A quelques jours d'intervalle, deux événements très dissemblables, mais qu'il s'est imposé à moi de rapprocher et de commenter.
Vendredi 11 octobre : le comité Nobel norvégien décerne à l'ancien président américain Jimmy Carter (choisi parmi 156 candidats : 117 personnalités, 39 organismes) le prix Nobel de la paix pour 2002.
Mardi 15 octobre : 11,5 millions « d'électeurs » irakiens sont appelés à plébisciter le dictateur qui s'est installé à leur tête et s'y maintient, avec sa famille, depuis 1979 (vingt-trois ans).
Le premier a quitté le pouvoir au début de 1981 et se consacre, depuis, à promouvoir les causes justes et à favoriser la paix dans le monde sans se soucier de ce qu'en pense le gouvernement de son pays.
Le second, Saddam Hussein, a provoqué deux guerres injustes, qu'il a perdues et qui ont ruiné son pays ; sur le point d'en attirer une troisième, au lieu de songer à se retirer pour épargner son peuple, il lui impose de lui renouveler, à l'unanimité, le désir - qui serait masochiste - de le garder à sa tête sept années de plus.
Le premier fait honneur à son pays. Son visage souriant nous donne l'endroit d'une médaille dont Bush, Cheney, Rumsfeld et consorts sont actuellement le revers.
Le second donne de la communauté dont il se réclame une horrible caricature.
En imposant aux électeurs irakiens la triste comédie du plébiscite, en exigeant d'eux une allégeance sans faille, il donne, de surcroît, même s'il ne peut pas le comprendre, un nouvel argument à ceux qui ont décidé de l'écarter.
Mais si j'ai choisi de rapprocher les deux événements et de les commenter, c'est pour aller au-delà de la simple et facile comparaison entre l'admirable et l'horrible : aller plus loin, c'est examiner les réactions à ces deux événements, car ce sont ces réactions qui leur donnent leur signification.
Ce prix Nobel, Jimmy Carter aurait dû le recevoir bien plus tôt. En tout cas, le couronnement, cette année, de celui qui a été, de 1976 à 1980, le trente-neuvième président des États-Unis, et qui est considéré par la plupart comme « le meilleur ancien président que l'Amérique ait jamais eu », a été très bien accueilli aux États-Unis et dans le monde... sauf par Bush, Cheney, Rumsfeld et consorts.
Ces derniers ont vu, à juste titre, dans le choix de l'humaniste, de l'idéaliste, du multilatéraliste Jimmy Carter une critique à peine voilée de ce qu'ils sont - le contraire - et de ce qu'ils font.
Quant à la tragi-comédie de la énième « réélection » de Saddam Hussein, elle n'a suscité jusqu'ici, dans le monde arabo-musulman qu'elle caricature et déshonore, aucune critique audible d'aucun responsable politique, qu'il soit au gouvernement ou dans l'opposition, d'aucun intellectuel.
Je trouve ce silence insupportable, et même indécent. Je ne désespère tout de même pas de lire ou d'entendre une dissociation de cette mascarade, dont on ne sait s'il vaut mieux en rire ou en pleurer.
En tout cas, à mes yeux, l'homme qui, à la veille d'une guerre qui va être cruelle pour son peuple, a l'inconscience de l'humilier à ses propres yeux et de le ridiculiser aux yeux du monde, ne mérite pas d'être défendu !
Même si la guerre qui risque de l'emporter lui est imposée, même si elle est aussi injuste que celles qu'il a lui-même provoquées.
Regardez les deux photos ci-dessous à gauche, elles ne mentent pas : elles sont même plus éloquentes que tous les discours.
La pose et l'allure choisies par les trois hommes qu'elles nous montrent sont si parlantes qu'il n'est plus possible à aucun d'entre nous d'entendre les mensonges qu'ils disent.
Saddam (65 ans) et ses deux fils, Oudaï (38 ans) et Qousaï (36 ans), ont fait de l'Irak et des Irakiens leur chose. Ils ont tué, volé et torturé. Les témoignages sur leurs méfaits sont multiples, croisés et irrécusables.
Alors, le vote « unanime » de 11,5 millions d'Irakiens, enregistré le 15 octobre 2002, n'a pas plus de valeur que le papier qui a servi à le transcrire, et ne vous y trompez pas : avant ce vote comme après, Saddam, Oudaï et Qousaï règnent sur l'Irak par la violence et sont les hommes les plus haïs du pays.
Ne nous demandez donc pas de les soutenir, même si celui qui veut les éliminer ne nous plaît pas et si ses raisons - les vraies - ne sont pas bonnes.