La paix a toutes ses chances
dimanche 22 décembre 2002 :: Divers :: #29 :: rss :: lu 1671 fois
En cette fin d’année 2002, je vous adresse, chers lecteurs de Jeune Afrique/l’intelligent, mes vœux les plus sincères pour 2003. Comme la majorité d’entre vous, je souhaite que la « guerre annoncée » contre l’Irak n’ait pas lieu et que la paix mondiale soit ainsi préservée ; avec vous, je souhaite à notre planète plus de justice et moins de violence.
Mais que penser de 2002 et qu’attendre de 2003 ? L’observateur que je suis trouve de solides raisons d’être optimiste. Je vous les soumets ci-dessous, bien conscient que la vision optimiste que vous allez lire vous étonnera.
Quelques mots, d’abord, de l’Afrique subsaharienne, avant d’aborder la question plus générale de la guerre et de la paix dans le monde.
Au sud du Sahara comme ailleurs, la paix est le préalable à toute construction, à tout progrès ; ce préalable est en train de se réaliser, lentement, trop lentement : en Angola comme en Sierra Leone, voire au Liberia, au Congo-Brazza comme en République démocratique du Congo (RDC).
Il nous faut seulement soutenir les efforts admirables de ceux qui, patiemment, aident les pays africains en guerre (civile ou de voisinage) à retrouver l’apaisement, avant de sceller la paix. Et faire pression sur les protagonistes pour qu’ils ne cèdent pas à la tentation de retourner à la guerre.
Même la Côte d’Ivoire, qui donne l’impression de se complaire au bord du précipice, peut encore, à mon sens, se tirer d’affaire : son entrée dans une phase de préguerre civile ne date que de trois mois ; elle paraissait condamnée à suivre le mauvais exemple du Zaïre de l’ère Mobutu et post-Mobutu, et, incapables de s’entendre, ses dirigeants se comportaient en chefs de faction. Mais elle peut s’arrêter au bord de l’abîme, et mon sentiment est qu’elle va le faire avec l’aide de ses partenaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) – et de la France.
Cette dernière affirme que, sans elle et ce que certains appellent son ingérence, sans la présence de ses civils et l’interposition de ses militaires, la crise aurait déjà dégénéré en massacres intercommunautaires. Cela me paraît incontestable.
Tout aussi évident, à mes yeux, est le fait que la France a sauvé le régime en place et que, faute de tête politique et de vision – leur « Gbagbo doit partir » est trop court pour constituer un levier politique suffisant –, les rebelles ont virtuellement perdu la partie.
Mais si, une fois la crise résorbée, Laurent Gbagbo et ses amis pensent qu’on peut revenir au statu quo ante, la Côte d’Ivoire n’aura fait que reculer pour mieux sauter… Les tensions reviendront plus fortes, et les exclus du pouvoir s’insurgeront à nouveau contre ceux qui prétendent l’accaparer.
l Venons-en maintenant à la guerre anglo-américaine pour contrôler l’Irak, et changer la carte du Moyen-Orient :
Est-elle aussi probable que nous l’avons cru ?
Ceux d’entre nous qui ont même pensé qu’elle était certaine et avait déjà commencé ont-ils eu tort ou raison ?
La question qu’on se pose en cette fin d’année 2002 et qu’on vous pose, sur tous les continents, à tous les niveaux de la société, est :
– Alors, cette guerre, la croyez-vous programmée ? Ou bien y a-t-il encore une chance de l’éviter ?
À vrai dire, personne ne peut répondre à cette question, et je crois bien que le président des États-Unis lui-même a deux fers au feu : soumis à des pressions contradictoires d’un entourage divisé, apercevant les avantages de la guerre, pour son pays et son gouvernement, mais ayant assez de sens politique et d’expérience pour en redouter les hasards, il prolonge le « suspens » et ne prendra la décision « d’y aller » que le plus tard possible.
Les pressions que lui et ses collaborateurs multiplient, y compris sur Hans Blix et les inspecteurs de l’ONU, les menaces qu’ils profèrent, les fuites dans la presse, les mouvements de troupes ou de navires de guerre, ne sont pas forcément à prendre pour ce qu’ils… semblent être…
La guerre psychologique fait rage, mais ne conduit pas nécessairement à la guerre.
Sachez, en tout cas, ceci, qui rend la guerre beaucoup moins probable que nous ne l’avons pensé :
1. Tout compte fait et aussi étonnant que cela puisse paraître, les pétroliers américains ne sont pas favorables à la guerre, même si elle doit, après la victoire, les installer au cœur de l’exploitation des fabuleux gisements irakiens.
