palestine, fort heureusement pour elle, n'est pas la lointaine et oubliée Tchétchénie, où les armées russes détruisent et tuent sans frein ni sanction.
Grâce aux observateurs internationaux, qui ont enfin pu se rendre sur place, nous allons savoir, dès cette semaine, de quels actes les « soldats robots » de Sharon se sont rendus coupables dans les villes qu'ils ont déclarées zones de guerre.
Ils y ont disposé du droit de vie ou de mort sur plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens. Pendant trois longues semaines, grâce à la complicité américaine.
Le monde entier va frémir d'horreur en découvrant que des centaines de civils, hommes, femmes et enfants, ont été tués ou emmurés vivants, que des milliers de personnes - entre 4 000 et 5 000 - ont été arrêtées, humiliées, et sont détenues dans des « Guantánamo » israéliens, que des destructions massives ont été délibérément perpétrées.
Les Israéliens et les autres Juifs n'en seront pas fiers ; le reste du monde en sera bouleversé.
En comparaison, l'autre grand forfait de Sharon, le massacre, en 1982, d'un millier de Palestiniens par les tueurs des phalanges libanaises à Sabra et Chatila, apparaîtra comme une simple bavure...
Au début de cette année 2002, Sharon paraissait avoir échoué à ramener la sécurité et la paix promises à ses compatriotes pour se faire élire Premier ministre. Les très nombreuses erreurs, voire les fautes, de ses adversaires, qui allaient devenir ses victimes, l'ont sauvé.
Mais peut-on dire aujourd'hui qu'il a gagné ?
Les accords d'Oslo. Il les a tués, mais beaucoup d'Israéliens et de Palestiniens, beaucoup d'hommes de progrès et de paix à travers le monde persistent à penser qu'ils ouvraient la voie à la seule solution au conflit israélo-palestinien et israélo-arabe. Un jour ou l'autre, on y reviendra.
L'Autorité palestinienne. Il l'a réduite à peu de chose.
Elle a eu ses insuffisances et mérite des critiques, mais c'était un embryon d'État, un facteur d'apaisement et d'ordre, un projet porteur d'espoir pour tout un peuple et même pour ses voisins.
Les bases et les infrastructures d'un État palestinien. Construites avec l'aide internationale, et notamment européenne, elles sont en ruines. Mais l'on sait, par l'exemple d'autres peuples laborieux - allemand, japonais, coréen -, que les plus hautes tours naissent sur des ruines.
En un peu plus d'un an, Ariel Sharon et l'extrême droite israélienne, avec l'aide active de la droite américaine, ont détruit les accords de paix de 1993 entre Israël et la Palestine et ce qui en a découlé.
C'est un meurtre avec préméditation.
À leur passif, j'ajouterai, pour ma part, le tort considérable, peut-être irréparable, que les exactions de Sharon et de sa bande ont porté à la réputation d'Israël, et à l'image des Juifs.
En ce mois d'avril 2002, dans leur malheur, les Palestiniens bénéficient d'une sympathie diffuse ; ils reçoivent de multiples manifestations de solidarité en provenance de tous les continents. Mais, à la fin des fins, ils sont bien seuls.
Ils savent qu'ils ont été ramenés au stade de la Palestine année zéro. Et le pauvre Yasser Arafat, dans son abri fragile, paraît être, pour le moment, « le soldat vaincu d'une cause invincible ».
Mais, n'en doutons pas, après l'année zéro, il y aura « l'an I ».
Sharon croit avoir gagné ; lui et ses complices doivent jubiler car, à la tête de la toute-puissante Amérique, Bush, Rumsfeld and Co les soutiennent... comme leurs prédécesseurs soutenaient l'apartheid en Afrique du Sud.
Mesurent-ils, ces va-t-en guerre, ce qu'ils ont fait perdre à leur pays et à leur communauté pour un objectif dérisoire : quelques colonies maintenues (pour combien de temps ?) et un voisin provisoirement écrasé ?
Ils vont pouvoir, pensent-ils, poursuivre l'exécution de leur plan : créer, en Cisjordanie, des bantoustans érigés en « État palestinien » et confiés à des « chefs » qu'ils auront choisis et qu'ils contrôleront.
