La guerre ? Toujours probable
lundi 18 novembre 2002 :: Divers :: #12 :: rss :: lu 1598 fois
C'est parti : les dés sont jetés, ils roulent et, lorsqu'ils s'arrêteront, nous saurons si la guerre américaine contre l'Irak, programmée pour le début de 2003, a pu être évitée, grâce à ce qui s'est passé dans la première quinzaine de ce mois de novembre 2002.
Même si dans la longue lettre adressée, le 13 novembre, à Kofi Annan et signée du ministre irakien des Affaires étrangères, il y a « à boire et à manger », Saddam Hussein a accepté « sans réserve ni condition » la résolution américaine (votée le 8 novembre par le Conseil de sécurité de l'ONU à l'unanimité de ses quinze membres) : déjà à pied d'oeuvre, les inspecteurs de l'ONU devraient être à même de donner aux plus exigeants l'assurance que l'Irak est désarmé. Ou le sera, s'il ne l'est déjà...
Le dictateur irakien, qui tergiversait depuis plus de dix ans et refusait de s'exécuter tant que le prix à payer n'était que les souffrances imposées à son peuple par l'embargo, a ainsi capitulé devant la menace américaine, sérieuse et argumentée, d'utiliser la force pour l'écarter du pouvoir, c'est-à-dire en fait le tuer, lui, et les siens.
Saddam aura bien du mal à tenir les engagements qu'il a pris, et les prochaines semaines seront marquées par les protestations irakiennes devant les exigences des contrôleurs de l'ONU.
Quoi qu'il en soit, si l'Amérique se contentait de priver l'Irak et son dictateur de toute possibilité de disposer d'armes de destruction massive, maintenait la pression pour atteindre cet objectif - mais renonçait à envahir le pays pour réaliser un plus vaste dessein -, ce serait très bien, car la guerre aura été évitée.
Mais qui croit aujourd'hui que George W. Bush et ses principaux conseillers ont renoncé à leur projet d'envahir l'Irak dans les prochains mois ? Pour y installer leurs hommes et leurs entreprises, pour, à partir de Bagdad, peser sur l'Iran, pour contrôler le pétrole et le gaz, pour se donner de nouveaux moyens d'asseoir leur hégémonie sur la région.
Qui pense que le spectre de la guerre s'est éloigné et que l'ONU, dont les inspecteurs ont reçu des moyens d'investigation illimités, pourra tenir le rôle pour lequel elle a été créée : préserver la paix ?
J'estime, pour ma part, que la guerre, qui était presque certaine, demeure probable, car ceux qui la veulent n'ont changé ni de dessein ni de calendrier, et ils ont toujours le pouvoir de la déclencher. Leur seul problème est de dénicher un prétexte plausible : l'Histoire montre qu'il s'en trouve aisément et, en l'occurrence, Saddam est doué pour en donner malgré lui... (Voir pp. 13-14, l'analyse de François Soudan.)
Cela posé, on peut tout de même constater que les choses se clarifient. En quinze mois, le terrorisme et la guerre contre le terrorisme ont réussi à diviser le monde en deux camps : celui de la guerre et celui de l'opposition, grandissante, à la guerre.
Ceux qui sont pour la guerre s'arment à outrance pour la faire et ne veulent rien savoir de ce qui les en priverait ; du côté des terroristes comme de celui de ceux qui se sont voués à leur faire la guerre, le discours est identique : « Nous sommes le Bien et nous luttons contre le Mal, nous sommes agressés et notre devoir sacré est de nous défendre... »
Parce qu'il est sincère, ce discours trouve - de chaque côté ! - une grande résonance auprès de dizaines, voire de centaines de millions de personnes.
Ceux qui sont pour la guerre ont pour noms, d'un côté, Oussama Ben Laden et les siens ; de l'autre, George W. Bush et sa garde rapprochée, auxquels s'ajoutent Tony Blair, Vladimir Poutine, Ariel Sharon...
Les uns et les autres multiplient les déclarations belliqueuses : qui ne voit que, dans ce camp de la guerre, chacun des deux côtés rend service à l'autre, le valorise, lui permet d'exister davantage et de s'affirmer mieux ?
Ensemble, ils occupent la scène, jouent les principaux rôles d'un film produit et réalisé par eux.
Mais il y a, fort heureusement, le camp de la paix. Il est composé de tous ceux, très nombreux, qui pensent :
1. que le terrorisme aveugle, celui qui vise des civils, ne peut être un moyen de lutte, quelle que soit la justesse de la cause qu'il prétend défendre ;
2. que combattre le terrorisme seulement par la guerre et l'action policière conduit - au mieux - à une impasse.
