Faites le contraire...
lundi 16 septembre 2002 :: Divers :: #20 :: rss :: lu 1674 fois
Le gouvernement d'un pays, fût-il grand et démocratique, n'en est pas forcément le visage. Il arrive même qu'il en soit la caricature. C'est en ce moment le cas, à mon avis, de deux pays, surarmés et très puissants, dont le comportement sur la scène internationale fait problème.
George W. Bush et l'équipe d'hommes belliqueux issus de la droite du Parti républicain dont il s'est entouré pour gouverner les États-Unis (et le monde) sont-ils le visage de l'Amérique ou bien sa caricature ?
Le général Ariel Sharon et les hommes de la droite du Likoud qui exercent le pouvoir en Israël (et occupent le reste de la Palestine) sont-ils le visage d'Israël ou sa caricature ?
Je sais, bien sûr, que George W. Bush et le général Ariel Sharon ont été démocratiquement élus et qu'ils bénéficient, deux ans après leur élection, d'un indiscutable consensus national.
Mais je sais également que les Israéliens qui ont élu Ariel Sharon en février 2001 étaient traumatisés par le terrorisme aveugle des islamistes palestiniens, alors toléré par l'Autorité palestinienne. Et que George W. Bush, élu de justesse, n'est entré dans le coeur de ses concitoyens qu'après la tragédie du 11 septembre 2001, grâce à Oussama Ben Laden.
Cela dit, en démocratie, il arrive aux électeurs de se tromper et de porter au pouvoir un parti, un homme ou une femme qui conduit son pays dans la mauvaise direction, voire dans une impasse.
Je suis persuadé que la politique menée par Sharon et son gouvernement est néfaste pour Israël et le Moyen-Orient, et que celle conduite par Bush et son équipe l'est tout autant pour les États-Unis et le monde.
Il faut le dire et l'écrire sans trop se préoccuper des accusations facilement proférées d'antiaméricanisme, voire d'antisémitisme : taxer ceux qui critiquent Sharon et sa politique d'antisémitisme, dire de ceux qui vilipendent celle de Bush qu'ils sont antiaméricains est l'argument de ceux qui n'en ont pas ; si cet argument avait la moindre consistance, les nombreux Israéliens et juifs, parmi les meilleurs, qui s'opposent à Sharon, dénoncent sa politique, seraient eux aussi antisémites ; et seraient antiaméricains la majorité des démocrates, une partie des républicains, les grands journalistes, les penseurs américains de renom qui multiplient les manifestations de défiance grandissante à l'endroit de l'administration Bush.
Cette semaine, deux hommes prestigieux, et surtout expérimentés, sont venus enrichir leurs rangs : Jimmy Carter et Bill Clinton.
Bill Clinton d'abord : c'est le prédécesseur immédiat de George W. Bush (et le successeur de son père).
Il a gouverné l'Amérique pendant huit ans et, sortant pour la première fois de la réserve qu'il s'est imposée, a écrit dans un texte publié aux États-Unis (et en France par le Nouvel Observateur) qu'il aurait fait l'inverse de ce que fait son successeur : « Nous savons que Saddam Hussein continue à poser un problème puisque ses laboratoires sont actifs. Son armée est beaucoup plus faible qu'au moment de la guerre du Golfe, mais la menace de ses laboratoires est réelle. La question n'est pas aussi urgente que la nécessité de redémarrer le processus de paix au Moyen-Orient et de stopper la violence dans cette région, et n'implique pas obligatoirement une invasion, mais il faut la traiter. »
Je décrypte :
L'ancien président dit poliment mais clairement à son successeur : vous devriez donner la priorité aux couples Israël-Palestine et Israël-Syrie et les aider à conclure la paix ; l'Irak viendra ensuite, et si possible sans guerre.
