«L'avenir m'intéresse, car c'est là que j'ai l'intention de passer les prochaines années. » Ce mot d'un humoriste me vient à l'esprit, car j'ai choisi de vous parler cette semaine de l'avenir démographique de notre planète : il est connu avec une quasi-certitude et nous promet, pour chaque continent, des changements considérables, parfois inattendus.
Les démographes ont choisi deux haltes, l'une en 2025 et l'autre en 2050 : ces deux dates repères leur permettent de nous donner une passionnante description du monde aux tournants du quart et de la moitié du nouveau siècle.
Beaucoup d'entre vous peuvent légitimement espérer atteindre 2025 ou même 2050, alors lisez ce qui suit : c'est intéressant et... beaucoup plus sûr que la prévision économique.

Sachez qu'au cours du siècle écoulé, le XXe de l'ère chrétienne, malgré les maladies et les guerres, grâce aux progrès de la médecine et de l'hygiène (dont a résulté une baisse impressionnante de la mortalité), l'humanité a quadruplé, passant de un milliard et demi à six milliards !
Il ne lui était jamais arrivé de se multiplier par quatre en cent ans ! De même qu'il ne lui était jamais arrivé, au cours de son histoire, de voir l'espérance de vie moyenne doubler en un siècle (elle est passée, en fait, de 30 à 65 ans entre 1900 et 2000).
Sachez ensuite qu'au cours de ce même XXe siècle, l'autre phénomène démographique - au sens le plus fort du terme - est le déclin, non prévu par les spécialistes, parce que sans précédent dans l'histoire humaine, du nombre d'enfants par famille. Progressif mais mondial, ce phénomène - une baisse de 40 % ! - a marqué la seconde moitié du XXe siècle ; il a touché d'abord les pays développés et riches, puis s'est étendu au monde entier pour devenir le facteur le plus important de l'évolution démographique mondiale, celui qui marquera le XXIe siècle : dès aujourd'hui, dans la moitié des pays du monde, la population a (presque) cessé de croître ou a commencé à diminuer.
Et la tendance va s'accentuer : les démographes prévoient qu'en 2025 il naîtra moins d'enfants dans le monde qu'aujourd'hui et constatent que, déjà en 2002, la partie développée du monde est en stagnation, voire en recul démographique.

L'évolution ne sera évidemment pas la même pour tous (voir tableau n° 1, p. 7).
D'ici à 2025, l'Afrique subsaharienne, le Maghreb et le Moyen-Orient continueront de croître démographiquement et compteront plus d'habitants que le monde développé d'aujourd'hui (qui sera, lui, en décroissance).
Le monde entier - sauf l'Afrique subsaharienne où l'âge moyen sera encore, en 2025, de 20 ans - sera en vieillissement (voir tableau n° 2, p. 7).
Vieillissement, mais jusqu'à quel âge ? La médecine n'a pas de réponse à cette question : on sait cependant que, dans les pays les plus développés disposant d'un bon système de santé, un homme de 60 ans a aujourd'hui une espérance de vie de l'ordre de vingt-cinq à vingt-six ans, tandis que la femme de 60 ans peut espérer vivre trente ou trente et un ans de plus.
Les courbes démographiques de l'ancien Tiers Monde - le sud de la planète - s'alignent donc avec un siècle de retard sur celles de l'Europe et des États-Unis : les graphiques (p. 6) décrivant l'évolution sur un siècle du nombre moyen de naissances par femme et celle de l'âge moyen le montrent d'une manière saisissante.

Il en découle, selon les démographes et les économistes, une chance pour les pays en développement, qu'il leur faut saisir car elle est passagère et ne se renouvellera pas. D'ici à 2050, la plupart d'entre eux vont connaître simultanément :
a) une population en âge de travailler - les 20 à 60 ans - plus nombreuse, en meilleure santé et mieux éduquée ;
b) moins d'enfants à nourrir et à éduquer par famille, et donc pour la nation ;
c) un âge moyen de la population de l'ordre de 24 ans et qui n'atteindra 35 ans que vers 2050.
Cette conjonction de facteurs favorables au développement économique durera un demi-siècle. Tous en bénéficieront ; certains, les mieux gouvernés, en profiteront mieux que d'autres.

J'en viens, pour conclure ce panorama, à un aspect de l'évolution démographique du monde qui a déjà provoqué une polémique en Amérique du Nord et suscité une question grave : la race blanche est-elle condamnée à disparaître ?
Un examen des statistiques peut en effet le donner à penser : en 1960, un quart de la population mondiale était d'ascendance européenne. Cette proportion n'a cessé de diminuer depuis, pour passer à un sixième aujourd'hui. Et cette tendance se poursuivra inexorablement, puisque la population blanche stricto sensu ne rassemblera plus, dans cinquante ans, qu'un dixième des habitants de la planète. L'Europe, qui n'a jamais mieux mérité le nom de « Vieux Continent », devrait connaître, au cours du prochain demi-siècle, un fléchissement démographique impressionnant : 728 millions d'habitants en 2000, 556 millions en 2050.
Le graphique ci-contre résume de manière frappante la situation en 2050 : l'humanité sera passée, en cinquante ans, de six à neuf milliards, soit une augmentation de 50 %. Mais trois hommes sur cinq seront asiatiques et un sur cinq sera africain.
Tous les autres, Blancs, « presque » Blancs, ou Noirs d'Amérique du Nord et du Sud, ne représentant plus qu'un petit cinquième de l'humanité.