Points de départ
lundi 11 novembre 2002 :: Divers :: #9 :: rss :: lu 1633 fois
Du jamais vu : en moins de quinze jours, à raison d'un tous les deux jours en moyenne, huit événements. Chacun d'eux est non seulement considérable, mais porteur de conséquences importantes, voire graves, qui se feront ressentir une à une l'année prochaine et la suivante.
J'énumère ci-dessous ces événements, qui viennent de se bousculer sous nos yeux, pour m'interroger avec vous : lesquels seront positifs pour le pays ou la région qu'ils concernent, ou même pour le monde ? Lesquels, à l'inverse, seront néfastes ?
Essayez de vous projeter dans l'avenir et de répondre, pour chacun de ces événements, à la simple question : positif ou négatif ? Vous constaterez qu'il est extrêmement difficile et hasardeux d'avancer un pronostic.
1. Le 27 octobre, à la quatrième tentative, Luis Inacio da Silva, dit « Lula », marqué à gauche, est élu trente-sixième président du Brésil avec 61,27 % des suffrages. On a comparé « Lula » à Lech Walesa (Pologne), à François Mitterrand (France). Son pays n'est ni la France ni la Pologne, et lui risque de ne ressembler en rien aux modèles qu'on veut lui donner.
2. Le 26 octobre, liquidation à Moscou, sur ordre de Vladimir Poutine, au gaz asphyxiant et à la mitraillette, de cinquante preneurs d'otages tchétchènes. Autres victimes de l'assaut, innocentes celles-ci : 126 des 800 otages (2 autres ont été abattus par le commando).
Les Russes approuvent massivement l'intransigeance de leur président et, le lendemain, la guerre russe contre les Tchétchènes reprend de plus belle. Pour combien d'années ?
3. Le 3 novembre, les électeurs turcs congédient leurs élites traditionnelles et presque tous les politiciens de leur establishment politique.
À leur place, ils élisent les candidats d'un Parti de la justice et du développement, créé il y a un peu plus d'un an, et donnent à celui-ci la majorité absolue au sein de leur Parlement. Ce parti, qui reçoit un pouvoir très étendu dans un grand pays à cheval sur l'Europe et l'Asie, est-il islamiste ou seulement « démocrate-musulman » ?
Dans le premier cas, le pays va au-devant de secousses ; dans le second, les conséquences sur les autres pays musulmans et sur leurs relations avec le reste du monde seront incommensurables (voir pages 75 à 78, l'analyse de Joséphine Dedet).
4. En Israël, les ministres travaillistes s'étant résignés à quitter le gouvernement, le Premier ministre Ariel Sharon perd sa majorité. Il décide de demander au président Katsav de dissoudre le Parlement et d'annoncer des élections anticipées. Et, ce faisant, tente, sur le terrain politique, ce qu'il a coutume de faire sur le terrain militaire : une percée sur un coup de tête.
Une fois de plus, en tout cas, un gouvernement israélien aura duré moins de deux ans et chuté sur la Palestine. Qui peut dire, en ce mois de novembre 2002, si les élections renforceront la droite intégriste et guerrière, comme elle l'espère, ou donneront une nouvelle (et ultime ?) chance au camp de la paix ?
5. Dans la guerre américaine contre le terrorisme, engagée il y a un peu plus d'un an, une nouvelle étape a été franchie le dimanche 3 novembre : ce jour-là, un drone américain, baptisé Predator, survole le Yémen et, avec ou sans l'accord de son gouvernement, tire un missile sur une voiture qui circulait sur une route : les sept occupants sont pulvérisés.
Commentaire américain : « Nous sommes en guerre contre el-Qaïda et nous utilisons nos forces armées contre ses membres, où qu'ils se trouvent dans le monde.
« En l'occurrence, notre Predator a tué un des dirigeants de l'organisation : Ali Qaed Sinane el-Harithi, dont le nom de guerre est Abou Ali. Ses compagnons ? Ils n'avaient qu'à ne pas être là... »
Pour la première fois dans l'Histoire, une armée, celle des États-Unis, considère le monde entier comme son champ de tir : elle peut intervenir à sa guise, tuer sans vérification ni sommation qui elle veut dès lors qu'elle le suspecte d'appartenir à une organisation classée ennemie.
Ce qu'Ariel Sharon et son armée font depuis deux ans en Palestine, Bush et la sienne se donnent le droit de le faire à l'échelle du monde...
Le président du Yémen se tait et, dans le monde, personne n'ose protester.
