Puisque nous sommes encore au début de l’année 2010, voyons, si vous le voulez bien, ce qu’elle pourrait apporter, ici et là, sur les plans politique ou économique à des pays ou à des régions où l’on pense que cela peut « bouger ».
Je ne serai pas exhaustif et ne me livrerai pas au petit jeu des prévisions. Je vous invite seulement à un tour d’horizon subjectif des événements annoncés et me limiterai, pour l’essentiel, à l’Afrique et au Moyen-Orient.
J’évoquerai le poids et le rôle négatifs de quelques personnes qui empêchent leur pays et leur région d’évoluer dans le bon sens.

Au Maghreb, on n’annonce rien ! Le blocage imposé à cette région depuis trente-cinq ans par le différend algéro-marocain sur le sort du Sahara occidental continuera, hélas, d’en faire la seule partie du monde où l’intégration ne fait pas de progrès significatifs, pénalisant le développement économique de chacun des pays de la région.
Se poursuivra donc, pour les peuples de cette non-union, le même ronronnement politico-économique avec le désormais traditionnel « chacun pour soi, Dieu (et l’Europe) y pourvoiront ».
Ponctué, je pense, par quelques actes terroristes surprises de la filiale régionale d’Al-Qaïda.

Il est prévu que la Ligue des États arabes tienne, à la fin de mars, en Libye, son sommet : on y parlera, une fois de plus, de la Palestine, des relations entre le Fatah et le Hamas pour tenter de les recoudre. Et, sans conséquence, du « processus de paix avec Israël ».
« Israël ne cédera jamais le contrôle d’une partie de Jérusalem, qui demeurera sa capitale unifiée, et nous ne reviendrons jamais aux frontières de 1967 », a réaffirmé Benyamin Netanyahou la semaine dernière, tout en appelant les Palestiniens… à négocier « sans conditions ».
Sa déclaration est, elle, sans ambages.
Mon diagnostic : tant qu’Israël sera gouverné par le tandem Netanyahou-Lieberman (et la majorité qui les soutient), tant que les Palestiniens et les Arabes n’auront pour dirigeants et pour cartes dans les négociations que celles dont ils disposent, on en restera au statu quo en vigueur depuis 1967.
Quoi que dise ou fasse Barack Obama, dont le parti, faut-il le rappeler, s’apprête à affronter des élections législatives (partielles) en fin d’année.
Ce que Netanyahou n’ignore pas !

Le grand événement africain et mondial, dont on sent déjà les effets, c’est la Coupe du monde de football, dont les matchs se dérouleront, à la fin de ce semestre, en Afrique du Sud, accaparant l’attention de tous.
Cette prestigieuse compétition affecte déjà les échéances électorales les plus importantes, les relègue au second rang, en conditionne même, dans certains cas, la date.
En Afrique de l’Ouest, on espère encore que la présidentielle ivoirienne, reportée d’année en année et de trimestre en trimestre, se tiendra en mars ou en avril – avant le grand événement.
On espère tout autant que la transition qui se met en place en Guinée tiendra son calendrier – et ses promesses.
On me permettra d’en douter, même si je pense, comme tout le monde, que le processus enclenché va dans la bonne direction et finira par conduire, un jour, ses protagonistes à bon port…

Le rôle des hommes et des femmes qui se trouvent à la tête de ces pays en crise est souvent capital. Il arrive qu’il soit lourdement négatif.
J’ai évoqué ci-dessus le « niet » de Netanyahou et Lieberman : contre l’avis de (presque) tous les alliés d’Israël, d’une partie de leur peuple et de la diaspora juive, ils s’opposent à la solution proposée il y a dix ans par Bill Clinton lui-même, acceptée alors par Ehoud Barak, et qui a fini par faire consensus mondial.
Dans la même région, à la tête de l’Iran, un autre tandem maléfique constitué par Ali Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad fait obstacle au dialogue avec les États-Unis, proposé par Barack Obama, après trente ans de rupture entre les deux pays.

Un très mauvais choix a placé au pouvoir dans cette même infortunée région, simultanément, deux autres responsables politiques dont tout le monde pense qu’ils ne sont pas à leur place.
Je veux parler de Hamid Karzaï, choisi, il y a près de dix ans, par l’Occident, pour être le président d’un nouvel Afghanistan, et d’Asif Ali Zardari, qu’un accident, l’assassinat de sa femme, a propulsé, en septembre 2008, à la présidence du Pakistan.
En Afghanistan, au Pakistan et dans le reste du monde, aux yeux de toutes les personnes averties, ces deux hommes sont symboles de faiblesse, de corruption, d’incompétence et d’échec.
Qui ne sait qu’ils suscitent un large mépris au sein de leurs peuples au lieu d’en forcer le respect ?
Comment peut-on croire que l’Afghanistan et le Pakistan sortiront de la grave crise dans laquelle ils se débattent depuis tant d’années avec pour présidents un Karzaï et un Zardari ?

Certains d’entre vous peuvent penser que je donne trop d’importance à des hommes politiques qui n’en ont pas tellement. D’autres m’opposeront que ce ne sont pas les hommes ou les femmes qui font l’Histoire mais les forces politiques et sociales. D’autres, enfin, diront qu’il est arrivé à des hommes d’État de changer pour mener une politique différente de celle pour laquelle ils ont été choisis, ou même opposée à celle qu’ils ont professée.
La décolonisation n’a-t-elle pas été faite, bien souvent, non pas par les anticolonialistes, mais par des défenseurs du régime colonial qui ont « viré leur cuti ».
Certes.
Mais les hommes que j’ai cités et dont il est question ne sont ni des de Gaulle, ni des Mao Zedong ou Zhou Enlai, ni même des De Klerk. Je ne vois aucun d’eux opérer le virage qu’implique une autre politique et assumer la tâche d’en convaincre ceux qu’il représente.
Ils sont plutôt du genre « je suis leur chef, je les suis », et certains d’entre eux ne sont que le fruit du hasard.

Je suis convaincu, pour ma part, qu’il n’y aura pas de dialogue et d’entente dans la région tant que ces hommes devenus synonymes de tensions, d’affrontements et de violence – ils en ont d’ailleurs fait leur fonds de commerce – seront aux commandes ou à des postes aussi visibles.
Ils sont comme ces hommes-sandwichs qui se sont identifiés aux produits qu’ils annoncent.
Je ne crois donc pas – et pense qu’il ne faut pas accorder foi – à ce qu’ils disent lorsqu’il leur arrive de parler de négociations.
On ne risque donc guère de se tromper en postulant qu’ils sont le problème et en aucun cas la solution. Et que leur présence aux postes où ils se trouvent signifie que le dialogue et la paix sont encore loin.