Dans quelques mois, ils pourront aider l'Amérique de Bush à réussir la même opération en Irak : « Alors le Moyen-Orient sera à nous, se disent-ils, les Américains dirigeront le monde et nous, à leurs côtés, le Moyen-Orient... »
Je sais, nous savons, que ces gens d'une autre époque sont redoutables et disposent de formidables moyens. Mais j'ai la conviction que leur entreprise, même si elle peut engranger des succès, faire illusion ou impressionner pendant un temps, ne réussira pas : elle est à contre-courant de l'Histoire et contrevient à l'intérêt à long terme de leurs peuples.
Lorsque les Palestiniens, aujourd'hui traumatisés, se ressaisiront, ils se donneront d'autres moyens et une autre stratégie que celle des injustifiables (même au nom d'une pseudo-nécessité) attentats suicide au coeur d'Israël.
Lorsque les Arabes comprendront que l'Amérique de Bush et de Rumsfeld les méprise, les tient pour quantité négligeable, ils songeront à jouer les cartes dont ils disposent pour l'obliger à les prendre en considération.
Lorsque les Européens cesseront d'être intimidés, dominés, divisés par l'Amérique, qui n'est leur suzerain que parce qu'ils l'acceptent, tout changera.
Lorsque la Russie s'affirmera, lorsque l'Asie, notamment la Chine, l'Inde, l'Indonésie, la Corée du Sud, la Malaisie, sans oublier le Japon, s'aviseront qu'ils sont, fût-ce potentiellement, le « nouveau monde » de ce XXIe siècle, un rééquilibrage sera en vue.
Oui, me dira-t-on, mais même si tout cela advient, ce ne sera pas avant demain, voire après-demain. Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui, nous avons Sharon et Effi Eitam en Israël, Bush et Rumsfeld à Washington, avec tous les moyens à leur disposition. Ils se rengorgent, se pavanent et menacent.
Certes, mais ce sont des nains et les nains ne durent jamais, ni ne font l'Histoire.
Au fil des siècles, ils n'ont jamais été que de misérables obstacles à la marche du monde vers un peu plus de lumière.
En réalité, l'évacuation correspond au calendrier des militaires israéliens, qui ont disposé de trois semaines pleines pour, avec des armes américaines, détruire et tuer à volonté : « Faites ce que je vous ai demandé de faire, mais faites le plus vite possible », a lancé le Premier ministre à son état-major, interprétant ainsi, de manière élastique, la demande du président américain.
Au coeur du Moyen-Orient et aux abords de la Méditerranée, la Palestine, fort heureusement pour elle, n'est pas la lointaine et oubliée Tchétchénie, où les armées russes détruisent et tuent sans frein ni sanction.
Grâce aux observateurs internationaux, qui ont enfin pu se rendre sur place, nous allons savoir, dès cette semaine, de quels actes les « soldats robots » de Sharon se sont rendus coupables dans les villes qu'ils ont déclarées zones de guerre.
Ils y ont disposé du droit de vie ou de mort sur plusieurs dizaines de milliers de Palestiniens. Pendant trois longues semaines, grâce à la complicité américaine.
Le monde entier va frémir d'horreur en découvrant que des centaines de civils, hommes, femmes et enfants, ont été tués ou emmurés vivants, que des milliers de personnes - entre 4 000 et 5 000 - ont été arrêtées, humiliées, et sont détenues dans des « Guantánamo » israéliens, que des destructions massives ont été délibérément perpétrées.
Les Israéliens et les autres Juifs n'en seront pas fiers ; le reste du monde en sera bouleversé.
En comparaison, l'autre grand forfait de Sharon, le massacre, en 1982, d'un millier de Palestiniens par les tueurs des phalanges libanaises à Sabra et Chatila, apparaîtra comme une simple bavure...
Au début de cette année 2002, Sharon paraissait avoir échoué à ramener la sécurité et la paix promises à ses compatriotes pour se faire élire Premier ministre. Les très nombreuses erreurs, voire les fautes, de ses adversaires, qui allaient devenir ses victimes, l'ont sauvé.
Mais peut-on dire aujourd'hui qu'il a gagné ?
Les accords d'Oslo. Il les a tués, mais beaucoup d'Israéliens et de Palestiniens, beaucoup d'hommes de progrès et de paix à travers le monde persistent à penser qu'ils ouvraient la voie à la seule solution au conflit israélo-palestinien et israélo-arabe. Un jour ou l'autre, on y reviendra.
L'Autorité palestinienne. Il l'a réduite à peu de chose.
