Qui va l'emporter ?
lundi 29 mars 2010 :: Pouvoir :: #735 :: rss :: lu 4961 fois
Exemple : elle a adoré Barack Obama, cela s’est senti et cela a compté, contribuant à le faire élire.
Depuis quelques semaines, c’est le désamour : vous lisez et entendez sur lui, partout, qu’il s’est laissé défier, contrer, et n’a rien réussi de ce qu’il a entrepris.
On doute qu’il parvienne à faire passer sa réforme du système de santé américain. Et, en attendant, on dénombre les niet que lui opposent la droite et l’extrême droite israéliennes de Benyamin Netanyahou et d’Avigdor Lieberman, et les affronts qu’elles infligent à son administration, voire à son pays.
C’est le match (ou la bataille) du moment. Examinons, pour les évaluer et les commenter, les péripéties qui se déroulent sous nos yeux et dont nous n’avons d’ailleurs pas encore vu les ultimes prolongements.
De diverses manières et à plusieurs occasions, l’actuel gouvernement israélien, dirigé par Benyamin Netanyahou, a fait savoir au nouveau président des États-Unis lui-même, puis urbi et orbi, qu’il n’aimait pas le message de réconciliation que celui-ci a adressé aux musulmans le 4 juin 2009 depuis Le Caire. Et, encore moins, contenue dans ce message, l’injonction faite à Israël de renoncer à sa politique de peuplement de la Cisjordanie pour donner enfin une chance sérieuse à la création d’un État palestinien viable.
Benyamin Netanyahou a également fait savoir à Barack Obama qu’il n’aurait pas dû tendre la main à l’Iran, mais l’affronter pour l’obliger à renoncer à ses ambitions de puissance régionale, concurrente de l’État hébreu.
En un mot comme en mille, l’Israël de Netanyahou entend poursuivre la politique intérieure et extérieure d’Ariel Sharon en la durcissant, et il veut à Washington un autre George W. Bush, meilleur exécutant encore, si possible, des demandes israéliennes. Pas un Barack Obama qui prétend mieux connaître et mieux défendre les intérêts à long terme d’Israël que ceux qui sont actuellement à sa tête.
Le clash était donc inévitable, et Benyamin Netanyahou a choisi de se faire valoir auprès de ceux qui l’ont élu et auprès de sa majorité parlementaire en contredisant, poliment pour le moment, le puissant allié américain. Il a multiplié les petits et grands sabotages de sa politique, utilisé sans retenue contre l’administration Obama l’Aipac, ce puissant lobby contrôlé par les Juifs américains de droite – et mis par eux au service de la droite israélienne.
On en est là en cette fin de mois de mars, qui voit Benyamin Netanyahou parader à Washington à la conférence annuelle de l’Aipac…
A-t-il raison de s’engager dans ce bras de fer et peut-il le gagner ?
Je pense qu’il est fidèle à son passé et à ses promesses électorales, mais qu’il a, fort heureusement, peu de chances de l’emporter.
1. Les États-Unis sont la plus grande puissance du monde – en regard de laquelle le petit Israël, même s’il compte régionalement grâce précisément à son alliance avec l’Amérique, n’est qu’un pot de terre.
Et l’Amérique est, aussi, en 2010, le seul vrai soutien dont dispose l’État hébreu.
Constatant qu’ils jouissent d’une très grande latitude, les dirigeants israéliens des quinze dernières années ont, en effet, isolé leur pays, le rendant ainsi plus dépendant que jamais des États-Unis.
2. Au cours des trois dernières décennies, Israël a reçu près de 100 milliards de dollars d’aide militaire américaine, à raison de 3 milliards de dollars par an.
S’y ajoutent d’autres dons ou prêts moins apparents et l’on en arrive à cette situation unique : l’énorme budget militaire d’Israël – et ses guerres – sont financés à près de 50 % par les États-Unis, qui, en lui livrant leurs armes les plus sophistiquées et de précieuses informations, garantissent sa supériorité militaire.
Ce n’est pas tout : Israël est, en outre, extrêmement dépendant du soutien américain au Conseil de sécurité de l’ONU. Sur les 82 vetos exercés par les États-Unis depuis 1972, 29 ont évité à Israël des condamnations visant ses agissements dans les territoires occupés et 11 son comportement au Liban.
Lors de chacun de ces quarante votes, les États-Unis étaient les seuls à s’opposer à l’adoption de résolutions sévères et dangereuses pour Israël.
Les Israéliens savent qu’ils ne peuvent se permettre de perdre ce soutien.
3. Ceux qui ont analysé la relation États-Unis/Israël sont arrivés tous à la même conclusion : l’État hébreu est en fait tenu à bout de bras par les États-Unis.
À tout le moins, il doit son aisance et sa puissance à la solidité de son alliance avec les États-Unis, et cette alliance restera solide tant que les Juifs américains, dans leur majorité, le veulent assez fortement.
4. L’actuel président des États-Unis n’est pas populaire auprès de la majorité des Juifs israéliens car il tient un nouveau langage et leur propose une nouvelle politique, à son avis meilleure pour Israël et pour sa sécurité.
