Evolutions spectaculaires
mercredi 20 janvier 2010 :: Pouvoir :: #725 :: rss :: lu 3936 fois
Certains analystes répètent la même erreur à dix ans d’intervalle : le 1er janvier de l’an 2000, ils ont annoncé, trop tôt, que nous entrions dans le XXIe siècle ; il n’a commencé en réalité qu’une année plus tard, le 1er janvier 2001.
Les mêmes, ou leurs successeurs, viennent de nous dire et même d’écrire qu’avec 2010 le nouveau siècle franchit le seuil de sa deuxième décennie. Ils se trompent encore : l’année 2010 qui débute est, en fait, la dernière de la décennie, et c’est seulement dans un an, le 1er janvier 2011, que le XXIe siècle entrera dans sa deuxième décennie.
Je ne rappelle pas cette règle arithmétique par purisme. Je veux seulement situer les évolutions spectaculaires dont je veux vous parler ci-dessous à leur juste place : elles ont montré le bout de leur nez tout à la fin de 2009 et seront plus visibles en 2010, se situant ainsi, très nettement, dans la première décennie du XXIe siècle.
1) Il est de plus en plus clair depuis une dizaine d’années que le XXIe siècle sera celui de l’Asie, vers laquelle, au fil des ans, se transfère le centre du monde.
Le nouveau président des États-Unis a consacré à ce continent le plus long voyage de sa première année à la Maison Blanche : quatre pays* en sept jours. Le clou de ce voyage était son séjour en Chine : Shanghai puis Pékin.
On a reproché à Barack Obama sa déférence à l’égard de ses hôtes, notamment chinois, mais on n’a pas relevé une phrase qu’il a prononcée et qui est son credo : « Les États-Unis et la Chine vont façonner ce nouveau siècle. »
À la fin de 2009, comme pour lui faire écho, le plus grand industriel indien, Ratan Tata, a déclaré : « La Chine va continuer à croître à un rythme fantastique, bien plus élevé que celui de l’Inde, et l’Asie va dominer le XXIe siècle.
Mais je ne souhaite pas me prononcer sur la course entre l’Inde et la Chine : il y aura des secteurs dominés par l’Inde, comme les logiciels et les services. La Chine, elle, demeurera l’usine du monde. »
L’année 2009 s’est, en tout cas, achevée sur un vrai coup de tonnerre, une première dans l’histoire économique du monde : un pays asiatique, la Corée du Sud, qui était, il y a seulement cinquante ans, plus sous-développé que le plus sous-développé des pays africains, a battu la France et les États-Unis à plate couture en remportant, aux Émirats arabes unis, un marché de 20 milliards de dollars pour la fourniture, tenez-vous bien, de réacteurs nucléaires.
Très bien implantés politiquement dans ce minuscule mais très riche pays, la France et les États-Unis tenaient pour acquis que le marché ne pouvait atterrir que chez l’un d’eux : ils ont été stupéfaits, désarçonnés de se voir surclassés, en termes de prix et même de technologie, par une nation asiatique de moyenne importance, mais qui a réussi à multiplier son revenu/habitant par 200 en moins de cinquante ans, le faisant passer de 100 dollars par an en 1960 à 20 000 dollars en 2008.
On peut dire plus généralement que la décennie qui va s’achever à la fin de cette année aura vu l’émergence inexorable des pays… émergents, et le déclin, lent mais tout aussi inexorable, des pays avancés.
Le graphique ci-dessous illustre cette évolution.

2) Nous avons appris, à la fin de 2009, la condamnation en dernier ressort de l’ancien chef de l’État péruvien, Alberto Fujimori, à vingt-cinq ans de prison par la justice de son pays pour violations graves des droits de l’homme dans l’exercice de ses fonctions.
Il avait pris la fuite, puis, au bout de plusieurs années, était revenu rôder autour du théâtre de ses crimes dans un pays voisin du Pérou : le Chili. Qui l’a extradé et remis à la justice péruvienne.