Ils n'approuvent ni la « doctrine » de Ben Laden, ni celle de certains chefs tchétchènes, ni celle du Hamas palestinien. Encore moins leurs actes.
En même temps, ils se dissocient de la politique des gouvernements américain, russe et israélien, dont ils rejettent les objectifs et les méthodes.
Le camp de la paix est mondial : il existe et se manifeste :
- dans les quatre pays (États-Unis, Russie, Israël, Grande-Bretagne) dont les gouvernements prônent et pratiquent la guerre,
- hors de ces pays, dans l'opinion publique, et même au niveau de la plupart des gouvernements.
C'est d'ailleurs sous la plume du ministre indonésien des Affaires étrangères, Hassan Wirajuda, qu'on peut lire l'argumentation la plus récente contre la doctrine américano-russo-israélienne de lutte contre le terrorisme :
« La méthode musclée, qui, certes, permet de neutraliser une poignée de terroristes, charrie généralement dans son sillage un cycle de violence qui, lui-même, entraîne la mort de nombreux innocents. Ce n'est donc qu'en mettant le doigt sur ses causes que l'on pourra, à terme, venir à bout du terrorisme.
« Toutes les formes de terrorisme - et elles sont nombreuses - ont un dénominateur commun : celui de surgir là où règnent pauvreté, ignorance, injustice et aliénation. Ce qui signifie que l'on ne pourra vaincre les conséquences - la violence - sans s'attaquer aux causes - la misère.
« On rétorquera que nombre de terroristes sont loin de vivre dans le dénuement. C'est exact. Mais si Oussama Ben Laden a pu se constituer une armée de fidèles, c'est tout simplement parce qu'il a habilement su endosser la tunique du héraut de la lutte contre l'injustice. Imaginaire ou réelle, cette dernière doit être vaincue.
« Rien n'est plus favorable au développement du terrorisme que des gouvernements incapables d'offrir à leurs populations une justice sociale équitable, de leur assurer des services sociaux dignes de ce nom ou de créer des emplois.
« C'est sur le terreau de la déliquescence économique et sociale que fleurissent les promesses d'un monde meilleur à reconstruire par la violence.
« La pire chose qui puisse arriver aux terroristes n'est ni leur arrestation ni même la mort - synonyme pour eux de martyre et de paradis céleste -, mais bien la fin de leurs prétentions spirituelles.
« Ce n'est qu'en tarissant la source morale de leur cause que l'on pourra étouffer leur autorité. »
Même si dans la longue lettre adressée, le 13 novembre, à Kofi Annan et signée du ministre irakien des Affaires étrangères, il y a « à boire et à manger », Saddam Hussein a accepté « sans réserve ni condition » la résolution américaine (votée le 8 novembre par le Conseil de sécurité de l'ONU à l'unanimité de ses quinze membres) : déjà à pied d'oeuvre, les inspecteurs de l'ONU devraient être à même de donner aux plus exigeants l'assurance que l'Irak est désarmé. Ou le sera, s'il ne l'est déjà...
Le dictateur irakien, qui tergiversait depuis plus de dix ans et refusait de s'exécuter tant que le prix à payer n'était que les souffrances imposées à son peuple par l'embargo, a ainsi capitulé devant la menace américaine, sérieuse et argumentée, d'utiliser la force pour l'écarter du pouvoir, c'est-à-dire en fait le tuer, lui, et les siens.
Saddam aura bien du mal à tenir les engagements qu'il a pris, et les prochaines semaines seront marquées par les protestations irakiennes devant les exigences des contrôleurs de l'ONU.
Quoi qu'il en soit, si l'Amérique se contentait de priver l'Irak et son dictateur de toute possibilité de disposer d'armes de destruction massive, maintenait la pression pour atteindre cet objectif - mais renonçait à envahir le pays pour réaliser un plus vaste dessein -, ce serait très bien, car la guerre aura été évitée.
Mais qui croit aujourd'hui que George W. Bush et ses principaux conseillers ont renoncé à leur projet d'envahir l'Irak dans les prochains mois ? Pour y installer leurs hommes et leurs entreprises, pour, à partir de Bagdad, peser sur l'Iran, pour contrôler le pétrole et le gaz, pour se donner de nouveaux moyens d'asseoir leur hégémonie sur la région.
Qui pense que le spectre de la guerre s'est éloigné et que l'ONU, dont les inspecteurs ont reçu des moyens d'investigation illimités, pourra tenir le rôle pour lequel elle a été créée : préserver la paix ?
