Même si elles recèlent des foyers de tension, l'Amérique latine est en paix, tout comme l'Asie et l'Afrique du Nord. Les guerres sont concentrées dans trois zones : l'ex-Empire soviétique, le Moyen-Orient et l'Afrique subsaharienne.
Dans cette dernière région, des guerres, pour la plupart civiles, se sont allumées et éteintes, ou bien sont en voie d'extinction. Le 19 septembre, c'est dans un pays connu naguère pour sa stabilité, la Côte d'Ivoire, qu'a surgi une nouvelle crise.
En pages 20-28, nous vous rendons compte de ses développements et tentons d'en retracer la genèse.
Ceux qui se sont rebellés contre le régime instauré il y a deux ans par Laurent Gbagbo ont fini par exposer leurs motivations et leurs griefs. Quant au chef de l'État ivoirien et à son gouvernement, ils n'ont jusqu'ici parlé que de réduire la rébellion, sans montrer qu'ils en ont les moyens.
L'intervention de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cedeao) et l'interposition du millier de soldats français présents dans le pays leur donnent fort heureusement le temps de se ressaisir et, je l'espère, de changer d'optique.
Même si l'on pouvait mater la rébellion et reprendre le contrôle des villes qu'elle occupe, cela ne ramènerait ni la paix dans les esprits ni la concorde entre tous les Ivoiriens.
Il est clair à mes yeux qu'il faut à la Côte d'Ivoire un pouvoir central plus large que celui avec lequel Laurent Gbagbo a cru possible de gouverner ; il lui faut un gouvernement où soient représentées, non pas nominalement mais réellement, les principales forces politiques et sociales du pays.
Beaucoup mieux que l'actuel, un tel gouvernement serait à même de prendre en compte - pour mieux les faire disparaître - les motivations et les griefs de mutins transfigurés en rebelles.
La Côte d'Ivoire retrouvera la sérénité et le chemin du progrès lorsque ses seize millions d'habitants seront considérés par le pouvoir central comme les composantes d'une nation en création.