« France is back »
lundi 22 juillet 2002 :: Divers :: #37 :: rss :: lu 1489 fois
Je crois que la réélection de Jacques Chirac à la tête du pouvoir exécutif en France, que je n'avais ni prévue ni même souhaitée, va avoir des effets inattendus - et heureux - sur la politique extérieure française. On pense généralement, on dit en tout cas, que Chirac, réélu pour cinq ans, effectue son dernier mandat. Pour ma part, je ne vois pas pourquoi il ne se représenterait pas en 2007 avec des chances d'être une fois encore réélu.
Quoi qu'il en soit, l'actuel président de la République française dispose aujourd'hui d'autant de pouvoirs qu'un chef d'État africain dans son pays ou un roi arabe dans le sien. Sauf que la France est une démocratie où fonctionnent de vrais contre-pouvoirs.
Chirac a mis en place un Premier ministre et un gouvernement qu'il contrôle ; il leur a assigné des missions qu'ils vont remplir. La nouvelle Assemblée et le Sénat sont peuplés en majorité de fidèles ; les conseils régionaux et les grandes administrations idem.
Cela permet à Jacques Chirac, qui avait perdu le pouvoir en juin 1997 et l'a reconquis en mai 2002, de consacrer beaucoup de temps - et de moyens - à la politique étrangère. Un signe : il y a placé comme ministre Dominique de Villepin, son plus proche collaborateur pendant « la traversée du désert » ; ce fidèle des bons et des mauvais jours, homme jeune (49 ans) et dont on sent qu'il piaffait d'impatience, a, en quatre-vingts jours, sillonné le monde, visité, notamment, sept pays au Moyen-Orient et huit en Afrique (voir p. 54).
Je ne pense pas que le tandem Chirac-Villepin suive l'exemple de celui constitué, en 1973, par Pompidou et Jobert, qui avaient alors tenté, par le verbe plus que par l'action, de contrecarrer l'Amérique de Nixon et Kissinger.
Chirac voudra maintenir avec « son ami » Bush des relations aussi bonnes que possible tout en menant une politique volontariste, affirmée et indépendante. Il se forcera à entraîner les autres Européens, mais se gardera de les heurter ou de trop se distinguer d'eux.
Sur le Moyen-Orient, il tiendra le plus grand compte d'Israël et des sensibilités de la diaspora juive, en particulier française. Mais, à la différence de George W. Bush, il se souciera également, et en même temps, de l'opinion des Arabes, dont il connaît personnellement tous les dirigeants - et les sensibilités.
Exercice difficile, mais que l'hôte de l'Élysée et son ministre s'estiment capables de réussir, alors que Bush et ses gens n'essayent même pas.
Simultanément, la France de Chirac et Villepin voudra montrer aux Africains, en particulier à ceux du sud du Sahara, qu'elle est « de retour », s'intéresse à leur sort et à leurs problèmes, veut les aider à les résoudre. Elle répétera qu'elle « va se faire leur avocat auprès des instances européennes et de celles de Bretton Woods ».
On aura l'impression que la parenthèse Balladur-Védrine - dix ans d'apparente indifférence - est fermée.
Les armées françaises, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l'Agence française de développement (AFD), la Francophonie, et le Quai d'Orsay lui-même, se verront affecter de nouvelles missions et (peut-être) des moyens supérieurs.
La France voudra ainsi trouver au Sud ce supplément d'âme et de puissance dont elle a besoin pour contrebalancer celui que l'Allemagne va récolter de l'adhésion, à l'Union européenne, de dix pays ancrés sur son flanc est.
Mais cet aggiornamento politique, s'il est le bienvenu, requiert des moyens humains et financiers, une force d'âme et une persévérance dont il est prudent de penser qu'ils peuvent ne pas se trouver réunis...
Comment la France se comportera-t-elle vis-à-vis des régimes autoritaires ? Combattra-t-elle avec suffisamment de vigueur les atteintes aux droits de l'homme ?
