Points de départ
dimanche 5 janvier 2003 :: Divers :: #42 :: rss :: lu 1607 fois
Nous vivons le début de l’an III du XXIe siècle de l’ère chrétienne, devenue universelle. Du point de vue de l’histoire politique, ce XXIe siècle a-t-il commencé le 1er janvier 2001 ou bien une dizaine d’années plus tôt, à la fin de la guerre froide ? Ou bien encore le 11 septembre 2001, lors de la mémorable agression contre les réputés invulnérables États-Unis d’Amérique ? Il nous faut laisser aux historiens le soin d’en décider – mais nous savons qu’ils ont besoin de vingt-cinq à cinquante ans pour parvenir à un consensus.
Quoi qu’il en soit, pour éclairer l’année qui commence, pour identifier ce dont nous entendrons beaucoup parler dans les prochains mois, et même les années à venir, je propose de passer en revue les principales données de départ.
1. L’année 2002 s’est achevée sur trois belles alternances démocratiques : Turquie, Brésil, Kenya. Chacune d’elles apporte l’espoir et promet la lumière à tout un continent.
Nous verrons d’ici à quelques mois si les fruits tiennent les promesses des fleurs.
2. Le pays le plus peuplé du monde, la Chine, continue de nous étonner : le Parti qui le dirige d’une main de fer se dit toujours communiste, mais pratique, depuis vingt-cinq ans, un authentique capitalisme qui lui permet de… rattraper les pays capitalistes à marche forcée.
Les chiffres de la croissance de l’économie chinoise pour les douze dernières années sont époustouflants (voir p. 22). Et la nouvelle direction politique du pays, tout en se réaffirmant communiste – sans sourciller –, s’est donné pour mot d’ordre, lors du Congrès qui l’a fait accéder aux commandes, de multiplier la production nationale par quatre en vingt ans !
C’est du volontarisme, certes, car il s’agit de faire aussi bien ou mieux que ce qui a été accompli depuis 1978. Mais si le pays de Deng Xiao-ping réussit cet exploit, il est parti pour faire du XXIe siècle celui de la Chine.
3. En attendant, jetez un coup d’œil sur le graphique ci-contre qui montre l’évolution du pourcentage de pauvres par continent pour la période 1970-1998 : la Chine détient la palme d’or pour la diminution de ce pourcentage, et l’Afrique le bonnet d’âne pour son augmentation.
4. Comment pourrais-je passer en revue les données de départ de 2003 sans parler du sida, terrible pandémie, qui tue en silence ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, elle n’a pas atteint son paroxysme, tant s’en faut. Elle sévit pourtant depuis un quart de siècle, et, depuis vingt-cinq longues années, la science humaine n’a pas trouvé de remède à ce mal, seulement des palliatifs encore trop coûteux pour la plupart des personnes touchées.
Les chiffres sont terrifiants : aujourd’hui, 30 millions d’Africains, pour la plupart subsahariens, sont séropositifs ; on approche de 5 % de la population totale de l’Afrique subsaharienne : c’est dramatique.
D’ici à 2025, c’est-à-dire demain, selon les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en Chine et en Inde – 40 % de la population mondiale à elles deux –, quelque 200 millions de personnes auront été infectées par le virus du sida.
Si vous ajoutez les petits pays d’Asie, la Russie et les autres pays d’Europe de l’Est, où la pandémie a déjà pris racine, vous arrivez à la conclusion gravissime que cette pandémie affecte ou menace les deux tiers les moins favorisés de la population mondiale… Sans que les gouvernements de la centaine de pays affectés ou menacés sonnent le tocsin ou le branle-bas de combat, décrètent l’urgence nationale.
Et sans que les pays les plus favorisés et leurs gouvernements, sans que l’ONU se préoccupent suffisamment d’une tragédie qui ne se compare qu’à la Grande Peste du Moyen Âge.
5. La dernière donnée de départ que je crois devoir signaler comme importante est la situation financière de la nation la plus riche et la plus puissante du monde, les États-Unis, symbolisée par sa monnaie : le dollar.
Le dollar a, d’une certaine manière, remplacé l’or dans les transactions internationales : sur les cinq continents, on achète et on vend presque tout en dollars, en particulier les matières premières ; les banques, et plus particulièrement les Banques centrales, détiennent des dizaines de milliards de dollars dans leurs réserves ou bien des bons du Trésor US libellés en dollars(*).