6. Le 6 novembre, le président George W. Bush et son parti gagnent les élections législatives et gubernatoriales dites du « mid-term » (mi-mandat, deux ans avant l'éventuelle réélection du président pour un second mandat de quatre ans).
Plus patriotes qu'inquiets de la stagnation de leur économie et de l'unilatéralisme de leur politique étrangère, les électeurs américains ont encouragé leur président, son administration et son parti à se montrer fermes, voire belliqueux.
Il revient à George W. Bush d'analyser les résultats du scrutin et d'interpréter le mandat que lui donnent ses citoyens. Faut-il prévoir un retour à la sagesse ? Ou une fuite en avant ?
7. Le 8 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité la résolution américaine sur l'Irak. La France et la Russie nous disent qu'en un mois de négociation serrée elles ont obtenu de Colin Powell qu'il rabote son texte, en enlève ce qui aurait rendu l'invasion de l'Irak « automatique ».
Je crois que les Américains ont bien voulu permettre à leurs alliés de sauver la face en acceptant avec beaucoup de patience de changer quelques mots et d'intervertir une ou deux phrases.
Mais c'est leur texte qui aura été voté et leur doctrine qui, pour l'essentiel, aura prévalu.
Colin Powell a bien travaillé et, après le vote au Conseil de sécurité, le président Bush a désormais les mains presque aussi libres qu'avant.
Bravo à Colin Powell.
8. En Côte d'Ivoire, la grave crise qui secoue le pays depuis le 19 septembre dernier va entrer dans son troisième mois. Le pays est toujours coupé en deux et son économie fonctionne au ralenti (voir pages 36-40 et pages 89-91 les analyses de François Soudan et d'Alain Faujas).
Ici, c'est le non-événement, le fait qu'il ne se passe rien, qui fait problème et annonce l'orage.
Il est en effet très dangereux de croire que la situation de « ni guerre ni paix », qui caractérise jusqu'ici la crise ivoirienne de 2002, puisse se prolonger sans conduire à l'irréparable.
Et pourtant, le gouvernement d'un côté, les rebelles de l'autre rendent toute solution impossible en exigeant de la partie adverse, depuis près de deux mois, ce qu'elle ne peut ni donner ni accepter.
On nous dit que cela peut changer. Je l'espère, mais je n'y crois pas.
Gardons à l'esprit ces huit événements qui sont autant de points de départ. Vers quoi vont-ils nous mener en 2003 et 2004 ? Prions pour que ce soit vers un monde plus serein.
J'énumère ci-dessous ces événements, qui viennent de se bousculer sous nos yeux, pour m'interroger avec vous : lesquels seront positifs pour le pays ou la région qu'ils concernent, ou même pour le monde ? Lesquels, à l'inverse, seront néfastes ?
Essayez de vous projeter dans l'avenir et de répondre, pour chacun de ces événements, à la simple question : positif ou négatif ? Vous constaterez qu'il est extrêmement difficile et hasardeux d'avancer un pronostic.
1. Le 27 octobre, à la quatrième tentative, Luis Inacio da Silva, dit « Lula », marqué à gauche, est élu trente-sixième président du Brésil avec 61,27 % des suffrages. On a comparé « Lula » à Lech Walesa (Pologne), à François Mitterrand (France). Son pays n'est ni la France ni la Pologne, et lui risque de ne ressembler en rien aux modèles qu'on veut lui donner.
2. Le 26 octobre, liquidation à Moscou, sur ordre de Vladimir Poutine, au gaz asphyxiant et à la mitraillette, de cinquante preneurs d'otages tchétchènes. Autres victimes de l'assaut, innocentes celles-ci : 126 des 800 otages (2 autres ont été abattus par le commando).
Les Russes approuvent massivement l'intransigeance de leur président et, le lendemain, la guerre russe contre les Tchétchènes reprend de plus belle. Pour combien d'années ?
3. Le 3 novembre, les électeurs turcs congédient leurs élites traditionnelles et presque tous les politiciens de leur establishment politique.
À leur place, ils élisent les candidats d'un Parti de la justice et du développement, créé il y a un peu plus d'un an, et donnent à celui-ci la majorité absolue au sein de leur Parlement. Ce parti, qui reçoit un pouvoir très étendu dans un grand pays à cheval sur l'Europe et l'Asie, est-il islamiste ou seulement « démocrate-musulman » ?
Dans le premier cas, le pays va au-devant de secousses ; dans le second, les conséquences sur les autres pays musulmans et sur leurs relations avec le reste du monde seront incommensurables (voir pages 75 à 78, l'analyse de Joséphine Dedet).
