Tunisie : oui à « la nouvelle étape ». Mais où conduit-elle ?
lundi 3 juin 2002 :: Divers :: #31 :: rss :: lu 1754 fois
Le dimanche 26 mai, il y a donc une semaine, à la demande de leur président, les électeurs tunisiens ont approuvé une refonte de la Constitution qu'ils s'étaient donnée en 1959. Par référendum, le premier de l'histoire de ce pays de 10 millions d'habitants, indépendant depuis le 20 mars 1956.
De cette initiative politique, on a surtout retenu, à l'étranger en particulier, qu'elle permet à son auteur, au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, de se faire réélire en 2004 et en 2009, chaque fois pour cinq ans, de bénéficier d'une immunité judiciaire absolue pour ses actes durant l'exercice de ses fonctions.
Du référendum lui-même, qui s'est déroulé sans aucun incident, on a d'abord retenu ses résultats étonnants : 95,59 % des inscrits ont voté et 99,52 % des votants ont dit « oui » ; 16 642 Tunisiens seulement se sont déplacés pour dire « non » aux changements proposés (voir pages 30-31 le compte-rendu de Ridha Kéfi).
Au sein de la rédaction de Jeune Afrique/L'intelligent, un de nos rédacteurs en chef, subsaharien, a levé les bras au ciel : « Pourquoi les Tunisiens, qui sont très intelligents, font-ils cela ? Pourquoi leur président, qui a tant fait pour son pays, procède-t-il ainsi ? »
Dans son ensemble, la grande presse française s'est répandue en sarcasmes. Mais on la savait généralement hostile au régime tunisien qui, de son côté, la taxant de partialité, la récuse. Il se trouve que de grands journaux anglais, américains, belges et suisses ont fait chorus, et que le très respectable Financial Times lui-même est sorti de sa réserve pour, en éditorial, titrer : « Tunisian farce ».
Alors, première conclusion : si le contenu, les modalités et les formes d'expression d'une initiative politique qui se dit et se veut historique ne passent pas auprès des observateurs impartiaux, c'est qu'il y a un sérieux problème à résoudre.
Cela dit, pour les Tunisiens favorables au régime et à son chef, mais qui le sont sans inconditionnalité ni aliénation de leur libre arbitre - ils sont, je crois, largement majoritaires -, le problème se pose différemment. L'un d'eux, lecteur de Jeune Afrique/L'intelligent, me l'a écrit, dès le 27 mai, dans le message électronique ci-dessous, qui me semble traduire les préoccupations de la « classe discutante » tunisienne :
- Le rideau est tombé sur le référendum. Notre pays aborde une nouvelle phase de son histoire. Que préconise B.B.Y. pour que cette réforme atteigne ses objectifs déclarés, à savoir la consolidation du processus démocratique et le renforcement des droits de l'homme ?
- La Tunisie compte 5 800 000 électeurs potentiels. Or seulement 3 600 000 sont inscrits sur les listes électorales, malgré les nombreuses campagnes nationales appelant les citoyens à s'inscrire. Que faut-il faire pour intéresser les jeunes à la vie politique ?
(L'Algérie compte 18 000 000 d'électeurs sur une population de 32 000 000.)
- Quelles sont les concessions que devrait faire le RCD pour accélérer les réformes démocratiques ?
- Que doit faire l'opposition légale pour gagner en maturité et crédibilité, et atteindre ainsi le statut de force d'alternance ?
- Que doit faire la presse pour se débarrasser de l'étiquette de médiocrité qui l'a toujours poursuivie et répondre ainsi à l'appel que le président Ben Ali lui a lancé à maintes reprises ?
- Quel rôle pour l'élite et la société civile ?
J'espère que vous consacrerez un CQJC à ces nombreuses interrogations.
Dans l'espace qui m'est imparti, je tenterai d'éclairer le débat, de situer la phase actuelle par rapport au passé et à l'avenir - et de donner ma vision des choses.
Que la nouvelle Constitution
- permette à Zine el-Abidine Ben Ali de se maintenir au pouvoir bien au-delà du terme que lui-même avait fixé en 1987 ;
- supprime toute limitation du nombre de mandats et repousse l'âge limite pour un candidat à la présidence de 70 à 75 ans ;
- introduise le concept d'immunité présidentielle,
n'aurait pas dû faire problème et n'aurait peut-être pas suscité autant de sarcasmes chez les détracteurs du régime si celui-ci avait, au cours des dernières années, gagné plus de galons démocratiques.