Tout se passe comme si ces créances sur les États-Unis étaient aussi solides que de l’or en lingots, comme si les États-Unis disposaient, sur le reste du monde, d’une ligne de crédit illimitée et libellée… en dollars.
L’ennui est que cette ligne de crédit bien commode s’alourdit désormais de plus de 1 milliard de dollars par jour (400 milliards pour l’année), que l’endettement des États-Unis auprès du reste du monde atteint déjà 25 % du revenu national de ce pays très riche. L’ennui est qu’il s’aggrave chaque année d’un montant équivalent à 5 % de ce même revenu, ce qui signifie qu’il franchira la barre fatidique de 50 % du Produit intérieur brut américain d’ici à cinq ans.
À ce taux d’endettement, tout pays, quelle que soit sa richesse, inquiète ses créanciers.
On ne parle de cette étrange situation, pour le moment, que dans des cercles fermés de gens informés. Mais, croyez-moi, nous en entendrons tous parler dès cette année, et de plus en plus dans les années à venir.
Nous sommes entrés dans l’année 2003 avec des points de départ dont certains sont positifs et d’autres négatifs. Ils ont cependant un trait commun : leurs effets sur nous et sur notre planète se feront sentir à court terme, dès cette année, mais se prolongeront tout au long de la décennie.
Pouvons-nous faire quelque chose pour contrecarrer les effets négatifs ou, à tout le moins, les atténuer ?
Oui, bien sûr. Il faut déclarer, financer, mener et gagner la guerre contre le sida.
Elle coûterait deux ou trois fois moins cher que celle contre le terrorisme, mériterait le qualificatif de mondiale et aurait, elle, une fin.
Cette guerre n’est, hélas ! au centre des préoccupations d’aucun État ou gouvernement : ni ceux des pays affectés, ni ceux des pays riches, qui s’estiment prémunis.
L’ONU, qui les regroupe, leur a demandé de consacrer et de lui donner 10 milliards de dollars par an pour cette guerre ; elle n’en a obtenu que 3.
Et, le saviez-vous ? le plus généreux des contributeurs n’est pas un État, mais… Bill Gates, patron de Microsoft.
Samedi 4 janvier 2003
* 50 % des bons du Trésor américain sont souscrits et détenus par des étrangers qui investissent leurs avoirs en dollars et font, par conséquent, crédit à l’Amérique.
Quoi qu’il en soit, pour éclairer l’année qui commence, pour identifier ce dont nous entendrons beaucoup parler dans les prochains mois, et même les années à venir, je propose de passer en revue les principales données de départ.
1. L’année 2002 s’est achevée sur trois belles alternances démocratiques : Turquie, Brésil, Kenya. Chacune d’elles apporte l’espoir et promet la lumière à tout un continent.
Nous verrons d’ici à quelques mois si les fruits tiennent les promesses des fleurs.
2. Le pays le plus peuplé du monde, la Chine, continue de nous étonner : le Parti qui le dirige d’une main de fer se dit toujours communiste, mais pratique, depuis vingt-cinq ans, un authentique capitalisme qui lui permet de… rattraper les pays capitalistes à marche forcée.
Les chiffres de la croissance de l’économie chinoise pour les douze dernières années sont époustouflants (voir p. 22). Et la nouvelle direction politique du pays, tout en se réaffirmant communiste – sans sourciller –, s’est donné pour mot d’ordre, lors du Congrès qui l’a fait accéder aux commandes, de multiplier la production nationale par quatre en vingt ans !
C’est du volontarisme, certes, car il s’agit de faire aussi bien ou mieux que ce qui a été accompli depuis 1978. Mais si le pays de Deng Xiao-ping réussit cet exploit, il est parti pour faire du XXIe siècle celui de la Chine.
3. En attendant, jetez un coup d’œil sur le graphique ci-contre qui montre l’évolution du pourcentage de pauvres par continent pour la période 1970-1998 : la Chine détient la palme d’or pour la diminution de ce pourcentage, et l’Afrique le bonnet d’âne pour son augmentation.
4. Comment pourrais-je passer en revue les données de départ de 2003 sans parler du sida, terrible pandémie, qui tue en silence ?