4. En Israël, les ministres travaillistes s'étant résignés à quitter le gouvernement, le Premier ministre Ariel Sharon perd sa majorité. Il décide de demander au président Katsav de dissoudre le Parlement et d'annoncer des élections anticipées. Et, ce faisant, tente, sur le terrain politique, ce qu'il a coutume de faire sur le terrain militaire : une percée sur un coup de tête.
Une fois de plus, en tout cas, un gouvernement israélien aura duré moins de deux ans et chuté sur la Palestine. Qui peut dire, en ce mois de novembre 2002, si les élections renforceront la droite intégriste et guerrière, comme elle l'espère, ou donneront une nouvelle (et ultime ?) chance au camp de la paix ?
5. Dans la guerre américaine contre le terrorisme, engagée il y a un peu plus d'un an, une nouvelle étape a été franchie le dimanche 3 novembre : ce jour-là, un drone américain, baptisé Predator, survole le Yémen et, avec ou sans l'accord de son gouvernement, tire un missile sur une voiture qui circulait sur une route : les sept occupants sont pulvérisés.
Commentaire américain : « Nous sommes en guerre contre el-Qaïda et nous utilisons nos forces armées contre ses membres, où qu'ils se trouvent dans le monde.
« En l'occurrence, notre Predator a tué un des dirigeants de l'organisation : Ali Qaed Sinane el-Harithi, dont le nom de guerre est Abou Ali. Ses compagnons ? Ils n'avaient qu'à ne pas être là... »
Pour la première fois dans l'Histoire, une armée, celle des États-Unis, considère le monde entier comme son champ de tir : elle peut intervenir à sa guise, tuer sans vérification ni sommation qui elle veut dès lors qu'elle le suspecte d'appartenir à une organisation classée ennemie.
Ce qu'Ariel Sharon et son armée font depuis deux ans en Palestine, Bush et la sienne se donnent le droit de le faire à l'échelle du monde...
Le président du Yémen se tait et, dans le monde, personne n'ose protester.
6. Le 6 novembre, le président George W. Bush et son parti gagnent les élections législatives et gubernatoriales dites du « mid-term » (mi-mandat, deux ans avant l'éventuelle réélection du président pour un second mandat de quatre ans).
Plus patriotes qu'inquiets de la stagnation de leur économie et de l'unilatéralisme de leur politique étrangère, les électeurs américains ont encouragé leur président, son administration et son parti à se montrer fermes, voire belliqueux.
Il revient à George W. Bush d'analyser les résultats du scrutin et d'interpréter le mandat que lui donnent ses citoyens. Faut-il prévoir un retour à la sagesse ? Ou une fuite en avant ?
7. Le 8 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l'unanimité la résolution américaine sur l'Irak. La France et la Russie nous disent qu'en un mois de négociation serrée elles ont obtenu de Colin Powell qu'il rabote son texte, en enlève ce qui aurait rendu l'invasion de l'Irak « automatique ».
Je crois que les Américains ont bien voulu permettre à leurs alliés de sauver la face en acceptant avec beaucoup de patience de changer quelques mots et d'intervertir une ou deux phrases.
Mais c'est leur texte qui aura été voté et leur doctrine qui, pour l'essentiel, aura prévalu.
Colin Powell a bien travaillé et, après le vote au Conseil de sécurité, le président Bush a désormais les mains presque aussi libres qu'avant.
Bravo à Colin Powell.
8. En Côte d'Ivoire, la grave crise qui secoue le pays depuis le 19 septembre dernier va entrer dans son troisième mois. Le pays est toujours coupé en deux et son économie fonctionne au ralenti (voir pages 36-40 et pages 89-91 les analyses de François Soudan et d'Alain Faujas).
Ici, c'est le non-événement, le fait qu'il ne se passe rien, qui fait problème et annonce l'orage.
Il est en effet très dangereux de croire que la situation de « ni guerre ni paix », qui caractérise jusqu'ici la crise ivoirienne de 2002, puisse se prolonger sans conduire à l'irréparable.
Et pourtant, le gouvernement d'un côté, les rebelles de l'autre rendent toute solution impossible en exigeant de la partie adverse, depuis près de deux mois, ce qu'elle ne peut ni donner ni accepter.
On nous dit que cela peut changer. Je l'espère, mais je n'y crois pas.
Gardons à l'esprit ces huit événements qui sont autant de points de départ. Vers quoi vont-ils nous mener en 2003 et 2004 ? Prions pour que ce soit vers un monde plus serein.
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