La non-limitation du nombre des mandats (et de l'âge) est, en effet, la règle constitutionnelle de bien des pays, dont la France, où, sans la maladie, François Mitterrand aurait pu effectuer trois mandats et se maintenir vingt et un ans à la tête de l'État ! Quant à l'impunité, les États-Unis l'ont édictée pour Nixon, la Russie pour Eltsine, le Sénégal pour Diouf...
Quoi de plus sain que de respecter, après qu'il a quitté le pouvoir, quelqu'un que le peuple a investi de sa confiance ?
En vérité, je crois que les critiques du référendum tunisien n'en ont pas perçu la signification, et qu'ils ont, ce faisant, « mis à côté de la plaque ».
De leur côté, le président tunisien et son parti ont gagné le référendum, mais n'ont pas réussi à expliquer leur démarche ; leur message n'est pas passé parce que beaucoup n'ont vu dans cette initiative du chef de l'État tunisien qu'une manoeuvre lui permettant de se maintenir au pouvoir.
Pour le président Ben Ali, le dimanche 26 mai 2002 est presque aussi important que le samedi 7 novembre 1987 : il marque le début de la deuxième partie d'un itinéraire planifié.
C'est dans l'allocution de remerciement qu'il a prononcée au lendemain du référendum que le président a le mieux expliqué ce qu'il veut (ou espère) faire. Mais, pour l'appréhender, il faut lire entre les lignes, aller au-delà des mots.
Aux Tunisiens (et à tous ceux que cela intéresse), cet homme, qui est aussi introverti que son prédécesseur était extraverti, dit à mots couverts ce qu'il aurait voulu qu'ils comprennent sans qu'il ait à l'énoncer.
S'il avait pu (ou voulu) s'exprimer plus clairement, cet homme réservé aurait permis à ses compatriotes de comprendre sa démarche. Mais il aurait fallu qu'il dévoile quelques-unes de ses pensées secrètes...
Je ne crois pas être très loin de la vérité en affirmant - sous ma seule responsabilité - que cela aurait pu donner à peu près ceci :
- « Le 26 mai 2002 est un nouveau 7 novembre 1987 ; plus exactement il inaugure et prépare le premier étage d'un édifice, la Maison Tunisie, dont le 7 novembre a jeté les fondations et dont le rez-de-chaussée a été construit au cours des quatorze années écoulées.
- « En 2002, je suis moins seul qu'en 1987 et mieux connu de vous : j'ai eu le temps de faire mes preuves et d'améliorer mon savoir-faire. Mais, dans les deux cas, j'ai préparé, planifié et, en dernier ressort, décidé (presque) seul de ce que je crois être bon pour nous (vous, les Tunisiens, et moi, fils de notre pays, devenu votre président).
- « En 1987, j'avais vu trop court en pensant que quinze ans me suffiraient à changer la Tunisie ; en 2002, j'espère que je compte large en me donnant douze ans de plus...
- « Je suis arrivé au sommet du pouvoir à l'âge de 52 ans, comme mon prédécesseur, Habib Bourguiba.
« Il y est resté trente et un ans. C'était trop.
- « Les dispositions constitutionnelles que je vous ai proposées, et que je vous remercie d'avoir entérinées, me permettent d'occuper le pouvoir vingt-six ans. C'est beaucoup.
« Nous en sommes à un peu moins de quinze, c'est-à-dire un peu plus de la moitié du parcours maximum.
« Il n'est pas dit, je n'ai pas dit, que j'irai jusqu'au bout de ce que me permet désormais la Constitution. Je peux vous étonner en partant plus tôt.
- « Le premier président de la Tunisie indépendante est né avec le siècle ; le deuxième, une bonne trentaine d'années plus tard. Le troisième, lui, sera obligatoirement né après l'indépendance, voire après l'instauration de la République (1957)... »
Le président de la République tunisienne a donc inauguré, le 27 mai, selon ses propres termes, « une nouvelle étape sur le chemin du changement en vue d'édifier la République de demain ». Il a considérablement renforcé ses pouvoirs et veut, semble-t-il, marquer l'Histoire en conduisant son pays à plus de développement et beaucoup plus de démocratie. Mais le peut-il ?
