À droite toute
mardi 6 avril 2010 :: France :: #736 :: rss :: lu 4362 fois
Un peu moins de trois ans après sa flamboyante victoire de mai 2007 et l’élection de son chef, Nicolas Sarkozy, à la présidence de la République, la droite française est en net reflux ; les observateurs, dont je suis, pensent qu’elle va entrer en période de crise, avec des péripéties qui pourront surprendre.
Battue, déconsidérée, sans chef reconnu, la gauche n’a fait, de son côté, pendant près de trois ans, qu’étaler ses divisions, tandis que l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen, dont l’électorat avait été siphonné en 2007 par le parti de Nicolas Sarkozy, était considérée comme moribonde.
Et voici que ces deux dernières, d’un coup, se voient revigorées par les électeurs avec la perspective inespérée d’avoir de beaux jours politiques devant elles.
La prochaine élection présidentielle française aura lieu dans deux ans, pas plus. Les Français, et ceux qui s’intéressent à la France, vont s’apercevoir que tout dans la vie politique de ce pays va être tendu, dès maintenant, vers cette échéance. Et que, le plus sérieusement du monde, on se pose déjà deux questions : Nicolas Sarkozy, qui paraissait inexpugnable il y a seulement quelques mois, pourra-t-il terminer son premier mandat dans de bonnes conditions ? Quelles chances a-t-il encore de se faire réélire en 2012 pour un second quinquennat ?
Le démographe Emmanuel Todd, célèbre en France et même au-delà pour ses analyses percutantes de la société française et de ce que révèlent ses sautes d’humeur, est d’un grand pessimisme à l’endroit de Nicolas Sarkozy et de son avenir politique.
Comment expliquer son divorce d’avec l’opinion et que la magie de son verbe ne séduit plus guère.
« Par la crise, répond Emmanuel Todd (Libération, 18 mars 2010), par son épaississement, par le début de baisse du niveau de vie pour certains et ce constat que l’opinion commence à faire : le plan de soutien à l’activité a réussi le tour de force de relancer le CAC 40 sans faire repartir l’économie […]
Il faut y ajouter un facteur spécifique. C’est tout le style de l’homme qui est insécurisant pour la droite : insulter un quidam au Salon de l’agriculture, placer sa progéniture à l’Epad, abandonner la diplomatie gaullienne, jouer l’ouverture […].
L’électeur de droite classique ne s’y retrouve plus, mais s’il a une véritable identité de droite, il ne peut pas voter à gauche. Son choix se limite au Front national ou à l’abstention […].
Le FN se retrouve presque en situation d’occuper le rôle de la droite traditionnelle. Et cela au moment même où, profitant du départ programmé de Jean-Marie Le Pen, la stratégie de sa fille est de reléguer la thématique anti-immigrés au second plan pour se concentrer sur une thématique sociale […].
Mais, dans la réalité, les barons de l’UMP, en embuscade, restent pour Sarkozy une menace autrement plus sérieuse. »
Le diagnostic de Todd est sévère, mais les mois qui viennent devraient confirmer qu’il est assez juste. Si la crise ne desserre pas son étau, si le chômage demeure à son niveau actuel (près de 10 % de la population active), Nicolas Sarkozy et son parti entreront dans une zone de turbulences, sans grands moyens d’agir pour en sortir.
Ils ne peuvent compter que sur l’imprévu ou sur… les divisions de la gauche et ses erreurs.
Ou bien, et c’est le point sur lequel je voudrais attirer l’attention, sur une alliance avec cette extrême droite qui demeure stigmatisée et exclue du jeu mais ne demande… qu’à y être admise.
Je pense que Nicolas Sarkozy et l’UMP n’ont d’autre choix que d’appeler le Front national à sortir de son isolement, à quitter le front du refus pour... s’allier à l’UMP.
Cela nécessitera une préparation de part et d’autre, des approches discrètes et une négociation secrète. Mais je crois que le très bon tacticien, le transgresseur-né qu’est Nicolas Sarkozy, l’auteur de l’ouverture vers la gauche, est tout à fait capable d’effectuer et de réussir ce virage en direction de l’extrême droite.
