Bravo et merci
lundi 31 mai 2010 :: Iran :: #744 :: rss :: lu 4689 fois
Vous l’avez deviné, bien sûr : je veux parler de « l’accord nucléaire » signé entre l’Iran et la Turquie, deux grands pays musulmans gouvernés par… des islamistes ou des ex-islamistes.
Sous l’égide et à l’initiative du Brésil, grand pays chrétien – et démocratie pur sucre, si j’ose dire.
Ce géant de l’Amérique du Sud se trouve être gouverné par un homme de gauche très respecté, Luiz Inácio Lula da Silva. Élu à la présidence il y a huit ans, réélu il y a quatre ans, il quitte le pouvoir dans sept mois, au summum d’une popularité nationale et mondiale rare, comparable à celle d’un Nelson Mandela.
« L’accord nucléaire » conclu à Téhéran entre le Premier ministre de la République turque, Recep Tayyip Erdogan, et le président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, sous le patronage du président du Brésil, est d’abord un très bon accord : il reprend ce qui avait été proposé en 2009 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à l’Iran et y introduit le facteur confiance qui y manquait.
Il permet ainsi à l’AIEA et aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui la font agir, s’ils veulent être souples et raisonnables, de sortir de l’impasse, de dénouer, au moins pour un temps, la crise dite « du nucléaire iranien ».
Les États-Unis, les quatre autres pays nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, qui préparaient une nouvelle résolution du Conseil de sécurité porteuse de sanctions additionnelles contre l’Iran, ont été surpris et même désarçonnés par l’accord : l’Iran y a-t-il consenti sous la pression conjuguée du Brésil et de la Turquie ? Ou bien est-ce lui qui, par ruse et pour éviter les sanctions, l’a manigancé ?
À ce jour, leur réaction est négative. S’ils la maintiennent, ils auront tort. Et seront dans leur tort.
Mais il est permis d’espérer que la Chine, au moins elle, se souviendra qu’elle fait encore partie de ce deuxième monde représenté dans cet accord par la Turquie et le Brésil, qu’elle a été, il n’y a pas si longtemps, dans la situation de paria où l’on tente d’enfermer l’Iran.
On peut espérer également que la diplomatie française renouera un peu avec le gaullisme. Le président Sarkozy a tenu à rencontrer son homologue brésilien, à Madrid, le lendemain même de la signature, sous son parrainage, de l’accord de Téhéran et à lui dire… ses encouragements : à la fin de ce mois, il présidera, à Nice, un sommet Afrique-France. Peut‑il persister dans l’extrémisme anti-iranien auquel se laisse aller (verbalement) son ministre des Affaires étrangères ?
On peut espérer que les États-Unis eux-mêmes, si le président Obama – Prix Nobel de la paix – veut bien se souvenir qu’il a tendu la main à l’Iran et dit qu’il souhaitait réconcilier son pays avec le monde musulman, ne rejetteront pas facilement un accord qui va dans la bonne direction et porte la marque du plus grand pays sud-américain.
On peut penser qu’à terme ils remplaceront par une réponse plus nuancée, voire positive, la première réaction, négative, de leur ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton.
Mes raisons d’applaudir l’accord de Téhéran, celles qui nous incitent à le soutenir et à espérer qu’il finira par s’imposer, sont fortes et nombreuses. Je n’évoquerai ci-dessous que les plus importantes.
1. Pour la première fois dans l’histoire récente, des pays du Sud, qu’on appelait naguère non-alignés et qu’on qualifie aujourd’hui d’émergents, se saisissent d’un problème international sur lequel s’échinaient, sans parvenir à le résoudre, les grandes puissances occidentales (blanches).
Et, sans difficulté apparente, sans y consacrer des mois de palabres, lui trouvent un début de solution.
2. L’Iran et la Turquie adorent le même Dieu – Allah – et sont voisins. Mais ils sont rivaux et concurrents, comme l’étaient la France et l’Allemagne : ils n’ont que plus de mérite d’avoir apposé leurs signatures sous l’accord du 17 mai.
Quant au Brésil, il appartient à un autre continent et à une autre religion. Aucun intérêt particulier ne motive son implication dans ce dossier : il a agi pour montrer qu’il compte, mais aussi pour servir l’intérêt général et la paix. Ce n’est pas si fréquent que cela.
Rien que pour cette initiative, si elle conduit à sortir l’Iran de sa position de défi, son président mérite le prix Nobel de la paix.
3. En signant l’accord du 17 mai – perfectible et qui appelle des compléments –, l’Iran s’engage pour la première fois, et très prudemment, dans le processus vers lequel ceux qu’on appelle les Occidentaux n’ont pas réussi à l’entraîner.
Grâce à Lula et à Erdogan, il a enfin dit, à qui veut l’entendre, qu’il cherche à sortir de son isolement, à nouer le dialogue avec les autres nations. Il suffisait, pour l’amener à faire ce bout de chemin, de ménager sa fierté, de lui inspirer confiance.
Il est bien dommage que le porte-parole de l’Iran, l’homme que l’actuel régime met en avant, soit Mahmoud Ahmadinejad. Son allure et son langage facilitent la tâche de ceux qui veulent diaboliser ce grand pays, l’acculer à la politique du pire.
L’Iran est une nation humiliée par un siècle de mépris, notamment anglo-saxon, d’empiétements sur ses droits, d’atteintes à sa fierté, d’exploitation éhontée de son pétrole.
Si on veut l’en guérir et la voir réintégrer la communauté internationale, il faut la respecter et lui inspirer confiance : c’est exactement ce qu’ont fait Lula, Erdogan et l’Africain Wade.
