Je ne vais pas vous parler, moi aussi, de la lutte contre le réchauffement climatique : je n’ai rien d’intéressant ou d’original à ajouter à ce que vous lisez et entendez dans la presse écrite et audiovisuelle.
Tous les médias, y compris Jeune Afrique, consacrent, en ce moment, l’essentiel de leurs efforts et de leur énergie au fameux réchauffement de notre planète. Ils relaient les innombrables promesses dont nous abreuvent nos dirigeants de lutter, à qui mieux mieux, contre ce réchauffement.
Du happening de Copenhague, je ne dirai qu’un mot : il est excellent que les habitants de notre planète et, parmi eux, ceux qui ont le pouvoir d’agir aient pris conscience, enfin, de la gravité de ce problème et décidé de s’y attaquer.
Il est nécessaire, cependant, de maintenir la pression populaire sur les dirigeants si l’on veut être assuré que la planète dont hériteront nos enfants sera une maison habitable et vivable.

Juste avant que ne s’ouvre ce rassemblement mondial qui a fait affluer vers la capitale danoise des représentants de tous les pays du monde, trois évolutions heureuses ont marqué l’actualité. Je voudrais vous en parler.
1) Le 1er décembre, le président Barack Obama a informé ses concitoyens, ses alliés et le reste du monde des décisions (concertées) qu’il a prises concernant la présence américaine en Afghanistan.
De son discours à West Point, on a surtout retenu que les États-Unis (et leurs alliés de l’Otan sollicités par l’Amérique) vont envoyer, sans délai, près de 40 000 soldats de plus en Afghanistan. Le président américain a ainsi exaucé la demande pressante du général Stanley McChrystal, choisi par lui pour assurer le commandement en chef du corps expéditionnaire de l’Otan.
Cette décision-là était nécessaire, mais le plus important, de loin, est, à mon avis, que Barack Obama ait annoncé, en même temps, que les forces de l’OTAN commenceront à se retirer d’Afghanistan dès la mi-2011.
Les États-Unis ne répéteront certes pas l’erreur de 1989 : ils s’étaient alors retirés en catimini et massivement dès le départ des troupes soviétiques, laissant le chaos – et Al-Qaïda – s’installer dans le pays. Mais Barack Obama a été on ne peut plus clair : son pays n’a ni la volonté ni les moyens politiques, humains et financiers de prendre en charge la reconstruction politique et économique de l’Afghanistan. Cela prendrait trop longtemps – quinze à vingt ans – et coûterait trop cher : plusieurs centaines de milliards de dollars.
« Je dois m’occuper de reconstruire un pays qui me touche de plus près : les États-Unis », a osé dire Barack Obama.

Il s’agit, on le voit, d’une stratégie américaine nouvelle : Barack Obama fait très exactement le contraire de George W. Bush. Que dis-je, il défait méthodiquement ce que son prédécesseur a mis huit ans à tisser.
Ce dernier a occupé l’Afghanistan puis l’Irak, fait envoyer plus de 200 000 soldats dans ces deux grands pays musulmans, engloutissant dans l’aventure plus de 1 000 milliards de dollars. En huit ans, il a beaucoup détruit et tué, sans autre résultat que d’y embourber son pays, de montrer ses limites et de le déconsidérer.
Barack Obama, lui, entreprend de sortir les États-Unis de ce guêpier : les armées américaines ont commencé à évacuer l’Irak et l’auront totalement quitté dans les deux ou trois années qui viennent ; dès la mi-2011 débutera le retrait en bon ordre d’Afghanistan.
Tout le monde – y compris le « président » Hamid Karzaï et les talibans – est prévenu.
C’est là une vraie volte-face ! Ses conséquences sur les relations avec l’Iran, sur le conflit israélo-arabe, sur le rôle du Pakistan, de l’Inde et même de la Chine sont saisissantes.
Ce faisant, notez-le, Barack Obama n’a pas oublié qu’il était Prix Nobel de la paix !