Ces gisements, ils pensent qu’ils tomberont dans leur escarcelle tôt ou tard et sans conflit armé, tandis que la guerre, elle, risque de faire bondir fortement la production de pétrole et de provoquer, en conséquence, une chute durable du prix du baril. Ce serait catastrophique pour la production intérieure américaine de pétrole et, simultanément, cela pénaliserait les grandes sociétés pétrolières américaines qui opèrent dans le monde.
Ces pétroliers se sont fait entendre de George W. Bush et de Dick Cheney. On me dit même, de bonne source, que ce dernier a été sommé par ses anciens employeurs de cesser d’être le chef des va-t-en-guerre.
2. À l’exception notable des industriels de l’armement, les hommes d’affaires d’envergure internationale, dont la parole et les avis comptent, américains, européens et autres, sont, eux aussi, parvenus à la conclusion que la guerre aurait des conséquences négatives sur une économie mondiale fragile, menacée par la récession.
Ils conseillent d’éviter de la déclencher. « Il doit être possible, ajoutent-ils, de désarmer l’Irak et même de changer son régime sans l’envahir… »
À ces deux facteurs antiguerre s’en ajoutent deux autres, de nature différente.
Ni l’opinion publique américaine, ni, surtout, celle de la Grande-Bretagne, n’acceptent de voir leurs gouvernements décider « d’y aller » sans leurs alliés, sans les Nations unies – et sans provocation irakienne caractérisée.
Chaque semaine et chaque mois qui passent renforcent, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans le monde, le camp de ceux qui pensent qu’une invasion de l’Irak, pour changer son régime, ne s’impose pas et ne se justifie pas.
Or, quoi qu’on en ait dit, ni les États-Unis ni la Grande-Bretagne n’ont achevé leurs préparatifs de guerre : cela reporte la décision – et son éventuel déclenchement – de plusieurs semaines.
J’ajoute que l’argument que nous avons pu lire dans la presse, selon lequel les États-Unis sont obligés de déclencher la guerre au plus tard en février pour la terminer avant les grandes chaleurs irakiennes, est, selon des sources que je crois sérieuses, une fausse information et une… vraie intox.
Si les faits et arguments rapportés ci-dessus sont, comme je le crois, exacts, la guerre n’est nullement décidée ; elle est loin d’être inévitable et a même des chances sérieuses de ne pas avoir lieu. Elle n’est, en tout cas, ni imminente, ni même proche.
Incha Allah !
Mais que penser de 2002 et qu’attendre de 2003 ? L’observateur que je suis trouve de solides raisons d’être optimiste. Je vous les soumets ci-dessous, bien conscient que la vision optimiste que vous allez lire vous étonnera.
Quelques mots, d’abord, de l’Afrique subsaharienne, avant d’aborder la question plus générale de la guerre et de la paix dans le monde.
Au sud du Sahara comme ailleurs, la paix est le préalable à toute construction, à tout progrès ; ce préalable est en train de se réaliser, lentement, trop lentement : en Angola comme en Sierra Leone, voire au Liberia, au Congo-Brazza comme en République démocratique du Congo (RDC).
Il nous faut seulement soutenir les efforts admirables de ceux qui, patiemment, aident les pays africains en guerre (civile ou de voisinage) à retrouver l’apaisement, avant de sceller la paix. Et faire pression sur les protagonistes pour qu’ils ne cèdent pas à la tentation de retourner à la guerre.
Même la Côte d’Ivoire, qui donne l’impression de se complaire au bord du précipice, peut encore, à mon sens, se tirer d’affaire : son entrée dans une phase de préguerre civile ne date que de trois mois ; elle paraissait condamnée à suivre le mauvais exemple du Zaïre de l’ère Mobutu et post-Mobutu, et, incapables de s’entendre, ses dirigeants se comportaient en chefs de faction. Mais elle peut s’arrêter au bord de l’abîme, et mon sentiment est qu’elle va le faire avec l’aide de ses partenaires de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) – et de la France.
Cette dernière affirme que, sans elle et ce que certains appellent son ingérence, sans la présence de ses civils et l’interposition de ses militaires, la crise aurait déjà dégénéré en massacres intercommunautaires. Cela me paraît incontestable.
Tout aussi évident, à mes yeux, est le fait que la France a sauvé le régime en place et que, faute de tête politique et de vision – leur « Gbagbo doit partir » est trop court pour constituer un levier politique suffisant –, les rebelles ont virtuellement perdu la partie.