J'estime, pour ma part, que la guerre, qui était presque certaine, demeure probable, car ceux qui la veulent n'ont changé ni de dessein ni de calendrier, et ils ont toujours le pouvoir de la déclencher. Leur seul problème est de dénicher un prétexte plausible : l'Histoire montre qu'il s'en trouve aisément et, en l'occurrence, Saddam est doué pour en donner malgré lui... (Voir pp. 13-14, l'analyse de François Soudan.)
Cela posé, on peut tout de même constater que les choses se clarifient. En quinze mois, le terrorisme et la guerre contre le terrorisme ont réussi à diviser le monde en deux camps : celui de la guerre et celui de l'opposition, grandissante, à la guerre.
Ceux qui sont pour la guerre s'arment à outrance pour la faire et ne veulent rien savoir de ce qui les en priverait ; du côté des terroristes comme de celui de ceux qui se sont voués à leur faire la guerre, le discours est identique : « Nous sommes le Bien et nous luttons contre le Mal, nous sommes agressés et notre devoir sacré est de nous défendre... »
Parce qu'il est sincère, ce discours trouve - de chaque côté ! - une grande résonance auprès de dizaines, voire de centaines de millions de personnes.
Ceux qui sont pour la guerre ont pour noms, d'un côté, Oussama Ben Laden et les siens ; de l'autre, George W. Bush et sa garde rapprochée, auxquels s'ajoutent Tony Blair, Vladimir Poutine, Ariel Sharon...
Les uns et les autres multiplient les déclarations belliqueuses : qui ne voit que, dans ce camp de la guerre, chacun des deux côtés rend service à l'autre, le valorise, lui permet d'exister davantage et de s'affirmer mieux ?
Ensemble, ils occupent la scène, jouent les principaux rôles d'un film produit et réalisé par eux.
Mais il y a, fort heureusement, le camp de la paix. Il est composé de tous ceux, très nombreux, qui pensent :
1. que le terrorisme aveugle, celui qui vise des civils, ne peut être un moyen de lutte, quelle que soit la justesse de la cause qu'il prétend défendre ;
2. que combattre le terrorisme seulement par la guerre et l'action policière conduit - au mieux - à une impasse.
Ils n'approuvent ni la « doctrine » de Ben Laden, ni celle de certains chefs tchétchènes, ni celle du Hamas palestinien. Encore moins leurs actes.
En même temps, ils se dissocient de la politique des gouvernements américain, russe et israélien, dont ils rejettent les objectifs et les méthodes.
Le camp de la paix est mondial : il existe et se manifeste :
- dans les quatre pays (États-Unis, Russie, Israël, Grande-Bretagne) dont les gouvernements prônent et pratiquent la guerre,
- hors de ces pays, dans l'opinion publique, et même au niveau de la plupart des gouvernements.
C'est d'ailleurs sous la plume du ministre indonésien des Affaires étrangères, Hassan Wirajuda, qu'on peut lire l'argumentation la plus récente contre la doctrine américano-russo-israélienne de lutte contre le terrorisme :
« La méthode musclée, qui, certes, permet de neutraliser une poignée de terroristes, charrie généralement dans son sillage un cycle de violence qui, lui-même, entraîne la mort de nombreux innocents. Ce n'est donc qu'en mettant le doigt sur ses causes que l'on pourra, à terme, venir à bout du terrorisme.
« Toutes les formes de terrorisme - et elles sont nombreuses - ont un dénominateur commun : celui de surgir là où règnent pauvreté, ignorance, injustice et aliénation. Ce qui signifie que l'on ne pourra vaincre les conséquences - la violence - sans s'attaquer aux causes - la misère.
« On rétorquera que nombre de terroristes sont loin de vivre dans le dénuement. C'est exact. Mais si Oussama Ben Laden a pu se constituer une armée de fidèles, c'est tout simplement parce qu'il a habilement su endosser la tunique du héraut de la lutte contre l'injustice. Imaginaire ou réelle, cette dernière doit être vaincue.
« Rien n'est plus favorable au développement du terrorisme que des gouvernements incapables d'offrir à leurs populations une justice sociale équitable, de leur assurer des services sociaux dignes de ce nom ou de créer des emplois.
« C'est sur le terreau de la déliquescence économique et sociale que fleurissent les promesses d'un monde meilleur à reconstruire par la violence.
« La pire chose qui puisse arriver aux terroristes n'est ni leur arrestation ni même la mort - synonyme pour eux de martyre et de paradis céleste -, mais bien la fin de leurs prétentions spirituelles.
« Ce n'est qu'en tarissant la source morale de leur cause que l'on pourra étouffer leur autorité. »
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