2) Une deuxième évolution passée presque inaperçue me paraît riche de conséquences heureuses, à moyen terme.
Pour accélérer le nécessaire développement économique du continent africain, le président (américain) de la Banque mondiale, Robert Zoellick, dont je redis qu’il est sans doute le meilleur que la Banque aura eu en soixante ans d’existence, a eu l’idée originale de s’adresser non pas à l’Europe ou aux États-Unis, mais, pour la première fois, à la Chine et à l’Inde.
À la première, il a demandé d’envisager un « plan Marshall chinois pour l’Afrique » et d’y affecter une petite partie de ses énormes moyens financiers pour :
a) moderniser les infrastructures existantes du continent et en créer là où elles manquent ;
b) implanter, dans des zones à déterminer, des industries de base avec des usines peu chères, utilisatrices de main-d’œuvre bon marché.
Au plus haut niveau du gouvernement chinois, la réaction a été positive : la Chine trouve à sa convenance de transférer en Afrique subsaharienne certaines activités industrielles pour lesquelles elle a moins d’intérêt qu’au début de son industrialisation, il y a trente ans.
Si cela se fait, comme on peut l’espérer, ce sera révolutionnaire.
Parallèlement, Robert Zoellick a demandé à l’Inde d’utiliser ses compétences et son avance dans certains secteurs – chemin de fer, produits médicaux et pharmaceutiques – pour, avec l’aide de la filiale financière de la Banque (la Société financière internationale, SFI), faire bénéficier l’Afrique subsaharienne de son expertise dans lesdits secteurs.
L’Inde y trouverait son compte en donnant à ses entreprises spécialisées un nouveau et vaste marché.
Là aussi, l’accueil réservé à l’initiative Zoellick a été positif : guettons le premier signe d’une concrétisation.

3) Je reviens pour finir à la Guinée, ce riche et malheureux pays d’Afrique de l’Ouest. Pour lui aussi est survenue, ce mois-ci, une évolution qui pourrait se révéler heureuse… si on réussit à saisir l’occasion.
On sait que cette pauvre Guinée n’est sortie de l’ère coloniale, en septembre 1958, que pour entrer dans celle de la dictature : ses deux premiers dictateurs ont tenu un quart de siècle chacun ; ils sont morts au pouvoir et dans leur lit.
La troisième dictature guinéenne a pris la relève, tout naturellement, il y a un peu moins d’un an, et l’on pouvait craindre de la voir s’incruster. Mais un grave incident de parcours – attendu et même espéré – a fait en sorte qu’elle pourrait s’arrêter là.
Celui qui l’a incarnée, le capitaine Dadis Camara – il a vite montré qu’il n’avait pas la compétence de son ambition –, a été victime, le 3 décembre, d’un attentat perpétré par son plus proche collaborateur, son homme de confiance (et l’exécuteur des basses œuvres), le lieutenant « Toumba » Diakité.
Camara a été sérieusement blessé et se trouve hors du pays, dans un hôpital marocain. On ne sait s’il se rétablira, partiellement ou complètement, et dans quel délai.
Quant à celui qui a voulu le tuer, il est en fuite et recherché.
La commission d’enquête de l’ONU chargée d’identifier les responsables des massacres du 28 septembre dernier présente son rapport incessamment (voir p. 15), et il ne fait pas de doute qu’il sera accablant pour l’un et l’autre. Il se trouve, de surcroît, qu’ils se sont autoéliminés.

Peut-on rêver de conjoncture plus favorable pour proclamer la fin de la dictature ? Qu’attend-on pour exiger des militaires guinéens qu’ils restituent à une autorité civile un pouvoir pour lequel ils n’ont, comme ils l’ont montré, ni légitimité ni compétence ? Ne les laissons pas s’incruster au pouvoir sous le prétexte d’attendre le retour (hypothétique) de Dadis Camara.
Pour mettre un terme dès maintenant à la troisième dictature guinéenne, il faut et il suffit que les Guinéens, les autres Africains et la communauté internationale le veuillent et conjuguent leurs efforts.