Il invite au changement, à la rupture avec les errements du passé et heurte, par conséquent, des habitudes : « Pourquoi cesserions-nous de coloniser aujourd’hui, lui rétorque-t-on depuis Jérusalem, alors que nous le faisons depuis quarante ans, avec la bénédiction et même l’aide financière de vos prédécesseurs ? »
L’argument est fort, il faut en convenir, mais il appelle une réponse tout aussi forte : « La colonisation était une mauvaise politique et on a eu tort de la faire comme de la laisser faire. Les limites ayant été dépassées, il n’y a plus d’autre choix, aujourd’hui, que d’arrêter… »
La communauté internationale, une bonne partie des Israéliens et, je pense, la majorité des Juifs de la diaspora sont convaincus par ce dernier argument. L’éditorial du Financial Times du 17 mars le confirme : « Israël a des amis dévoués à Washington, mais Netanyahou les a mis dans l’embarras. Mépriser le principal garant de sa sécurité et mettre en danger celle des États-Unis est un mauvais calcul politique de la part d’Israël.
Les dirigeants de l’État hébreu qui, dans le passé, ont contrarié le protecteur de leur pays l’ont payé dans les urnes. Obama devrait dire à Netanyahou, qui sera aux États-Unis ce week-end, qu’il est allé trop loin et s’assurer qu’il l’a bien compris. »
5. Barack Obama est au pouvoir jusqu’à la fin de 2012, voire de 2016, alors que le maintien au pouvoir de Benyamin Netanyahou dépend d’une majorité hétéroclite et fragile, ou même d’une décision de justice : objet d’accusations graves et infamantes, d’enquêtes de police qui touchent à leur terme, son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, peut être contraint, dans l’année, à la démission.
Les concitoyens de Benyamin Netanyahou n’aiment pas qu’on mette en péril l’alliance de leur pays, qu’ils savent vitale, avec les États-Unis. Je ne parierai donc pas qu’il sera encore Premier ministre d’Israël dans vingt mois.
Suis-je en train de prendre mes désirs pour des réalités ? C’est possible, car il est vrai que, comme tous les gens raisonnables, je souhaite que Barack Obama et sa politique prévalent sur Benyamin Netanyahou et ce qu’il veut réaliser.
Ainsi d’ailleurs que sur l’autre tandem maléfique du Moyen-Orient : Ali Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad, attachés, eux aussi, à faire en sorte que leur pays, l’Iran, s’isole des forces de progrès.
Depuis quelques semaines, c’est le désamour : vous lisez et entendez sur lui, partout, qu’il s’est laissé défier, contrer, et n’a rien réussi de ce qu’il a entrepris.
On doute qu’il parvienne à faire passer sa réforme du système de santé américain. Et, en attendant, on dénombre les niet que lui opposent la droite et l’extrême droite israéliennes de Benyamin Netanyahou et d’Avigdor Lieberman, et les affronts qu’elles infligent à son administration, voire à son pays.
C’est le match (ou la bataille) du moment. Examinons, pour les évaluer et les commenter, les péripéties qui se déroulent sous nos yeux et dont nous n’avons d’ailleurs pas encore vu les ultimes prolongements.
De diverses manières et à plusieurs occasions, l’actuel gouvernement israélien, dirigé par Benyamin Netanyahou, a fait savoir au nouveau président des États-Unis lui-même, puis urbi et orbi, qu’il n’aimait pas le message de réconciliation que celui-ci a adressé aux musulmans le 4 juin 2009 depuis Le Caire. Et, encore moins, contenue dans ce message, l’injonction faite à Israël de renoncer à sa politique de peuplement de la Cisjordanie pour donner enfin une chance sérieuse à la création d’un État palestinien viable.
Benyamin Netanyahou a également fait savoir à Barack Obama qu’il n’aurait pas dû tendre la main à l’Iran, mais l’affronter pour l’obliger à renoncer à ses ambitions de puissance régionale, concurrente de l’État hébreu.
En un mot comme en mille, l’Israël de Netanyahou entend poursuivre la politique intérieure et extérieure d’Ariel Sharon en la durcissant, et il veut à Washington un autre George W. Bush, meilleur exécutant encore, si possible, des demandes israéliennes. Pas un Barack Obama qui prétend mieux connaître et mieux défendre les intérêts à long terme d’Israël que ceux qui sont actuellement à sa tête.
Le clash était donc inévitable, et Benyamin Netanyahou a choisi de se faire valoir auprès de ceux qui l’ont élu et auprès de sa majorité parlementaire en contredisant, poliment pour le moment, le puissant allié américain. Il a multiplié les petits et grands sabotages de sa politique, utilisé sans retenue contre l’administration Obama l’Aipac, ce puissant lobby contrôlé par les Juifs américains de droite – et mis par eux au service de la droite israélienne.
On en est là en cette fin de mois de mars, qui voit Benyamin Netanyahou parader à Washington à la conférence annuelle de l’Aipac…
A-t-il raison de s’engager dans ce bras de fer et peut-il le gagner ?
