Sur deux états de fait
lundi 27 septembre 2010 :: Pouvoir :: #754 :: rss :: lu 4029 fois
I- Les élections font partie désormais du paysage politique de chacun des cinq continents. En Afrique, il y en a au moins une chaque mois, et l’on veut qu’elles soient contradictoires et transparentes, soumises à la surveillance de centaines d’observateurs internationaux.
Mais cela suffit-il pour que leurs résultats soient probants, pour que les hommes et les femmes auxquels elles permettent d’accéder au pouvoir soient en état de l’exercer avec autorité ? Vainqueurs de tels scrutins, ces élus en deviennent-ils pour autant tout à fait légitimes ? Ceux qu’ils ont battus et ceux qui n’ont pas voté pour eux s’inclinent-ils devant le résultat du scrutin ?
La réponse à ces questions est : hélas, non ! Dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, ce n’est pas encore le cas.
La cause ? Un état de fait aussi grave que déplorable, qu’il faut s’employer à corriger.
Au Sénégal, en Afrique du Sud, à Maurice et dans un ou deux autres pays, cette triste réalité s’est estompée, les règles du jeu sont acceptées, de sorte que nous en sommes au point où l’on peut à bon escient parler de démocratie.
Mais dans les autres pays de l’Afrique subsaharienne, ou, en tout cas, dans la plupart d’entre eux, on observe à chaque scrutin que le vote est ethnique : on ne donne pas sa voix au meilleur ou au plus compétent mais à l’homme ou à la femme de sa communauté, de sa tribu. C’est lui ou elle, et eux seuls, qu’on accepte comme dirigeant.
On a observé ce phénomène avant-hier en République démocratique du Congo (qui ne mérite pas encore le beau qualificatif dont elle s’est parée) ; il est apparu en pleine lumière hier dans bien d’autres pays où se sont tenus des scrutins, notamment présidentiels. Aujourd’hui, il crève les yeux en Guinée, et il n’y a hélas aucun doute qu’il dominera l’élection présidentielle ivoirienne prévue pour la fin d’octobre.
Sur les cartes électorales que nous sommes obligés de publier au lendemain de chaque scrutin, nous voyons des pays qui, par la répartition de leurs votes, montrent qu’ils ne sont pas encore des nations mais des assemblages ethniques où la fusion reste à faire.
Je déplore, pour ma part, que l’on n’en parle pas assez : on ne fait pas régresser un tel phénomène en l’ignorant, ou en en minimisant l’importance. Mieux vaut souligner son existence, mesurer sa gravité et en conclure, lucidement, qu’il y a du travail à faire, un long chemin à parcourir pour parvenir à l’écarter du paysage électoral africain.
C’est à l’école, dans les programmes scolaires destinés aux plus jeunes, que doit commencer l’éducation civique des futurs électeurs, et c’est au sein des partis politiques qu’on se doit de la continuer sans relâche. Paraphrasant l’acte constitutif de l’Unesco, j’écrirais : « C’est dans l’esprit des hommes et des femmes que doivent être élevées les défenses de la démocratie. »
Il faut, en tout cas, persévérer et avoir la patience d’attendre que de nouvelles générations accèdent au droit de vote.
L’exemple des quelques pays subsahariens où le tribalisme a régressé, celui des pays de l’Afrique du Nord où il a presque disparu, celui enfin des pays européens qui ont mis plus d’un siècle à instaurer la démocratie montrent que le chemin est long, certes, mais que l’espoir est permis…
II- « Les Palestiniens »
C’est sous l’égide des États-Unis – la présence visible de Hillary Clinton et de George Mitchell à leur ouverture en témoigne – qu’ont débuté, le 14 septembre, les négociations directes et sans conditions entre Israël et « les Palestiniens ».

Qui sont ces « nouveaux Juifs errants » ? Un peu moins de 5 millions, répartis pour l’essentiel entre cinq pays ou territoires du Moyen-Orient (voir le graphique), auxquels il faut ajouter, pour faire bonne mesure, plusieurs dizaines de milliers d’entre eux qui forment une diaspora dispersée aux quatre coins du monde.
Ce sont les Américains et les Israéliens qui ont choisi, pour représenter « les Palestiniens » et négocier en leur nom, Mahmoud Abbas, qui se trouve être le président – de fait – de l’Autorité palestinienne.