Mais si, une fois la crise résorbée, Laurent Gbagbo et ses amis pensent qu’on peut revenir au statu quo ante, la Côte d’Ivoire n’aura fait que reculer pour mieux sauter… Les tensions reviendront plus fortes, et les exclus du pouvoir s’insurgeront à nouveau contre ceux qui prétendent l’accaparer.
l Venons-en maintenant à la guerre anglo-américaine pour contrôler l’Irak, et changer la carte du Moyen-Orient :
Est-elle aussi probable que nous l’avons cru ?
Ceux d’entre nous qui ont même pensé qu’elle était certaine et avait déjà commencé ont-ils eu tort ou raison ?
La question qu’on se pose en cette fin d’année 2002 et qu’on vous pose, sur tous les continents, à tous les niveaux de la société, est :
– Alors, cette guerre, la croyez-vous programmée ? Ou bien y a-t-il encore une chance de l’éviter ?
À vrai dire, personne ne peut répondre à cette question, et je crois bien que le président des États-Unis lui-même a deux fers au feu : soumis à des pressions contradictoires d’un entourage divisé, apercevant les avantages de la guerre, pour son pays et son gouvernement, mais ayant assez de sens politique et d’expérience pour en redouter les hasards, il prolonge le « suspens » et ne prendra la décision « d’y aller » que le plus tard possible.
Les pressions que lui et ses collaborateurs multiplient, y compris sur Hans Blix et les inspecteurs de l’ONU, les menaces qu’ils profèrent, les fuites dans la presse, les mouvements de troupes ou de navires de guerre, ne sont pas forcément à prendre pour ce qu’ils… semblent être…
La guerre psychologique fait rage, mais ne conduit pas nécessairement à la guerre.
Sachez, en tout cas, ceci, qui rend la guerre beaucoup moins probable que nous ne l’avons pensé :
1. Tout compte fait et aussi étonnant que cela puisse paraître, les pétroliers américains ne sont pas favorables à la guerre, même si elle doit, après la victoire, les installer au cœur de l’exploitation des fabuleux gisements irakiens.
Ces gisements, ils pensent qu’ils tomberont dans leur escarcelle tôt ou tard et sans conflit armé, tandis que la guerre, elle, risque de faire bondir fortement la production de pétrole et de provoquer, en conséquence, une chute durable du prix du baril. Ce serait catastrophique pour la production intérieure américaine de pétrole et, simultanément, cela pénaliserait les grandes sociétés pétrolières américaines qui opèrent dans le monde.
Ces pétroliers se sont fait entendre de George W. Bush et de Dick Cheney. On me dit même, de bonne source, que ce dernier a été sommé par ses anciens employeurs de cesser d’être le chef des va-t-en-guerre.
2. À l’exception notable des industriels de l’armement, les hommes d’affaires d’envergure internationale, dont la parole et les avis comptent, américains, européens et autres, sont, eux aussi, parvenus à la conclusion que la guerre aurait des conséquences négatives sur une économie mondiale fragile, menacée par la récession.
Ils conseillent d’éviter de la déclencher. « Il doit être possible, ajoutent-ils, de désarmer l’Irak et même de changer son régime sans l’envahir… »
À ces deux facteurs antiguerre s’en ajoutent deux autres, de nature différente.
Ni l’opinion publique américaine, ni, surtout, celle de la Grande-Bretagne, n’acceptent de voir leurs gouvernements décider « d’y aller » sans leurs alliés, sans les Nations unies – et sans provocation irakienne caractérisée.
Chaque semaine et chaque mois qui passent renforcent, aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans le monde, le camp de ceux qui pensent qu’une invasion de l’Irak, pour changer son régime, ne s’impose pas et ne se justifie pas.
Or, quoi qu’on en ait dit, ni les États-Unis ni la Grande-Bretagne n’ont achevé leurs préparatifs de guerre : cela reporte la décision – et son éventuel déclenchement – de plusieurs semaines.
J’ajoute que l’argument que nous avons pu lire dans la presse, selon lequel les États-Unis sont obligés de déclencher la guerre au plus tard en février pour la terminer avant les grandes chaleurs irakiennes, est, selon des sources que je crois sérieuses, une fausse information et une… vraie intox.
Si les faits et arguments rapportés ci-dessus sont, comme je le crois, exacts, la guerre n’est nullement décidée ; elle est loin d’être inévitable et a même des chances sérieuses de ne pas avoir lieu. Elle n’est, en tout cas, ni imminente, ni même proche.
Incha Allah !
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