Observations d’un vieux sage
dimanche 12 janvier 2003 :: Divers :: #49 :: rss :: lu 1610 fois
George F. Kennan est presque centenaire (98 ans). Mais il est resté lucide et alerte, comme en témoignent les quelques réflexions ci-dessous, qu’il vient de rendre publiques.
Ce diplomate américain est devenu célèbre en 1946 grâce à un mot – « containment » – qu’il utilisa d’abord dans l’un de ses rapports, puis dans un article de Foreign Affairs.
De Moscou, où il était en poste, il a recommandé à son gouvernement, pour éviter une confrontation armée avec l’URSS, d’élaborer une politique de « containment » : s’efforcer, par la diplomatie et les alliances – et par la dissuasion nucléaire – de « contenir » l’URSS dans sa zone, de l’empêcher de gagner du terrain et, surtout, de répandre le communisme dans le monde.
Son avis fut suivi et l’on évita ainsi, pendant près d’un demi-siècle, que « la guerre froide » ne tourne au conflit armé.
C’est cet homme qui vient de se prononcer avec force – et en s’appuyant sur de très bons arguments – contre le projet de son gouvernement d’envahir l’Irak.
« La “doctrine” exposée par l’administration Bush pour défendre son projet de guerre “préemptive”(*) contre l’Irak est très dangereuse, dit-il ; elle ne se justifierait que pour prévenir un danger grave et imminent contre les États-Unis ou, à la rigueur, contre un allié traditionnel des États-Unis.
À l’évidence, ce n’est pas le cas.
Si l’Irak dispose d’armes de destruction massive, la menace la plus grave serait pour ses voisins, en particulier Israël. Pas pour les États-Unis.
Il appartient donc à Israël (et aux autres voisins) d’évaluer le danger et de déterminer ce qu’il faut faire pour y répondre.
Ce que se propose de faire le gouvernement des États-Unis, d’après ce qu’on en dit, est disproportionné par rapport au danger existant.
J’ajoute qu’à ma connaissance il n’y a aucun plan sérieux pour s’occuper de l’Irak après la chute de son dictateur.
En tout cas, si on a pu contenir Staline, qui était un vrai tigre, on peut très bien tenir à distance son petit émule, Saddam.
Les armements modernes sont si meurtriers qu’on ne doit y recourir que si on ne peut vraiment pas faire autrement. »
On ne saurait dire mieux, ni trouver contre la guerre argumentaire plus convaincant que celui de ce vieux sage.
* La guerre préemptive, à la différence de la préventive, peut être déclenchée sans qu’il y ait menace grave et imminente, ce qui est le cas de l’Irak.
Ce diplomate américain est devenu célèbre en 1946 grâce à un mot – « containment » – qu’il utilisa d’abord dans l’un de ses rapports, puis dans un article de Foreign Affairs.
De Moscou, où il était en poste, il a recommandé à son gouvernement, pour éviter une confrontation armée avec l’URSS, d’élaborer une politique de « containment » : s’efforcer, par la diplomatie et les alliances – et par la dissuasion nucléaire – de « contenir » l’URSS dans sa zone, de l’empêcher de gagner du terrain et, surtout, de répandre le communisme dans le monde.
Son avis fut suivi et l’on évita ainsi, pendant près d’un demi-siècle, que « la guerre froide » ne tourne au conflit armé.
C’est cet homme qui vient de se prononcer avec force – et en s’appuyant sur de très bons arguments – contre le projet de son gouvernement d’envahir l’Irak.
« La “doctrine” exposée par l’administration Bush pour défendre son projet de guerre “préemptive”(*) contre l’Irak est très dangereuse, dit-il ; elle ne se justifierait que pour prévenir un danger grave et imminent contre les États-Unis ou, à la rigueur, contre un allié traditionnel des États-Unis.
À l’évidence, ce n’est pas le cas.
Si l’Irak dispose d’armes de destruction massive, la menace la plus grave serait pour ses voisins, en particulier Israël. Pas pour les États-Unis.
Il appartient donc à Israël (et aux autres voisins) d’évaluer le danger et de déterminer ce qu’il faut faire pour y répondre.
Ce que se propose de faire le gouvernement des États-Unis, d’après ce qu’on en dit, est disproportionné par rapport au danger existant.
J’ajoute qu’à ma connaissance il n’y a aucun plan sérieux pour s’occuper de l’Irak après la chute de son dictateur.
En tout cas, si on a pu contenir Staline, qui était un vrai tigre, on peut très bien tenir à distance son petit émule, Saddam.
Les armements modernes sont si meurtriers qu’on ne doit y recourir que si on ne peut vraiment pas faire autrement. »
On ne saurait dire mieux, ni trouver contre la guerre argumentaire plus convaincant que celui de ce vieux sage.
* La guerre préemptive, à la différence de la préventive, peut être déclenchée sans qu’il y ait menace grave et imminente, ce qui est le cas de l’Irak.
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