Il n’aura d’ailleurs pas à innover car, en Europe, d’autres pays que la France, dont l’Italie, ont déjà emprunté cette voie ou ne vont pas tarder à le faire : d’ici à 2012, ce sera peut-être même à la mode…
À supposer que ça ne le soit pas, il est probable que la conjoncture française y sera, elle, propice : on s’attend, en effet, à ce que Jean-Marie Le Pen se retire vers le milieu de 2011, à 83 ans, de la direction du parti qu’il a fondé en 1972. Sa fille, Marine, 42 ans, lui succéderait à la présidence du Front national.
Ce serait un changement de génération, une sensibilité différente, moins de comptes à régler et, comme l’indique plus haut Emmanuel Todd, une « thématique sociale » en remplacement de la ringarde « thématique anti-immigrés ».
Même si elle est candidate à la présidence de la République en 2012 au nom de son parti, on peut aisément imaginer que Marine Le Pen demande à ses électeurs de voter au second tour pour Nicolas Sarkozy, avec la promesse, s’il est réélu, de participer à son gouvernement. Et d’incarner alors une « nouvelle ouverture » sarkozienne, cette fois vers l’extrême droite…
Je comprends qu’une telle perspective paraisse aujourd’hui relever de la science-fiction. Mais, croyez-moi, plus d’un signe l’annonce :
Jean-Marie Le Pen lui-même, qui déteste Nicolas Sarkozy, lui attribue « un culot fantastique » et lui reconnaît « une chance insolente ».
Quant à sa fille Marine, elle ne rate pas une occasion de rappeler que, pour crédibiliser son discours, le Front national doit « répondre de mieux en mieux au quotidien des Français comme l’insertion des chômeurs, les délocalisations ou la crise de l’agriculture ».
« Je n’ai pas le goût de l’effort inutile, ajoute-t-elle. Moi, je fais de la politique pour arriver au pouvoir. »
Qui peut croire qu’un tel appel a échappé à l’animal politique qu’est Nicolas Sarkozy et qu’il ne s’est pas promis d’y répondre le moment venu ?
En attendant, il doit se forcer à parler moins – et moins souvent – pour ne pas avoir à se contredire, à apparaître moins fréquemment pour ne pas trop lasser ses concitoyens.
Et montrer de quoi il est capable dans l’adversité.
Battue, déconsidérée, sans chef reconnu, la gauche n’a fait, de son côté, pendant près de trois ans, qu’étaler ses divisions, tandis que l’extrême droite de Jean-Marie Le Pen, dont l’électorat avait été siphonné en 2007 par le parti de Nicolas Sarkozy, était considérée comme moribonde.
Et voici que ces deux dernières, d’un coup, se voient revigorées par les électeurs avec la perspective inespérée d’avoir de beaux jours politiques devant elles.
La prochaine élection présidentielle française aura lieu dans deux ans, pas plus. Les Français, et ceux qui s’intéressent à la France, vont s’apercevoir que tout dans la vie politique de ce pays va être tendu, dès maintenant, vers cette échéance. Et que, le plus sérieusement du monde, on se pose déjà deux questions : Nicolas Sarkozy, qui paraissait inexpugnable il y a seulement quelques mois, pourra-t-il terminer son premier mandat dans de bonnes conditions ? Quelles chances a-t-il encore de se faire réélire en 2012 pour un second quinquennat ?
Le démographe Emmanuel Todd, célèbre en France et même au-delà pour ses analyses percutantes de la société française et de ce que révèlent ses sautes d’humeur, est d’un grand pessimisme à l’endroit de Nicolas Sarkozy et de son avenir politique.
Comment expliquer son divorce d’avec l’opinion et que la magie de son verbe ne séduit plus guère.
« Par la crise, répond Emmanuel Todd (Libération, 18 mars 2010), par son épaississement, par le début de baisse du niveau de vie pour certains et ce constat que l’opinion commence à faire : le plan de soutien à l’activité a réussi le tour de force de relancer le CAC 40 sans faire repartir l’économie […]
Il faut y ajouter un facteur spécifique. C’est tout le style de l’homme qui est insécurisant pour la droite : insulter un quidam au Salon de l’agriculture, placer sa progéniture à l’Epad, abandonner la diplomatie gaullienne, jouer l’ouverture […].