Moi-même, qui ai un préjugé favorable, vous l'avez senti, en doute beaucoup, pour bien des raisons, dont voici les principales :
1) Le président Ben Ali est à la tête d'un parti-État dont les Tunisiens connaissent - et parfois ressentent - l'omniprésence et dont les non-Tunisiens peuvent imaginer la redoutable puissance en regardant la photo de son siège (ci-contre).
Le RCD pourra-t-il, voudra-t-il, accepter de s'étriquer pour laisser beaucoup de place à d'autres partis ? Ce serait irréaliste de l'escompter : ni en Turquie, ni au Mexique, ni en Inde, ni au Sénégal, cela ne s'est fait.
Dans tous ces pays, le parti-État dominant, quasi unique, a occupé toute la place, tant qu'il l'a pu, un demi-siècle ou plus !
2) Les « grands chantiers », celui de « la liberté de lire et d'écrire », ouvert il y a quatorze ans, celui de la justice, à laquelle il reste à donner beaucoup plus de moyens - et son indépendance -, n'ont guère avancé. Où est, en dehors de la volonté d'un homme, fût-il président tout-puissant, le facteur capable de les faire bouger ?
3) La limite d'âge pour briguer la magistrature suprême peut encore être repoussée.
Elle est passée, le 26 mai, de 70 à 75 ans, sur proposition de députés (inspirés par qui ?).
Qui nous dit qu'en mai 2012 d'autres députés (inspirés par qui ?) ne nous proposeront pas de la porter à 80 ans, puis à 85 ?
Qu'est-ce qui nous prémunit contre cela, si, d'ici là, le système n'a pas changé ?
Que peut un homme, quelles que soient sa sincérité et sa volonté, contre un système ? Et qui, de surcroît, se présente comme le sien !
Le système démocratique étant mauvais mais, c'est désormais universellement reconnu, le moins mauvais de tous, s'agissant de la Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali ne peut nous convaincre, nous les plus enclins à l'être, qu'il a stratégiquement choisi de l'instaurer que s'il nous en donne, dès le mois prochain, mois après mois, des signes et des signaux consécutifs et répétés, allant tous dans la même direction.
Nous le savons déterminé, mais prudent. Nous accepterons donc la lenteur et la prudence, inhérentes à cette démarche.
Mais la majorité des Tunisiens et les amis de la Tunisie ne croiront que « la nouvelle étape » conduit vers la démocratie que si, sans trop tarder, les actes suivent les paroles.
De cette initiative politique, on a surtout retenu, à l'étranger en particulier, qu'elle permet à son auteur, au pouvoir depuis le 7 novembre 1987, de se faire réélire en 2004 et en 2009, chaque fois pour cinq ans, de bénéficier d'une immunité judiciaire absolue pour ses actes durant l'exercice de ses fonctions.
Du référendum lui-même, qui s'est déroulé sans aucun incident, on a d'abord retenu ses résultats étonnants : 95,59 % des inscrits ont voté et 99,52 % des votants ont dit « oui » ; 16 642 Tunisiens seulement se sont déplacés pour dire « non » aux changements proposés (voir pages 30-31 le compte-rendu de Ridha Kéfi).
Au sein de la rédaction de Jeune Afrique/L'intelligent, un de nos rédacteurs en chef, subsaharien, a levé les bras au ciel : « Pourquoi les Tunisiens, qui sont très intelligents, font-ils cela ? Pourquoi leur président, qui a tant fait pour son pays, procède-t-il ainsi ? »
Dans son ensemble, la grande presse française s'est répandue en sarcasmes. Mais on la savait généralement hostile au régime tunisien qui, de son côté, la taxant de partialité, la récuse. Il se trouve que de grands journaux anglais, américains, belges et suisses ont fait chorus, et que le très respectable Financial Times lui-même est sorti de sa réserve pour, en éditorial, titrer : « Tunisian farce ».
Alors, première conclusion : si le contenu, les modalités et les formes d'expression d'une initiative politique qui se dit et se veut historique ne passent pas auprès des observateurs impartiaux, c'est qu'il y a un sérieux problème à résoudre.