Ce choix, à mon avis, fait problème : Mahmoud Abbas n’est plus reconnu par le Hamas, dont on sait qu’il parle au nom d’une (petite ou grande) moitié de l’opinion palestinienne ; le parti islamiste dénie toute légitimité à Mahmoud Abbas et s’oppose catégoriquement aux négociations qu’il mène. À cela s’ajoute qu’une partie du Fatah, le propre parti de Mahmoud Abbas, a marqué nettement son désaccord, par la bouche du plus célèbre des prisonniers palestiniens d’Israël, Marwane Barghouti.
Dans l’histoire de la lutte des peuples pour leur indépendance, je ne connais aucun cas de négociation qui, entreprise dans pareilles conditions de représentativité, ait abouti à une solution viable.
Je pense, pour ma part, que les négociateurs passeront le cap du 26 septembre : ce jour-là, un peu avant ou un peu après, le Premier ministre israélien dira à propos du gel de la colonisation comment il concilie ses impératifs de politique intérieure avec ceux de la négociation et l’on pourra, je pense, aller de l’avant.
Il est même possible que Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas, pressés par les États-Unis, finissent, en 2011, par trouver un accord.
Mais comment résoudre le problème de la représentation palestinienne ? Un Israélien de droite, Moshe Arens, l’a posé en ces termes :
« Abbas n’est pas Arafat : il n’a pas le soutien de tous les Palestiniens, pas même de la plupart d’entre eux. Il n’a aucun mandat pour représenter les Palestiniens de Gaza. En Judée-Samarie, le soutien dont il bénéficie au sein de la population est sujet à caution. Mais, surtout, il n’a pas l’autorité politique suffisante pour appliquer un éventuel accord avec Netanyahou.
Arafat aurait pu faire la paix avec Israël, mais il ne l’a pas voulu. Abbas, lui, voudrait conclure un accord avec Israël qu’il ne le pourrait pas.
Beaucoup de Palestiniens ont tenté de dissuader Abbas d’accepter l’offre américaine. En cédant à la pression, Abbas a pris le risque de passer pour une marionnette aux mains du président Obama. »
Nous en sommes là. La pièce n’en est, il est vrai, qu’à son premier acte…
Mais cela suffit-il pour que leurs résultats soient probants, pour que les hommes et les femmes auxquels elles permettent d’accéder au pouvoir soient en état de l’exercer avec autorité ? Vainqueurs de tels scrutins, ces élus en deviennent-ils pour autant tout à fait légitimes ? Ceux qu’ils ont battus et ceux qui n’ont pas voté pour eux s’inclinent-ils devant le résultat du scrutin ?
La réponse à ces questions est : hélas, non ! Dans la plupart des pays de l’Afrique subsaharienne, ce n’est pas encore le cas.
La cause ? Un état de fait aussi grave que déplorable, qu’il faut s’employer à corriger.
Au Sénégal, en Afrique du Sud, à Maurice et dans un ou deux autres pays, cette triste réalité s’est estompée, les règles du jeu sont acceptées, de sorte que nous en sommes au point où l’on peut à bon escient parler de démocratie.
Mais dans les autres pays de l’Afrique subsaharienne, ou, en tout cas, dans la plupart d’entre eux, on observe à chaque scrutin que le vote est ethnique : on ne donne pas sa voix au meilleur ou au plus compétent mais à l’homme ou à la femme de sa communauté, de sa tribu. C’est lui ou elle, et eux seuls, qu’on accepte comme dirigeant.
On a observé ce phénomène avant-hier en République démocratique du Congo (qui ne mérite pas encore le beau qualificatif dont elle s’est parée) ; il est apparu en pleine lumière hier dans bien d’autres pays où se sont tenus des scrutins, notamment présidentiels. Aujourd’hui, il crève les yeux en Guinée, et il n’y a hélas aucun doute qu’il dominera l’élection présidentielle ivoirienne prévue pour la fin d’octobre.
Sur les cartes électorales que nous sommes obligés de publier au lendemain de chaque scrutin, nous voyons des pays qui, par la répartition de leurs votes, montrent qu’ils ne sont pas encore des nations mais des assemblages ethniques où la fusion reste à faire.