L’électeur de droite classique ne s’y retrouve plus, mais s’il a une véritable identité de droite, il ne peut pas voter à gauche. Son choix se limite au Front national ou à l’abstention […].
Le FN se retrouve presque en situation d’occuper le rôle de la droite traditionnelle. Et cela au moment même où, profitant du départ programmé de Jean-Marie Le Pen, la stratégie de sa fille est de reléguer la thématique anti-immigrés au second plan pour se concentrer sur une thématique sociale […].
Mais, dans la réalité, les barons de l’UMP, en embuscade, restent pour Sarkozy une menace autrement plus sérieuse. »
Le diagnostic de Todd est sévère, mais les mois qui viennent devraient confirmer qu’il est assez juste. Si la crise ne desserre pas son étau, si le chômage demeure à son niveau actuel (près de 10 % de la population active), Nicolas Sarkozy et son parti entreront dans une zone de turbulences, sans grands moyens d’agir pour en sortir.
Ils ne peuvent compter que sur l’imprévu ou sur… les divisions de la gauche et ses erreurs.
Ou bien, et c’est le point sur lequel je voudrais attirer l’attention, sur une alliance avec cette extrême droite qui demeure stigmatisée et exclue du jeu mais ne demande… qu’à y être admise.
Je pense que Nicolas Sarkozy et l’UMP n’ont d’autre choix que d’appeler le Front national à sortir de son isolement, à quitter le front du refus pour... s’allier à l’UMP.
Cela nécessitera une préparation de part et d’autre, des approches discrètes et une négociation secrète. Mais je crois que le très bon tacticien, le transgresseur-né qu’est Nicolas Sarkozy, l’auteur de l’ouverture vers la gauche, est tout à fait capable d’effectuer et de réussir ce virage en direction de l’extrême droite.
Il n’aura d’ailleurs pas à innover car, en Europe, d’autres pays que la France, dont l’Italie, ont déjà emprunté cette voie ou ne vont pas tarder à le faire : d’ici à 2012, ce sera peut-être même à la mode…
À supposer que ça ne le soit pas, il est probable que la conjoncture française y sera, elle, propice : on s’attend, en effet, à ce que Jean-Marie Le Pen se retire vers le milieu de 2011, à 83 ans, de la direction du parti qu’il a fondé en 1972. Sa fille, Marine, 42 ans, lui succéderait à la présidence du Front national.
Ce serait un changement de génération, une sensibilité différente, moins de comptes à régler et, comme l’indique plus haut Emmanuel Todd, une « thématique sociale » en remplacement de la ringarde « thématique anti-immigrés ».
Même si elle est candidate à la présidence de la République en 2012 au nom de son parti, on peut aisément imaginer que Marine Le Pen demande à ses électeurs de voter au second tour pour Nicolas Sarkozy, avec la promesse, s’il est réélu, de participer à son gouvernement. Et d’incarner alors une « nouvelle ouverture » sarkozienne, cette fois vers l’extrême droite…
Je comprends qu’une telle perspective paraisse aujourd’hui relever de la science-fiction. Mais, croyez-moi, plus d’un signe l’annonce :
Jean-Marie Le Pen lui-même, qui déteste Nicolas Sarkozy, lui attribue « un culot fantastique » et lui reconnaît « une chance insolente ».
Quant à sa fille Marine, elle ne rate pas une occasion de rappeler que, pour crédibiliser son discours, le Front national doit « répondre de mieux en mieux au quotidien des Français comme l’insertion des chômeurs, les délocalisations ou la crise de l’agriculture ».
« Je n’ai pas le goût de l’effort inutile, ajoute-t-elle. Moi, je fais de la politique pour arriver au pouvoir. »
Qui peut croire qu’un tel appel a échappé à l’animal politique qu’est Nicolas Sarkozy et qu’il ne s’est pas promis d’y répondre le moment venu ?
En attendant, il doit se forcer à parler moins – et moins souvent – pour ne pas avoir à se contredire, à apparaître moins fréquemment pour ne pas trop lasser ses concitoyens.
Et montrer de quoi il est capable dans l’adversité.
Commentaires
1. Le jeudi 8 avril 2010 à 11:14, par talebhab
2. Le samedi 10 avril 2010 à 08:53, par Paul
3. Le dimanche 11 avril 2010 à 23:03, par samir
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