Dans Jeune Afrique/L'intelligent en général, et dans cette chronique plus particulièrement, nous avons bien souvent critiqué l'actuelle administration américaine et son président, George W. Bush. Leur gestion des affaires américaines et mondiales, surtout depuis le 11 septembre 2001, nous paraît en effet mériter beaucoup de critiques : nous les leur avons adressées et continuerons de le faire.
Mais je n'en suis que plus à l'aise pour la complimenter sur les initiatives heureuses qu'il lui arrive de prendre.
J'en examinerai deux, qui ont pour théâtre l'Afrique.
1. Le Soudan Ce ne sont, hélas ! ni la Ligue arabe, ni l'Union africaine, ni l'Union européenne qui se sont employées à pacifier ce grand pays africain qu'est le Soudan, englué depuis plus d'une génération dans une guerre civile meurtrière.
L'Égypte et la Libye ont essayé ; l'Autorité intergouvernementale de développement (Igad), qui regroupe, autour du Soudan, Djibouti, l'Éthiopie, l'Érythrée, le Kenya et la Somalie, a fait ce qu'elle a pu.
Ce sont les États-Unis de George W. Bush qui sont en train de réussir à sortir les Soudanais de ce cauchemar, sur la base d'une formule que je trouve raisonnable et équitable. L'accord, réalisé sous leurs auspices, signé le samedi 20 juillet et approuvé par tous ceux qui comptent dans les deux camps, annonce le retour à la paix.
Il prévoit pour le sud du pays, peuplé d'animistes et de chrétiens, en contrepartie de la fin de sa rébellion, une période d'autonomie de six ans après la fin des négociations qui se poursuivent. À l'issue de laquelle ses habitants choisiront, par référendum tenu sous contrôle international, entre le maintien au sein du Soudan (avec des garanties à négocier) et la sécession, c'est-à-dire l'indépendance.
Ce n'est pas diminuer le mérite de l'administration Bush que d'ajouter que l'Amérique a bougé dans le bon sens parce que trois facteurs favorables ont conjugué leurs effets :
- Un lobby africain-américain et chrétien sensibilisé par les souffrances des populations dans les zones rebelles du Sud-Soudan.
- Le fait que le Soudan soit devenu un producteur de pétrole, petit pour le moment mais prometteur, et qu'il échappe aux compagnies américaines, ce qui ne saurait durer.
- Les supplications émises par les dirigeants soudanais pour être « récupérés » par Washington, la rupture avec l'islamisme et l'expulsion de Ben Laden à l'appui.
2. Maroc/Espagne Lorsque a éclaté, à la mi-juillet, la querelle entre ces deux pays voisins à propos d'un îlot inhabité qui se trouve à moins de 200 mètres des côtes marocaines, l'Union européenne a cru bon de prendre fait et cause pour l'Espagne, comme si ce pays, membre de l'Union, était attaqué sur son territoire. Sans se demander si le rocher en question était, en droit ou même en fait, sous le contrôle de ce pays, sans daigner prendre en considération le point de vue du Maroc, pays associé à l'Union.
Les États-Unis, eux, ont considéré qu'il s'agissait d'une dispute entre deux pays amis, d'inégale puissance certes, mais à égalité de droits. Leur secrétaire d'État, Colin Powell, n'a recherché qu'une chose : éteindre vite le début d'incendie.
Il l'a fait avec autorité et équité, reportant à plus tard toute discussion sur le fond.
Gageons qu'on trouvera désormais les États-Unis engagés à long terme dans l'arbitrage des différends entre le Maroc et l'Espagne au sujet des enclaves que ce dernier pays prétend garder indéfiniment sur le continent africain.
Tout en exigeant - à juste titre dans ce dernier cas - que la Grande-Bretagne lui restitue Gibraltar...
Gageons aussi que très bientôt les mêmes États-Unis - pas la France, pas l'Europe - se trouveront en position d'arbitrer entre le même Maroc et l'Algérie à propos du Sahara occidental.
Et qu'ils proposeront aux parties dans ce litige - plus nettement qu'ils ne l'ont fait il y a un an (proposition de James Baker) - une formule très voisine de celle qu'ils sont en train de mettre en place au Soudan...
Il est bien dommage que ces mêmes États-Unis, qu'il nous est agréable de louer lorsqu'ils oeuvrent pour la paix, l'entente et la coopération entre les peuples, consacrent le plus souvent, sous George W. Bush, leur puissance et leur influence :
- à soutenir un Sharon, homme de guerre,
- à conforter les dictatures en prétendant vouloir faire progresser la démocratie,
- à se préoccuper de leur seul confort et de leurs privilèges.
En se désintéressant du bien-être des pauvres et même de l'avenir de cette planète que nous laisserons à nos enfants - et aux leurs.