Elle a eu ses insuffisances et mérite des critiques, mais c'était un embryon d'État, un facteur d'apaisement et d'ordre, un projet porteur d'espoir pour tout un peuple et même pour ses voisins.
Les bases et les infrastructures d'un État palestinien. Construites avec l'aide internationale, et notamment européenne, elles sont en ruines. Mais l'on sait, par l'exemple d'autres peuples laborieux - allemand, japonais, coréen -, que les plus hautes tours naissent sur des ruines.
En un peu plus d'un an, Ariel Sharon et l'extrême droite israélienne, avec l'aide active de la droite américaine, ont détruit les accords de paix de 1993 entre Israël et la Palestine et ce qui en a découlé.
C'est un meurtre avec préméditation.
À leur passif, j'ajouterai, pour ma part, le tort considérable, peut-être irréparable, que les exactions de Sharon et de sa bande ont porté à la réputation d'Israël, et à l'image des Juifs.
En ce mois d'avril 2002, dans leur malheur, les Palestiniens bénéficient d'une sympathie diffuse ; ils reçoivent de multiples manifestations de solidarité en provenance de tous les continents. Mais, à la fin des fins, ils sont bien seuls.
Ils savent qu'ils ont été ramenés au stade de la Palestine année zéro. Et le pauvre Yasser Arafat, dans son abri fragile, paraît être, pour le moment, « le soldat vaincu d'une cause invincible ».
Mais, n'en doutons pas, après l'année zéro, il y aura « l'an I ».
Sharon croit avoir gagné ; lui et ses complices doivent jubiler car, à la tête de la toute-puissante Amérique, Bush, Rumsfeld and Co les soutiennent... comme leurs prédécesseurs soutenaient l'apartheid en Afrique du Sud.
Mesurent-ils, ces va-t-en guerre, ce qu'ils ont fait perdre à leur pays et à leur communauté pour un objectif dérisoire : quelques colonies maintenues (pour combien de temps ?) et un voisin provisoirement écrasé ?
Ils vont pouvoir, pensent-ils, poursuivre l'exécution de leur plan : créer, en Cisjordanie, des bantoustans érigés en « État palestinien » et confiés à des « chefs » qu'ils auront choisis et qu'ils contrôleront.
Dans quelques mois, ils pourront aider l'Amérique de Bush à réussir la même opération en Irak : « Alors le Moyen-Orient sera à nous, se disent-ils, les Américains dirigeront le monde et nous, à leurs côtés, le Moyen-Orient... »
Je sais, nous savons, que ces gens d'une autre époque sont redoutables et disposent de formidables moyens. Mais j'ai la conviction que leur entreprise, même si elle peut engranger des succès, faire illusion ou impressionner pendant un temps, ne réussira pas : elle est à contre-courant de l'Histoire et contrevient à l'intérêt à long terme de leurs peuples.
Lorsque les Palestiniens, aujourd'hui traumatisés, se ressaisiront, ils se donneront d'autres moyens et une autre stratégie que celle des injustifiables (même au nom d'une pseudo-nécessité) attentats suicide au coeur d'Israël.
Lorsque les Arabes comprendront que l'Amérique de Bush et de Rumsfeld les méprise, les tient pour quantité négligeable, ils songeront à jouer les cartes dont ils disposent pour l'obliger à les prendre en considération.
Lorsque les Européens cesseront d'être intimidés, dominés, divisés par l'Amérique, qui n'est leur suzerain que parce qu'ils l'acceptent, tout changera.
Lorsque la Russie s'affirmera, lorsque l'Asie, notamment la Chine, l'Inde, l'Indonésie, la Corée du Sud, la Malaisie, sans oublier le Japon, s'aviseront qu'ils sont, fût-ce potentiellement, le « nouveau monde » de ce XXIe siècle, un rééquilibrage sera en vue.
Oui, me dira-t-on, mais même si tout cela advient, ce ne sera pas avant demain, voire après-demain. Et aujourd'hui ?
Aujourd'hui, nous avons Sharon et Effi Eitam en Israël, Bush et Rumsfeld à Washington, avec tous les moyens à leur disposition. Ils se rengorgent, se pavanent et menacent.
Certes, mais ce sont des nains et les nains ne durent jamais, ni ne font l'Histoire.
Au fil des siècles, ils n'ont jamais été que de misérables obstacles à la marche du monde vers un peu plus de lumière.
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