Dans quelques jours, du 1er au 3 juin, se tiendra à Évian, en France, la réunion du G7 (devenu G8 en 1998 par l'adjonction de la Russie). Ce Forum annuel existe depuis 1975 et fait désormais partie de la routine internationale.
Une nouveauté, cependant : le pays hôte y a invité, notamment, la Chine, censée en devenir membre le jour où elle se démocratisera, le transformant ainsi en G9.
Pays d'ancienne civilisation, entré en léthargie au XIXe siècle, la Chine, appelée jadis l'empire du Milieu, s'est réveillée il y a un quart de siècle sur un coup de fouet de son dirigeant de l'époque, Deng Xiaoping.
Deng lui a intimé, en 1978, d'abjurer les dogmes du marxisme en matière économique pour pratiquer une économie (« socialiste ») de marché
Bien lui en prit de « se jeter à l'eau » : depuis lors, son économie croît au rythme annuel moyen de 8 % à 10 %.
Par la superficie, la Chine est l'égale du Canada ou des États-Unis, un peu plus de la moitié de la Russie ; par la population, elle est la première de toutes les nations : un être humain sur cinq est chinois.
Dirigée depuis 1949 par un Parti unique qui se dit toujours communiste, ayant récupéré Hong Kong (et Macao), elle est redevenue une très grande puissance économique, politique et militaire.
Les indicateurs de la page 45, synthétisés par Samir Gharbi, donnent son classement parmi les membres du futur G9. Mais la Chine est membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU (avec les États-Unis, la Russie, la Grande-Bretagne et la France) et, comme eux, puissance nucléaire, ce que ne sont ni l'Allemagne, ni l'Italie, ni le Canada, ni le Japon
Démocratisé au forceps à partir de 1945, placé sous la protection militaire de l'Amérique, le pays du Soleil-Levant (autre nom donné au Japon) a été intégré à l'Occident : les Japonais sont considérés par les Européens et les Américains comme des « Blancs d'honneur ».
Ce cas mis à part, la Chine est la première nation non blanche à accéder à la puissance, à en détenir tous les attributs ; c'est la seule à avoir emprunté l'ascenseur social qui l'a hissée du rez-de-chaussée Tiers Monde à l'étage noble des peuples dits nantis.
Ce faisant, elle a montré que l'ascenseur social fonctionne également pour les pays. Et, d'ailleurs, un deuxième - asiatique lui aussi -, l'Inde, un milliard d'habitants, vient de prendre à son tour le même ascenseur et ne tardera pas à rejoindre la Chine à « l'étage des grands »
Mais ne nous y trompons pas : si ce nouveau siècle est, sauf accident, celui de la Chine, il lui reste beaucoup à accomplir et bien des marches ou des étages à gravir pour atteindre la vraie égalité avec « les Blancs ». Le PIB par habitant, qui est à la fin des fins celui qui compte, même corrigé selon le concept de « la parité de pouvoir d'achat », mesure son retard sur les autres membres du futur G9 (voir ci-dessus).
En 2003, un Chinois produit vingt fois moins qu'un Français. Il faudra encore quelques décennies pour qu'il l'égale, en production annuelle.