Je pense qu’il est fidèle à son passé et à ses promesses électorales, mais qu’il a, fort heureusement, peu de chances de l’emporter.
1. Les États-Unis sont la plus grande puissance du monde – en regard de laquelle le petit Israël, même s’il compte régionalement grâce précisément à son alliance avec l’Amérique, n’est qu’un pot de terre.
Et l’Amérique est, aussi, en 2010, le seul vrai soutien dont dispose l’État hébreu.
Constatant qu’ils jouissent d’une très grande latitude, les dirigeants israéliens des quinze dernières années ont, en effet, isolé leur pays, le rendant ainsi plus dépendant que jamais des États-Unis.
2. Au cours des trois dernières décennies, Israël a reçu près de 100 milliards de dollars d’aide militaire américaine, à raison de 3 milliards de dollars par an.
S’y ajoutent d’autres dons ou prêts moins apparents et l’on en arrive à cette situation unique : l’énorme budget militaire d’Israël – et ses guerres – sont financés à près de 50 % par les États-Unis, qui, en lui livrant leurs armes les plus sophistiquées et de précieuses informations, garantissent sa supériorité militaire.
Ce n’est pas tout : Israël est, en outre, extrêmement dépendant du soutien américain au Conseil de sécurité de l’ONU. Sur les 82 vetos exercés par les États-Unis depuis 1972, 29 ont évité à Israël des condamnations visant ses agissements dans les territoires occupés et 11 son comportement au Liban.
Lors de chacun de ces quarante votes, les États-Unis étaient les seuls à s’opposer à l’adoption de résolutions sévères et dangereuses pour Israël.
Les Israéliens savent qu’ils ne peuvent se permettre de perdre ce soutien.
3. Ceux qui ont analysé la relation États-Unis/Israël sont arrivés tous à la même conclusion : l’État hébreu est en fait tenu à bout de bras par les États-Unis.
À tout le moins, il doit son aisance et sa puissance à la solidité de son alliance avec les États-Unis, et cette alliance restera solide tant que les Juifs américains, dans leur majorité, le veulent assez fortement.
4. L’actuel président des États-Unis n’est pas populaire auprès de la majorité des Juifs israéliens car il tient un nouveau langage et leur propose une nouvelle politique, à son avis meilleure pour Israël et pour sa sécurité.
Il invite au changement, à la rupture avec les errements du passé et heurte, par conséquent, des habitudes : « Pourquoi cesserions-nous de coloniser aujourd’hui, lui rétorque-t-on depuis Jérusalem, alors que nous le faisons depuis quarante ans, avec la bénédiction et même l’aide financière de vos prédécesseurs ? »
L’argument est fort, il faut en convenir, mais il appelle une réponse tout aussi forte : « La colonisation était une mauvaise politique et on a eu tort de la faire comme de la laisser faire. Les limites ayant été dépassées, il n’y a plus d’autre choix, aujourd’hui, que d’arrêter… »
La communauté internationale, une bonne partie des Israéliens et, je pense, la majorité des Juifs de la diaspora sont convaincus par ce dernier argument. L’éditorial du Financial Times du 17 mars le confirme : « Israël a des amis dévoués à Washington, mais Netanyahou les a mis dans l’embarras. Mépriser le principal garant de sa sécurité et mettre en danger celle des États-Unis est un mauvais calcul politique de la part d’Israël.
Les dirigeants de l’État hébreu qui, dans le passé, ont contrarié le protecteur de leur pays l’ont payé dans les urnes. Obama devrait dire à Netanyahou, qui sera aux États-Unis ce week-end, qu’il est allé trop loin et s’assurer qu’il l’a bien compris. »
5. Barack Obama est au pouvoir jusqu’à la fin de 2012, voire de 2016, alors que le maintien au pouvoir de Benyamin Netanyahou dépend d’une majorité hétéroclite et fragile, ou même d’une décision de justice : objet d’accusations graves et infamantes, d’enquêtes de police qui touchent à leur terme, son ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, peut être contraint, dans l’année, à la démission.
Les concitoyens de Benyamin Netanyahou n’aiment pas qu’on mette en péril l’alliance de leur pays, qu’ils savent vitale, avec les États-Unis. Je ne parierai donc pas qu’il sera encore Premier ministre d’Israël dans vingt mois.
Suis-je en train de prendre mes désirs pour des réalités ? C’est possible, car il est vrai que, comme tous les gens raisonnables, je souhaite que Barack Obama et sa politique prévalent sur Benyamin Netanyahou et ce qu’il veut réaliser.
Ainsi d’ailleurs que sur l’autre tandem maléfique du Moyen-Orient : Ali Khamenei et Mahmoud Ahmadinejad, attachés, eux aussi, à faire en sorte que leur pays, l’Iran, s’isole des forces de progrès.
Commentaires
1. Le lundi 29 mars 2010 à 14:33, par hannibal
2. Le jeudi 1 avril 2010 à 18:54, par thierno
3. Le mercredi 7 avril 2010 à 23:39, par Abdoulkader Moud Dalieh
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