Je déplore, pour ma part, que l’on n’en parle pas assez : on ne fait pas régresser un tel phénomène en l’ignorant, ou en en minimisant l’importance. Mieux vaut souligner son existence, mesurer sa gravité et en conclure, lucidement, qu’il y a du travail à faire, un long chemin à parcourir pour parvenir à l’écarter du paysage électoral africain.
C’est à l’école, dans les programmes scolaires destinés aux plus jeunes, que doit commencer l’éducation civique des futurs électeurs, et c’est au sein des partis politiques qu’on se doit de la continuer sans relâche. Paraphrasant l’acte constitutif de l’Unesco, j’écrirais : « C’est dans l’esprit des hommes et des femmes que doivent être élevées les défenses de la démocratie. »
Il faut, en tout cas, persévérer et avoir la patience d’attendre que de nouvelles générations accèdent au droit de vote.
L’exemple des quelques pays subsahariens où le tribalisme a régressé, celui des pays de l’Afrique du Nord où il a presque disparu, celui enfin des pays européens qui ont mis plus d’un siècle à instaurer la démocratie montrent que le chemin est long, certes, mais que l’espoir est permis…
II- « Les Palestiniens »
C’est sous l’égide des États-Unis – la présence visible de Hillary Clinton et de George Mitchell à leur ouverture en témoigne – qu’ont débuté, le 14 septembre, les négociations directes et sans conditions entre Israël et « les Palestiniens ».

Qui sont ces « nouveaux Juifs errants » ? Un peu moins de 5 millions, répartis pour l’essentiel entre cinq pays ou territoires du Moyen-Orient (voir le graphique), auxquels il faut ajouter, pour faire bonne mesure, plusieurs dizaines de milliers d’entre eux qui forment une diaspora dispersée aux quatre coins du monde.
Ce sont les Américains et les Israéliens qui ont choisi, pour représenter « les Palestiniens » et négocier en leur nom, Mahmoud Abbas, qui se trouve être le président – de fait – de l’Autorité palestinienne.
Ce choix, à mon avis, fait problème : Mahmoud Abbas n’est plus reconnu par le Hamas, dont on sait qu’il parle au nom d’une (petite ou grande) moitié de l’opinion palestinienne ; le parti islamiste dénie toute légitimité à Mahmoud Abbas et s’oppose catégoriquement aux négociations qu’il mène. À cela s’ajoute qu’une partie du Fatah, le propre parti de Mahmoud Abbas, a marqué nettement son désaccord, par la bouche du plus célèbre des prisonniers palestiniens d’Israël, Marwane Barghouti.
Dans l’histoire de la lutte des peuples pour leur indépendance, je ne connais aucun cas de négociation qui, entreprise dans pareilles conditions de représentativité, ait abouti à une solution viable.
Je pense, pour ma part, que les négociateurs passeront le cap du 26 septembre : ce jour-là, un peu avant ou un peu après, le Premier ministre israélien dira à propos du gel de la colonisation comment il concilie ses impératifs de politique intérieure avec ceux de la négociation et l’on pourra, je pense, aller de l’avant.
Il est même possible que Benyamin Netanyahou et Mahmoud Abbas, pressés par les États-Unis, finissent, en 2011, par trouver un accord.
Mais comment résoudre le problème de la représentation palestinienne ? Un Israélien de droite, Moshe Arens, l’a posé en ces termes :
« Abbas n’est pas Arafat : il n’a pas le soutien de tous les Palestiniens, pas même de la plupart d’entre eux. Il n’a aucun mandat pour représenter les Palestiniens de Gaza. En Judée-Samarie, le soutien dont il bénéficie au sein de la population est sujet à caution. Mais, surtout, il n’a pas l’autorité politique suffisante pour appliquer un éventuel accord avec Netanyahou.
Arafat aurait pu faire la paix avec Israël, mais il ne l’a pas voulu. Abbas, lui, voudrait conclure un accord avec Israël qu’il ne le pourrait pas.
Beaucoup de Palestiniens ont tenté de dissuader Abbas d’accepter l’offre américaine. En cédant à la pression, Abbas a pris le risque de passer pour une marionnette aux mains du président Obama. »
Nous en sommes là. La pièce n’en est, il est vrai, qu’à son premier acte…
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