Il faut les en remercier.
Sous l’égide et à l’initiative du Brésil, grand pays chrétien – et démocratie pur sucre, si j’ose dire.
Ce géant de l’Amérique du Sud se trouve être gouverné par un homme de gauche très respecté, Luiz Inácio Lula da Silva. Élu à la présidence il y a huit ans, réélu il y a quatre ans, il quitte le pouvoir dans sept mois, au summum d’une popularité nationale et mondiale rare, comparable à celle d’un Nelson Mandela.
« L’accord nucléaire » conclu à Téhéran entre le Premier ministre de la République turque, Recep Tayyip Erdogan, et le président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, sous le patronage du président du Brésil, est d’abord un très bon accord : il reprend ce qui avait été proposé en 2009 par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à l’Iran et y introduit le facteur confiance qui y manquait.
Il permet ainsi à l’AIEA et aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité qui la font agir, s’ils veulent être souples et raisonnables, de sortir de l’impasse, de dénouer, au moins pour un temps, la crise dite « du nucléaire iranien ».
Les États-Unis, les quatre autres pays nucléaires membres permanents du Conseil de sécurité et l’Allemagne, qui préparaient une nouvelle résolution du Conseil de sécurité porteuse de sanctions additionnelles contre l’Iran, ont été surpris et même désarçonnés par l’accord : l’Iran y a-t-il consenti sous la pression conjuguée du Brésil et de la Turquie ? Ou bien est-ce lui qui, par ruse et pour éviter les sanctions, l’a manigancé ?
À ce jour, leur réaction est négative. S’ils la maintiennent, ils auront tort. Et seront dans leur tort.
Mais il est permis d’espérer que la Chine, au moins elle, se souviendra qu’elle fait encore partie de ce deuxième monde représenté dans cet accord par la Turquie et le Brésil, qu’elle a été, il n’y a pas si longtemps, dans la situation de paria où l’on tente d’enfermer l’Iran.
On peut espérer également que la diplomatie française renouera un peu avec le gaullisme. Le président Sarkozy a tenu à rencontrer son homologue brésilien, à Madrid, le lendemain même de la signature, sous son parrainage, de l’accord de Téhéran et à lui dire… ses encouragements : à la fin de ce mois, il présidera, à Nice, un sommet Afrique-France. Peut‑il persister dans l’extrémisme anti-iranien auquel se laisse aller (verbalement) son ministre des Affaires étrangères ?
On peut espérer que les États-Unis eux-mêmes, si le président Obama – Prix Nobel de la paix – veut bien se souvenir qu’il a tendu la main à l’Iran et dit qu’il souhaitait réconcilier son pays avec le monde musulman, ne rejetteront pas facilement un accord qui va dans la bonne direction et porte la marque du plus grand pays sud-américain.
On peut penser qu’à terme ils remplaceront par une réponse plus nuancée, voire positive, la première réaction, négative, de leur ministre des Affaires étrangères, Hillary Clinton.
Mes raisons d’applaudir l’accord de Téhéran, celles qui nous incitent à le soutenir et à espérer qu’il finira par s’imposer, sont fortes et nombreuses. Je n’évoquerai ci-dessous que les plus importantes.
1. Pour la première fois dans l’histoire récente, des pays du Sud, qu’on appelait naguère non-alignés et qu’on qualifie aujourd’hui d’émergents, se saisissent d’un problème international sur lequel s’échinaient, sans parvenir à le résoudre, les grandes puissances occidentales (blanches).
Et, sans difficulté apparente, sans y consacrer des mois de palabres, lui trouvent un début de solution.
2. L’Iran et la Turquie adorent le même Dieu – Allah – et sont voisins. Mais ils sont rivaux et concurrents, comme l’étaient la France et l’Allemagne : ils n’ont que plus de mérite d’avoir apposé leurs signatures sous l’accord du 17 mai.
Quant au Brésil, il appartient à un autre continent et à une autre religion. Aucun intérêt particulier ne motive son implication dans ce dossier : il a agi pour montrer qu’il compte, mais aussi pour servir l’intérêt général et la paix. Ce n’est pas si fréquent que cela.
Rien que pour cette initiative, si elle conduit à sortir l’Iran de sa position de défi, son président mérite le prix Nobel de la paix.
3. En signant l’accord du 17 mai – perfectible et qui appelle des compléments –, l’Iran s’engage pour la première fois, et très prudemment, dans le processus vers lequel ceux qu’on appelle les Occidentaux n’ont pas réussi à l’entraîner.
Grâce à Lula et à Erdogan, il a enfin dit, à qui veut l’entendre, qu’il cherche à sortir de son isolement, à nouer le dialogue avec les autres nations. Il suffisait, pour l’amener à faire ce bout de chemin, de ménager sa fierté, de lui inspirer confiance.
Il est bien dommage que le porte-parole de l’Iran, l’homme que l’actuel régime met en avant, soit Mahmoud Ahmadinejad. Son allure et son langage facilitent la tâche de ceux qui veulent diaboliser ce grand pays, l’acculer à la politique du pire.
L’Iran est une nation humiliée par un siècle de mépris, notamment anglo-saxon, d’empiétements sur ses droits, d’atteintes à sa fierté, d’exploitation éhontée de son pétrole.
Si on veut l’en guérir et la voir réintégrer la communauté internationale, il faut la respecter et lui inspirer confiance : c’est exactement ce qu’ont fait Lula, Erdogan et l’Africain Wade.
Il faut les en remercier.
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