Dans le même texte, il ajoute, plus loin : « Il faut créer un monde meilleur par un effort vigoureux pour accroître le nombre de nos partenaires et faire baisser celui des terroristes et par une lutte sans merci pour remporter la bataille des idées. L'Amérique peut largement contribuer à faire passer le monde de l'interdépendance à l'intégration, dans une communauté mondiale qui constituera un monde approprié pour tous nos enfants. »
On ne peut être plus clair : il faut faire le contraire de ce que fait (et menace de faire) George W. Bush. Et pas seulement au Moyen-Orient, puisque Clinton n'hésite pas à compléter sa remontrance par une série de « nous devrions » : « J'estime que le gouvernement [américain] a eu tort de prendre ses distances avec l'accord de Kyoto et le protocole du Tribunal pénal international, que nous avions signés. [...] Nous devrions mieux cibler l'allègement de la dette pour les pays pauvres. [...] Nous devrions investir davantage dans l'aide à l'étranger. L'Amérique lui consacre un pourcentage de ses revenus inférieur à celui de toutes les autres nations développées. [...] Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a demandé 10 milliards de dollars par an pour lutter contre le sida et d'autres maladies infectieuses. Nous devrions en payer notre part... »
Cela, pour Bill Clinton.
Jimmy Carter, l'homme de la paix entre Israël et l'Égypte, se livre, lui, à un véritable réquisitoire contre l'administration de son (lointain) successeur : nous publions son texte en page 60.
Et puisque j'en suis à tenter de démontrer que de très bons Américains prônent pour leur pays et pour le monde une politique qui serait l'inverse de celle de Bush et que les meilleurs des juifs et des Israéliens voudraient qu'on revienne au processus de paix assassiné par Sharon, je vous engage à lire, en page 48, la lumineuse démonstration de Théo Klein, apôtre depuis toujours de l'entente et de la coopération entre Juifs et Arabes.
Je suis persuadé que Bush et son équipe, que Sharon et la sienne, desservent les intérêts à long terme de leurs pays au lieu de les servir, que leurs électeurs ne tarderont pas à s'apercevoir que les deux hommes qu'ils ont élus mènent une mauvaise politique.
Le président Bush ferait bien de se souvenir d'une règle politique énoncée par son grand compatriote Walter Lippmann : « Une politique qui viole délibérément nos engagements et nos principes, nos traités et nos lois est vouée à l'échec. La conscience américaine est une réalité. »
Quant au général Sharon, même s'il déteste et méprise les Arabes, il devrait méditer l'aphorisme bien connu dans la région où se trouve son pays : « Ce n'est qu'en vous résignant à faire le contraire de ce que vous êtes en train de faire que vous obtiendrez un bon résultat. »
George W. Bush et l'équipe d'hommes belliqueux issus de la droite du Parti républicain dont il s'est entouré pour gouverner les États-Unis (et le monde) sont-ils le visage de l'Amérique ou bien sa caricature ?
Le général Ariel Sharon et les hommes de la droite du Likoud qui exercent le pouvoir en Israël (et occupent le reste de la Palestine) sont-ils le visage d'Israël ou sa caricature ?
Je sais, bien sûr, que George W. Bush et le général Ariel Sharon ont été démocratiquement élus et qu'ils bénéficient, deux ans après leur élection, d'un indiscutable consensus national.
Mais je sais également que les Israéliens qui ont élu Ariel Sharon en février 2001 étaient traumatisés par le terrorisme aveugle des islamistes palestiniens, alors toléré par l'Autorité palestinienne. Et que George W. Bush, élu de justesse, n'est entré dans le coeur de ses concitoyens qu'après la tragédie du 11 septembre 2001, grâce à Oussama Ben Laden.
Cela dit, en démocratie, il arrive aux électeurs de se tromper et de porter au pouvoir un parti, un homme ou une femme qui conduit son pays dans la mauvaise direction, voire dans une impasse.
Je suis persuadé que la politique menée par Sharon et son gouvernement est néfaste pour Israël et le Moyen-Orient, et que celle conduite par Bush et son équipe l'est tout autant pour les États-Unis et le monde.
Il faut le dire et l'écrire sans trop se préoccuper des accusations facilement proférées d'antiaméricanisme, voire d'antisémitisme : taxer ceux qui critiquent Sharon et sa politique d'antisémitisme, dire de ceux qui vilipendent celle de Bush qu'ils sont antiaméricains est l'argument de ceux qui n'en ont pas ; si cet argument avait la moindre consistance, les nombreux Israéliens et juifs, parmi les meilleurs, qui s'opposent à Sharon, dénoncent sa politique, seraient eux aussi antisémites ; et seraient antiaméricains la majorité des démocrates, une partie des républicains, les grands journalistes, les penseurs américains de renom qui multiplient les manifestations de défiance grandissante à l'endroit de l'administration Bush.