Cela dit, pour les Tunisiens favorables au régime et à son chef, mais qui le sont sans inconditionnalité ni aliénation de leur libre arbitre - ils sont, je crois, largement majoritaires -, le problème se pose différemment. L'un d'eux, lecteur de Jeune Afrique/L'intelligent, me l'a écrit, dès le 27 mai, dans le message électronique ci-dessous, qui me semble traduire les préoccupations de la « classe discutante » tunisienne :
- Le rideau est tombé sur le référendum. Notre pays aborde une nouvelle phase de son histoire. Que préconise B.B.Y. pour que cette réforme atteigne ses objectifs déclarés, à savoir la consolidation du processus démocratique et le renforcement des droits de l'homme ?
- La Tunisie compte 5 800 000 électeurs potentiels. Or seulement 3 600 000 sont inscrits sur les listes électorales, malgré les nombreuses campagnes nationales appelant les citoyens à s'inscrire. Que faut-il faire pour intéresser les jeunes à la vie politique ?
(L'Algérie compte 18 000 000 d'électeurs sur une population de 32 000 000.)
- Quelles sont les concessions que devrait faire le RCD pour accélérer les réformes démocratiques ?
- Que doit faire l'opposition légale pour gagner en maturité et crédibilité, et atteindre ainsi le statut de force d'alternance ?
- Que doit faire la presse pour se débarrasser de l'étiquette de médiocrité qui l'a toujours poursuivie et répondre ainsi à l'appel que le président Ben Ali lui a lancé à maintes reprises ?
- Quel rôle pour l'élite et la société civile ?
J'espère que vous consacrerez un CQJC à ces nombreuses interrogations.
Dans l'espace qui m'est imparti, je tenterai d'éclairer le débat, de situer la phase actuelle par rapport au passé et à l'avenir - et de donner ma vision des choses.
Que la nouvelle Constitution
- permette à Zine el-Abidine Ben Ali de se maintenir au pouvoir bien au-delà du terme que lui-même avait fixé en 1987 ;
- supprime toute limitation du nombre de mandats et repousse l'âge limite pour un candidat à la présidence de 70 à 75 ans ;
- introduise le concept d'immunité présidentielle,
n'aurait pas dû faire problème et n'aurait peut-être pas suscité autant de sarcasmes chez les détracteurs du régime si celui-ci avait, au cours des dernières années, gagné plus de galons démocratiques.
La non-limitation du nombre des mandats (et de l'âge) est, en effet, la règle constitutionnelle de bien des pays, dont la France, où, sans la maladie, François Mitterrand aurait pu effectuer trois mandats et se maintenir vingt et un ans à la tête de l'État ! Quant à l'impunité, les États-Unis l'ont édictée pour Nixon, la Russie pour Eltsine, le Sénégal pour Diouf...
Quoi de plus sain que de respecter, après qu'il a quitté le pouvoir, quelqu'un que le peuple a investi de sa confiance ?
En vérité, je crois que les critiques du référendum tunisien n'en ont pas perçu la signification, et qu'ils ont, ce faisant, « mis à côté de la plaque ».
De leur côté, le président tunisien et son parti ont gagné le référendum, mais n'ont pas réussi à expliquer leur démarche ; leur message n'est pas passé parce que beaucoup n'ont vu dans cette initiative du chef de l'État tunisien qu'une manoeuvre lui permettant de se maintenir au pouvoir.
Pour le président Ben Ali, le dimanche 26 mai 2002 est presque aussi important que le samedi 7 novembre 1987 : il marque le début de la deuxième partie d'un itinéraire planifié.
C'est dans l'allocution de remerciement qu'il a prononcée au lendemain du référendum que le président a le mieux expliqué ce qu'il veut (ou espère) faire. Mais, pour l'appréhender, il faut lire entre les lignes, aller au-delà des mots.
Aux Tunisiens (et à tous ceux que cela intéresse), cet homme, qui est aussi introverti que son prédécesseur était extraverti, dit à mots couverts ce qu'il aurait voulu qu'ils comprennent sans qu'il ait à l'énoncer.
S'il avait pu (ou voulu) s'exprimer plus clairement, cet homme réservé aurait permis à ses compatriotes de comprendre sa démarche. Mais il aurait fallu qu'il dévoile quelques-unes de ses pensées secrètes...
Je ne crois pas être très loin de la vérité en affirmant - sous ma seule responsabilité - que cela aurait pu donner à peu près ceci :
- « Le 26 mai 2002 est un nouveau 7 novembre 1987 ; plus exactement il inaugure et prépare le premier étage d'un édifice, la Maison Tunisie, dont le 7 novembre a jeté les fondations et dont le rez-de-chaussée a été construit au cours des quatorze années écoulées.