C’est, là aussi, une première, mais politique cette fois. Pour ma part, je trouve positif que d’anciens présidents (ou Premiers ministres) qui ont commis des crimes graves dans l’exercice de leurs fonctions ne soient pas assurés de l’impunité : cela incitera leurs successeurs à agir avec plus de circonspection et à montrer un plus grand respect pour les droits de leurs citoyens-sujets.
Mais, jusqu’à quand les Africains continueront-ils d’accepter qu’un Mengistu Haïlé Mariam ou un Hissène Habré échappent à la justice des hommes ?
Ils devraient suivre, avant qu’il ne soit trop tard, le bon exemple que viennent de leur donner le Chili et le Pérou.
3) La tentative de faire exploser en vol, au-dessus du territoire des États-Unis, le jour de Noël, un avion de ligne américain a été revendiquée, sans délai, par la branche yéménite d’Al-Qaïda. Clôturant 2009, elle est venue rappeler au monde que le terrorisme islamiste est encore à l’œuvre et que sa cible principale reste le pays de Barack Obama.
Cet acte dément – ses victimes auraient été des hommes, des femmes et des enfants désignés par le hasard – n’annonce cependant ni la résurgence du terrorisme ni, a fortiori, un renouveau d’Al-Qaïda. Mais tout le contraire.
Ses auteurs avaient visiblement besoin, pour faire parler d’eux, de commettre le plus vite possible, à un moment de grande écoute, l’acte le plus atroce. Pour ce faire, ils ont sacrifié, sans états d’âme, une recrue de choix et sont allés jusqu’à la féliciter (et se féliciter) d’un acte abominable et… qui a échoué.
Ce comportement inhabituel est celui de désespérés ne reculant devant rien et prêts à faire n’importe quoi.
Même s’il est résiduel et l’apanage de quelques centaines de « djihadistes », ce terrorisme pose une question grave et que les musulmans ne devraient pas persister à éluder.
À n’en pas douter, il s’agit d’une maladie de l’islam. Comment justifier que les dirigeants politiques et spirituels des pays musulmans – et leur organisation, l’OCI (Organisation de la conférence islamique) – continuent de donner l’impression que ce n’est pas leur problème ? Pourquoi s’en déchargent-ils sur l’Amérique et ses alliés européens ? Quand auront-ils le courage de s’en saisir ?
* Japon, Singapour, Chine et Corée du Sud.
Les mêmes, ou leurs successeurs, viennent de nous dire et même d’écrire qu’avec 2010 le nouveau siècle franchit le seuil de sa deuxième décennie. Ils se trompent encore : l’année 2010 qui débute est, en fait, la dernière de la décennie, et c’est seulement dans un an, le 1er janvier 2011, que le XXIe siècle entrera dans sa deuxième décennie.
Je ne rappelle pas cette règle arithmétique par purisme. Je veux seulement situer les évolutions spectaculaires dont je veux vous parler ci-dessous à leur juste place : elles ont montré le bout de leur nez tout à la fin de 2009 et seront plus visibles en 2010, se situant ainsi, très nettement, dans la première décennie du XXIe siècle.
1) Il est de plus en plus clair depuis une dizaine d’années que le XXIe siècle sera celui de l’Asie, vers laquelle, au fil des ans, se transfère le centre du monde.
Le nouveau président des États-Unis a consacré à ce continent le plus long voyage de sa première année à la Maison Blanche : quatre pays* en sept jours. Le clou de ce voyage était son séjour en Chine : Shanghai puis Pékin.
On a reproché à Barack Obama sa déférence à l’égard de ses hôtes, notamment chinois, mais on n’a pas relevé une phrase qu’il a prononcée et qui est son credo : « Les États-Unis et la Chine vont façonner ce nouveau siècle. »
À la fin de 2009, comme pour lui faire écho, le plus grand industriel indien, Ratan Tata, a déclaré : « La Chine va continuer à croître à un rythme fantastique, bien plus élevé que celui de l’Inde, et l’Asie va dominer le XXIe siècle.