Contrairement à ce que beaucoup pensent, elle n’a pas atteint son paroxysme, tant s’en faut. Elle sévit pourtant depuis un quart de siècle, et, depuis vingt-cinq longues années, la science humaine n’a pas trouvé de remède à ce mal, seulement des palliatifs encore trop coûteux pour la plupart des personnes touchées.
Les chiffres sont terrifiants : aujourd’hui, 30 millions d’Africains, pour la plupart subsahariens, sont séropositifs ; on approche de 5 % de la population totale de l’Afrique subsaharienne : c’est dramatique.
D’ici à 2025, c’est-à-dire demain, selon les prévisions de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), en Chine et en Inde – 40 % de la population mondiale à elles deux –, quelque 200 millions de personnes auront été infectées par le virus du sida.
Si vous ajoutez les petits pays d’Asie, la Russie et les autres pays d’Europe de l’Est, où la pandémie a déjà pris racine, vous arrivez à la conclusion gravissime que cette pandémie affecte ou menace les deux tiers les moins favorisés de la population mondiale… Sans que les gouvernements de la centaine de pays affectés ou menacés sonnent le tocsin ou le branle-bas de combat, décrètent l’urgence nationale.
Et sans que les pays les plus favorisés et leurs gouvernements, sans que l’ONU se préoccupent suffisamment d’une tragédie qui ne se compare qu’à la Grande Peste du Moyen Âge.
5. La dernière donnée de départ que je crois devoir signaler comme importante est la situation financière de la nation la plus riche et la plus puissante du monde, les États-Unis, symbolisée par sa monnaie : le dollar.
Le dollar a, d’une certaine manière, remplacé l’or dans les transactions internationales : sur les cinq continents, on achète et on vend presque tout en dollars, en particulier les matières premières ; les banques, et plus particulièrement les Banques centrales, détiennent des dizaines de milliards de dollars dans leurs réserves ou bien des bons du Trésor US libellés en dollars(*).
Tout se passe comme si ces créances sur les États-Unis étaient aussi solides que de l’or en lingots, comme si les États-Unis disposaient, sur le reste du monde, d’une ligne de crédit illimitée et libellée… en dollars.
L’ennui est que cette ligne de crédit bien commode s’alourdit désormais de plus de 1 milliard de dollars par jour (400 milliards pour l’année), que l’endettement des États-Unis auprès du reste du monde atteint déjà 25 % du revenu national de ce pays très riche. L’ennui est qu’il s’aggrave chaque année d’un montant équivalent à 5 % de ce même revenu, ce qui signifie qu’il franchira la barre fatidique de 50 % du Produit intérieur brut américain d’ici à cinq ans.
À ce taux d’endettement, tout pays, quelle que soit sa richesse, inquiète ses créanciers.
On ne parle de cette étrange situation, pour le moment, que dans des cercles fermés de gens informés. Mais, croyez-moi, nous en entendrons tous parler dès cette année, et de plus en plus dans les années à venir.
Nous sommes entrés dans l’année 2003 avec des points de départ dont certains sont positifs et d’autres négatifs. Ils ont cependant un trait commun : leurs effets sur nous et sur notre planète se feront sentir à court terme, dès cette année, mais se prolongeront tout au long de la décennie.
Pouvons-nous faire quelque chose pour contrecarrer les effets négatifs ou, à tout le moins, les atténuer ?
Oui, bien sûr. Il faut déclarer, financer, mener et gagner la guerre contre le sida.
Elle coûterait deux ou trois fois moins cher que celle contre le terrorisme, mériterait le qualificatif de mondiale et aurait, elle, une fin.
Cette guerre n’est, hélas ! au centre des préoccupations d’aucun État ou gouvernement : ni ceux des pays affectés, ni ceux des pays riches, qui s’estiment prémunis.
L’ONU, qui les regroupe, leur a demandé de consacrer et de lui donner 10 milliards de dollars par an pour cette guerre ; elle n’en a obtenu que 3.
Et, le saviez-vous ? le plus généreux des contributeurs n’est pas un État, mais… Bill Gates, patron de Microsoft.
Samedi 4 janvier 2003
* 50 % des bons du Trésor américain sont souscrits et détenus par des étrangers qui investissent leurs avoirs en dollars et font, par conséquent, crédit à l’Amérique.
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