Cette semaine, deux hommes prestigieux, et surtout expérimentés, sont venus enrichir leurs rangs : Jimmy Carter et Bill Clinton.
Bill Clinton d'abord : c'est le prédécesseur immédiat de George W. Bush (et le successeur de son père).
Il a gouverné l'Amérique pendant huit ans et, sortant pour la première fois de la réserve qu'il s'est imposée, a écrit dans un texte publié aux États-Unis (et en France par le Nouvel Observateur) qu'il aurait fait l'inverse de ce que fait son successeur : « Nous savons que Saddam Hussein continue à poser un problème puisque ses laboratoires sont actifs. Son armée est beaucoup plus faible qu'au moment de la guerre du Golfe, mais la menace de ses laboratoires est réelle. La question n'est pas aussi urgente que la nécessité de redémarrer le processus de paix au Moyen-Orient et de stopper la violence dans cette région, et n'implique pas obligatoirement une invasion, mais il faut la traiter. »
Je décrypte :
L'ancien président dit poliment mais clairement à son successeur : vous devriez donner la priorité aux couples Israël-Palestine et Israël-Syrie et les aider à conclure la paix ; l'Irak viendra ensuite, et si possible sans guerre.
Dans le même texte, il ajoute, plus loin : « Il faut créer un monde meilleur par un effort vigoureux pour accroître le nombre de nos partenaires et faire baisser celui des terroristes et par une lutte sans merci pour remporter la bataille des idées. L'Amérique peut largement contribuer à faire passer le monde de l'interdépendance à l'intégration, dans une communauté mondiale qui constituera un monde approprié pour tous nos enfants. »
On ne peut être plus clair : il faut faire le contraire de ce que fait (et menace de faire) George W. Bush. Et pas seulement au Moyen-Orient, puisque Clinton n'hésite pas à compléter sa remontrance par une série de « nous devrions » : « J'estime que le gouvernement [américain] a eu tort de prendre ses distances avec l'accord de Kyoto et le protocole du Tribunal pénal international, que nous avions signés. [...] Nous devrions mieux cibler l'allègement de la dette pour les pays pauvres. [...] Nous devrions investir davantage dans l'aide à l'étranger. L'Amérique lui consacre un pourcentage de ses revenus inférieur à celui de toutes les autres nations développées. [...] Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a demandé 10 milliards de dollars par an pour lutter contre le sida et d'autres maladies infectieuses. Nous devrions en payer notre part... »
Cela, pour Bill Clinton.
Jimmy Carter, l'homme de la paix entre Israël et l'Égypte, se livre, lui, à un véritable réquisitoire contre l'administration de son (lointain) successeur : nous publions son texte en page 60.
Et puisque j'en suis à tenter de démontrer que de très bons Américains prônent pour leur pays et pour le monde une politique qui serait l'inverse de celle de Bush et que les meilleurs des juifs et des Israéliens voudraient qu'on revienne au processus de paix assassiné par Sharon, je vous engage à lire, en page 48, la lumineuse démonstration de Théo Klein, apôtre depuis toujours de l'entente et de la coopération entre Juifs et Arabes.
Je suis persuadé que Bush et son équipe, que Sharon et la sienne, desservent les intérêts à long terme de leurs pays au lieu de les servir, que leurs électeurs ne tarderont pas à s'apercevoir que les deux hommes qu'ils ont élus mènent une mauvaise politique.
Le président Bush ferait bien de se souvenir d'une règle politique énoncée par son grand compatriote Walter Lippmann : « Une politique qui viole délibérément nos engagements et nos principes, nos traités et nos lois est vouée à l'échec. La conscience américaine est une réalité. »
Quant au général Sharon, même s'il déteste et méprise les Arabes, il devrait méditer l'aphorisme bien connu dans la région où se trouve son pays : « Ce n'est qu'en vous résignant à faire le contraire de ce que vous êtes en train de faire que vous obtiendrez un bon résultat. »
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