- « En 2002, je suis moins seul qu'en 1987 et mieux connu de vous : j'ai eu le temps de faire mes preuves et d'améliorer mon savoir-faire. Mais, dans les deux cas, j'ai préparé, planifié et, en dernier ressort, décidé (presque) seul de ce que je crois être bon pour nous (vous, les Tunisiens, et moi, fils de notre pays, devenu votre président).
- « En 1987, j'avais vu trop court en pensant que quinze ans me suffiraient à changer la Tunisie ; en 2002, j'espère que je compte large en me donnant douze ans de plus...
- « Je suis arrivé au sommet du pouvoir à l'âge de 52 ans, comme mon prédécesseur, Habib Bourguiba.
« Il y est resté trente et un ans. C'était trop.
- « Les dispositions constitutionnelles que je vous ai proposées, et que je vous remercie d'avoir entérinées, me permettent d'occuper le pouvoir vingt-six ans. C'est beaucoup.
« Nous en sommes à un peu moins de quinze, c'est-à-dire un peu plus de la moitié du parcours maximum.
« Il n'est pas dit, je n'ai pas dit, que j'irai jusqu'au bout de ce que me permet désormais la Constitution. Je peux vous étonner en partant plus tôt.
- « Le premier président de la Tunisie indépendante est né avec le siècle ; le deuxième, une bonne trentaine d'années plus tard. Le troisième, lui, sera obligatoirement né après l'indépendance, voire après l'instauration de la République (1957)... »
Le président de la République tunisienne a donc inauguré, le 27 mai, selon ses propres termes, « une nouvelle étape sur le chemin du changement en vue d'édifier la République de demain ». Il a considérablement renforcé ses pouvoirs et veut, semble-t-il, marquer l'Histoire en conduisant son pays à plus de développement et beaucoup plus de démocratie. Mais le peut-il ?
Moi-même, qui ai un préjugé favorable, vous l'avez senti, en doute beaucoup, pour bien des raisons, dont voici les principales :
1) Le président Ben Ali est à la tête d'un parti-État dont les Tunisiens connaissent - et parfois ressentent - l'omniprésence et dont les non-Tunisiens peuvent imaginer la redoutable puissance en regardant la photo de son siège (ci-contre).
Le RCD pourra-t-il, voudra-t-il, accepter de s'étriquer pour laisser beaucoup de place à d'autres partis ? Ce serait irréaliste de l'escompter : ni en Turquie, ni au Mexique, ni en Inde, ni au Sénégal, cela ne s'est fait.
Dans tous ces pays, le parti-État dominant, quasi unique, a occupé toute la place, tant qu'il l'a pu, un demi-siècle ou plus !
2) Les « grands chantiers », celui de « la liberté de lire et d'écrire », ouvert il y a quatorze ans, celui de la justice, à laquelle il reste à donner beaucoup plus de moyens - et son indépendance -, n'ont guère avancé. Où est, en dehors de la volonté d'un homme, fût-il président tout-puissant, le facteur capable de les faire bouger ?
3) La limite d'âge pour briguer la magistrature suprême peut encore être repoussée.
Elle est passée, le 26 mai, de 70 à 75 ans, sur proposition de députés (inspirés par qui ?).
Qui nous dit qu'en mai 2012 d'autres députés (inspirés par qui ?) ne nous proposeront pas de la porter à 80 ans, puis à 85 ?
Qu'est-ce qui nous prémunit contre cela, si, d'ici là, le système n'a pas changé ?
Que peut un homme, quelles que soient sa sincérité et sa volonté, contre un système ? Et qui, de surcroît, se présente comme le sien !
Le système démocratique étant mauvais mais, c'est désormais universellement reconnu, le moins mauvais de tous, s'agissant de la Tunisie, Zine el-Abidine Ben Ali ne peut nous convaincre, nous les plus enclins à l'être, qu'il a stratégiquement choisi de l'instaurer que s'il nous en donne, dès le mois prochain, mois après mois, des signes et des signaux consécutifs et répétés, allant tous dans la même direction.
Nous le savons déterminé, mais prudent. Nous accepterons donc la lenteur et la prudence, inhérentes à cette démarche.
Mais la majorité des Tunisiens et les amis de la Tunisie ne croiront que « la nouvelle étape » conduit vers la démocratie que si, sans trop tarder, les actes suivent les paroles.
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