Mais je ne souhaite pas me prononcer sur la course entre l’Inde et la Chine : il y aura des secteurs dominés par l’Inde, comme les logiciels et les services. La Chine, elle, demeurera l’usine du monde. »
L’année 2009 s’est, en tout cas, achevée sur un vrai coup de tonnerre, une première dans l’histoire économique du monde : un pays asiatique, la Corée du Sud, qui était, il y a seulement cinquante ans, plus sous-développé que le plus sous-développé des pays africains, a battu la France et les États-Unis à plate couture en remportant, aux Émirats arabes unis, un marché de 20 milliards de dollars pour la fourniture, tenez-vous bien, de réacteurs nucléaires.
Très bien implantés politiquement dans ce minuscule mais très riche pays, la France et les États-Unis tenaient pour acquis que le marché ne pouvait atterrir que chez l’un d’eux : ils ont été stupéfaits, désarçonnés de se voir surclassés, en termes de prix et même de technologie, par une nation asiatique de moyenne importance, mais qui a réussi à multiplier son revenu/habitant par 200 en moins de cinquante ans, le faisant passer de 100 dollars par an en 1960 à 20 000 dollars en 2008.
On peut dire plus généralement que la décennie qui va s’achever à la fin de cette année aura vu l’émergence inexorable des pays… émergents, et le déclin, lent mais tout aussi inexorable, des pays avancés.
Le graphique ci-dessous illustre cette évolution.
2) Nous avons appris, à la fin de 2009, la condamnation en dernier ressort de l’ancien chef de l’État péruvien, Alberto Fujimori, à vingt-cinq ans de prison par la justice de son pays pour violations graves des droits de l’homme dans l’exercice de ses fonctions.
Il avait pris la fuite, puis, au bout de plusieurs années, était revenu rôder autour du théâtre de ses crimes dans un pays voisin du Pérou : le Chili. Qui l’a extradé et remis à la justice péruvienne.
C’est, là aussi, une première, mais politique cette fois. Pour ma part, je trouve positif que d’anciens présidents (ou Premiers ministres) qui ont commis des crimes graves dans l’exercice de leurs fonctions ne soient pas assurés de l’impunité : cela incitera leurs successeurs à agir avec plus de circonspection et à montrer un plus grand respect pour les droits de leurs citoyens-sujets.
Mais, jusqu’à quand les Africains continueront-ils d’accepter qu’un Mengistu Haïlé Mariam ou un Hissène Habré échappent à la justice des hommes ?
Ils devraient suivre, avant qu’il ne soit trop tard, le bon exemple que viennent de leur donner le Chili et le Pérou.
3) La tentative de faire exploser en vol, au-dessus du territoire des États-Unis, le jour de Noël, un avion de ligne américain a été revendiquée, sans délai, par la branche yéménite d’Al-Qaïda. Clôturant 2009, elle est venue rappeler au monde que le terrorisme islamiste est encore à l’œuvre et que sa cible principale reste le pays de Barack Obama.
Cet acte dément – ses victimes auraient été des hommes, des femmes et des enfants désignés par le hasard – n’annonce cependant ni la résurgence du terrorisme ni, a fortiori, un renouveau d’Al-Qaïda. Mais tout le contraire.
Ses auteurs avaient visiblement besoin, pour faire parler d’eux, de commettre le plus vite possible, à un moment de grande écoute, l’acte le plus atroce. Pour ce faire, ils ont sacrifié, sans états d’âme, une recrue de choix et sont allés jusqu’à la féliciter (et se féliciter) d’un acte abominable et… qui a échoué.
Ce comportement inhabituel est celui de désespérés ne reculant devant rien et prêts à faire n’importe quoi.
Même s’il est résiduel et l’apanage de quelques centaines de « djihadistes », ce terrorisme pose une question grave et que les musulmans ne devraient pas persister à éluder.
À n’en pas douter, il s’agit d’une maladie de l’islam. Comment justifier que les dirigeants politiques et spirituels des pays musulmans – et leur organisation, l’OCI (Organisation de la conférence islamique) – continuent de donner l’impression que ce n’est pas leur problème ? Pourquoi s’en déchargent-ils sur l’Amérique et ses alliés européens ? Quand auront-ils le courage de s’en saisir ?
* Japon, Singapour, Chine et Corée du Sud.
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