Donnons-nous un an pour prendre la mesure du changement et nous assurer que la France s'est réellement dotée d'une nouvelle politique étrangère : gaulliste, mais adaptée aux réalités de l'après-communisme, aux avancées de la construction européenne et aux dérives de l'après-11 septembre... (voir pp. 53-56).
Quoi qu'il en soit, l'actuel président de la République française dispose aujourd'hui d'autant de pouvoirs qu'un chef d'État africain dans son pays ou un roi arabe dans le sien. Sauf que la France est une démocratie où fonctionnent de vrais contre-pouvoirs.
Chirac a mis en place un Premier ministre et un gouvernement qu'il contrôle ; il leur a assigné des missions qu'ils vont remplir. La nouvelle Assemblée et le Sénat sont peuplés en majorité de fidèles ; les conseils régionaux et les grandes administrations idem.
Cela permet à Jacques Chirac, qui avait perdu le pouvoir en juin 1997 et l'a reconquis en mai 2002, de consacrer beaucoup de temps - et de moyens - à la politique étrangère. Un signe : il y a placé comme ministre Dominique de Villepin, son plus proche collaborateur pendant « la traversée du désert » ; ce fidèle des bons et des mauvais jours, homme jeune (49 ans) et dont on sent qu'il piaffait d'impatience, a, en quatre-vingts jours, sillonné le monde, visité, notamment, sept pays au Moyen-Orient et huit en Afrique (voir p. 54).
Je ne pense pas que le tandem Chirac-Villepin suive l'exemple de celui constitué, en 1973, par Pompidou et Jobert, qui avaient alors tenté, par le verbe plus que par l'action, de contrecarrer l'Amérique de Nixon et Kissinger.
Chirac voudra maintenir avec « son ami » Bush des relations aussi bonnes que possible tout en menant une politique volontariste, affirmée et indépendante. Il se forcera à entraîner les autres Européens, mais se gardera de les heurter ou de trop se distinguer d'eux.
Sur le Moyen-Orient, il tiendra le plus grand compte d'Israël et des sensibilités de la diaspora juive, en particulier française. Mais, à la différence de George W. Bush, il se souciera également, et en même temps, de l'opinion des Arabes, dont il connaît personnellement tous les dirigeants - et les sensibilités.
Exercice difficile, mais que l'hôte de l'Élysée et son ministre s'estiment capables de réussir, alors que Bush et ses gens n'essayent même pas.
Simultanément, la France de Chirac et Villepin voudra montrer aux Africains, en particulier à ceux du sud du Sahara, qu'elle est « de retour », s'intéresse à leur sort et à leurs problèmes, veut les aider à les résoudre. Elle répétera qu'elle « va se faire leur avocat auprès des instances européennes et de celles de Bretton Woods ».
On aura l'impression que la parenthèse Balladur-Védrine - dix ans d'apparente indifférence - est fermée.
Les armées françaises, la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), l'Agence française de développement (AFD), la Francophonie, et le Quai d'Orsay lui-même, se verront affecter de nouvelles missions et (peut-être) des moyens supérieurs.
La France voudra ainsi trouver au Sud ce supplément d'âme et de puissance dont elle a besoin pour contrebalancer celui que l'Allemagne va récolter de l'adhésion, à l'Union européenne, de dix pays ancrés sur son flanc est.
Mais cet aggiornamento politique, s'il est le bienvenu, requiert des moyens humains et financiers, une force d'âme et une persévérance dont il est prudent de penser qu'ils peuvent ne pas se trouver réunis...
Comment la France se comportera-t-elle vis-à-vis des régimes autoritaires ? Combattra-t-elle avec suffisamment de vigueur les atteintes aux droits de l'homme ?
Donnons-nous un an pour prendre la mesure du changement et nous assurer que la France s'est réellement dotée d'une nouvelle politique étrangère : gaulliste, mais adaptée aux réalités de l'après-communisme, aux avancées de la construction européenne et aux dérives de l'après-11 septembre... (voir pp. 53-56).
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