Il ne s’est pas exprimé en public depuis qu’il a quitté son poste de secrétaire d’État, il y a près de quatre ans. On l’a donc un peu oublié, mais il devrait se rappeler bientôt à notre souvenir.

Né aux États-Unis (en 1937, à Harlem) de parents noirs immigrés de la Jamaïque, le général Colin Powell a été, avant l’irruption de Barack Obama, la personnalité noire la plus populaire des États-Unis.

Chef d’état-major en 1991 et secrétaire d’État en 2001, républicain bon teint, il s’est mis au service des deux Bush, le père et le fils.

Il a essayé, en vain, de dissuader ce dernier d’envahir l’Irak. Constatant ses désaccords avec son président, ce militaire discipliné a exclu de démissionner mais a fait savoir qu’il n’irait pas au-delà de la fin du premier mandat de G.W. Bush. En janvier 2005, il a donc laissé son poste à Condoleezza Rice.

Lors d’un conclave récent, il s’est laissé aller, devant un auditoire choisi, à une savoureuse confidence que je me fais un plaisir de partager avec vous :

« Je pense qu’il faudrait parler avec la Syrie et avec l’Iran. Lorsque j’étais secrétaire d’État, j’ai parlé aux Syriens, je suis allé deux fois à Damas et j’ai rencontré le président Bachar al-Assad.

On m’a reproché ces voyages, mais si je suis allé à Damas c’est parce que je pensais que c’était important.

Un jour, j’étais à Jérusalem, et le Premier ministre Ariel Sharon m’a dit : “Colin, il faut que je vous parle.” Nous sommes allés dans son bureau et il m’a dit : “Je ne veux pas que vous alliez à Damas. Je ne pense pas que cela serve les intérêts de la paix, et nous n’apprécions pas ici, en Israël, que vous alliez à Damas.”

J’ai répondu : “Ariel, je suis désolé, mais j’irai quand même. Je suis le secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique, pas le ministre des Affaires étrangères d’Israël. Je vais à Damas.”

Il s’est mis à rire et m’a dit : “Alors rendez-moi un service. [On pilonnait alors le nord d’Israël avec des roquettes depuis le Sud-Liban.] Dites au président Assad que la situation est très explosive ici et qu’il devrait user de ses bons offices pour stopper ces roquettes.”

À Damas, j’ai eu une longue conversation avec le président Assad. Les conversations avec lui et avec ses ministres sont difficiles, mais, à la fin de l’entretien, je l’ai pris à part et lui ai fait passer le message.

Il a hoché la tête, n’a rien dit, mais les tirs de roquettes ont cessé le soir même. Le lendemain, M. Sharon m’a remercié.

La diplomatie ne se fait pas toujours au grand jour. Et elle est difficile. »


Vous le voyez, ce républicain est en désaccord flagrant avec G.W. Bush et ne pense pas comme le candidat de son parti à la présidence : John McCain.

Il est peu probable qu’il le soutienne, mais ira-t-il jusqu’à dire publiquement que les États-Unis seraient mieux avec Barack Obama ?

Dans l’entourage de ce dernier, on espère que Powell se départira, pour une fois, de sa légendaire prudence pour dire à ses concitoyens - avant le 4 novembre - ce que lui dictent son expérience et sa conscience.