Bis repetita placent
lundi 11 octobre 2010 :: Moyen-Orient :: #756 :: rss :: lu 3975 fois
Un observateur de la région, pour peu qu’il regarde de près et analyse ce qui se trame, ne peut manquer de frémir : trop de mèches sont prêtes à être allumées et, parmi ceux qui s’occupent de la région, trop de gens ne craignent pas de jouer avec le feu.
Jugez-en :
1) Une bombe à retardement, l’assassinat, le 14 février 2005, du Premier ministre libanais, Rafic Hariri, ne va pas tarder à exploser.
Son fils, Saad, qui a fini par lui succéder (le 27 juin 2009), et toute sa famille, leur ami Jacques Chirac, alors président de la République française, la majorité de l’establishment libanais, des dirigeants occidentaux et arabes ont alors accusé nommément la Syrie, l’ont sommée de se dénoncer et sont allés jusqu’à recommander sa mise à l’index.
Le Tribunal spécial pour le Liban, instauré par l’ONU le 30 mai 2007, est allé dans la même voie ; et l’on a même arrêté des responsables syriens, auteurs ou complices présumés de l’assassinat.
Sans prendre la peine de s’excuser de nous avoir induits en erreur, les mêmes nous disent aujourd’hui qu’il y a eu maldonne : non, ce n’est pas la Syrie, c’est le Hezbollah (parti chiite membre du gouvernement d’union nationale de Saad Hariri) qui a perpétré le meurtre.
On attend d’une semaine à l’autre que le tribunal aille plus loin, révèle des noms, demande des arrestations.
Que fera alors le Hezbollah ? Que diront ses parrains syriens et iraniens ? Comment se comporteront à son égard les Américains, les Israéliens et leurs alliés arabes, qui veulent la disparition de ce « parti de Dieu » ?
Le Liban résistera-t-il à la tempête qui s’annonce ?
2) Affaibli à l’intérieur, et même délégitimé, le régime iranien est aujourd’hui, en outre, isolé, sans autres amis extérieurs que la Turquie, le Brésil, le Sénégal et un ou deux autres pays… qui tous appliqueront à son encontre les sanctions décidées par l’ONU.
Ces sanctions et celles, beaucoup plus draconiennes, infligées par les États-Unis sont sévères, paralysantes, quoi qu’en dise le toujours bravache et provocateur Mahmoud Ahmadinejad, président mal inspiré de cet infortuné pays.
Elles sont complétées et aggravées par une guerre secrète multiforme dont le dernier avatar est l’attaque par virus informatique lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
C’est là une vraie guerre, non déclarée certes, mais qui provoquera, tôt ou tard, une réaction iranienne.
Pour compléter le tableau, ajoutons que l’encerclement et l’isolement de l’Iran ont été parachevés lorsque ses adversaires américains et israéliens ont obtenu de la Russie – par la pression (et par l’argent saoudien) – qu’elle annule la commande d’armes défensives (le missile antiaérien S-300) passée – et même payée – par Téhéran, qui en attendait avec impatience la livraison.
3) Mais cet étranglement de l’actuel régime iranien n’est que le premier volet, celui de l’action d’urgence, d’une stratégie qui couvre, elle, le long terme.
Elle me paraît diabolique, chargée de conséquences aussi graves que néfastes, et j’estime utile de la décrire alors qu’elle n’en est encore qu’à ses prémices.
En 1980, pour réduire la République islamique d’Iran, qui venait de renverser le shah, l’Occident a lancé contre elle le peu regretté Saddam Hussein. Il l’a armé, encouragé à envahir l’Iran, et a fait financer sa guerre de huit ans par ses alliés arabes.
Trente ans après, en 2010, les États-Unis et Israël n’ont pas eu à innover. Avec la complicité des mêmes dirigeants arabes, bis repetita placent, ils se chargent d’empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire militaire. Mais il est déjà une redoutable puissance militaire conventionnelle, et même cela leur apparaît inacceptable.
Ils se sont donc dit ceci en substance : « Pour faire face à ce pays hostile et à la menace qu’il représente, quoi de mieux que d’armer à mort – mais avec leur propre argent ! – ses voisins arabes et de dresser contre ce grand pays musulman d’autres nations tout aussi musulmanes ?
Si l’on y parvient, on fera de ces régimes arabes des complices et des alliés, et on provoquera une guerre civile entre musulmans. Elle occupera ces trublions, les affaiblira et les rendra encore plus dépendants du tandem israélo-américain, maître de la région. »
C’est, à mon avis, le sens qu’il faut donner à l’annonce de la livraison par les États-Unis à quatre pays arabes voisins immédiats de l’Iran – avec l’approbation d’Israël – d’une fabuleuse commande d’armes conventionnelles pour la somme de 123 milliards de dollars, montant qui n’a jamais été même approché dans le passé (voir carte ci-dessous).
Les livraisons seront étalées sur quatre ans. Pour la seule Arabie saoudite (d’ici à 2014) :
– 84 avions de combat F-15/SA,
– le rééquipement et la modernisation de 70 appareils existants,
– 70 hélicoptères Black Hawk,
– 36 hélicoptères Little Bird AH-6,
– des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS JDAM produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire.
Quant aux États-Unis, ils feront d’une pierre au moins trois coups : ils « récupéreront » plusieurs dizaines de milliards de dollars, créeront chez eux des dizaines de milliers d’emplois pour plusieurs années et, par supplétifs arabes interposés, « fixeront » l’adversaire iranien.
L’opinion publique arabo-musulmane acceptera-t-elle sans réagir de voir certains de ses plus misérables dirigeants l’entraîner vers une nouvelle guerre civile entre sunnites et chiites ?
Les Américains et les Israéliens eux-mêmes ne risquent-ils pas de voir ce néomachiavélisme se retourner, à terme, contre eux, à la façon d’un boomerang ?
Les concepteurs de cette politique sont, à mon avis, de très mauvais stratèges qui mènent le Moyen-Orient vers de graves convulsions.
J’espère que quelque chose ou quelqu’un les empêchera de commettre cette nouvelle faute.
Jugez-en :
1) Une bombe à retardement, l’assassinat, le 14 février 2005, du Premier ministre libanais, Rafic Hariri, ne va pas tarder à exploser.
Son fils, Saad, qui a fini par lui succéder (le 27 juin 2009), et toute sa famille, leur ami Jacques Chirac, alors président de la République française, la majorité de l’establishment libanais, des dirigeants occidentaux et arabes ont alors accusé nommément la Syrie, l’ont sommée de se dénoncer et sont allés jusqu’à recommander sa mise à l’index.
Le Tribunal spécial pour le Liban, instauré par l’ONU le 30 mai 2007, est allé dans la même voie ; et l’on a même arrêté des responsables syriens, auteurs ou complices présumés de l’assassinat.
Sans prendre la peine de s’excuser de nous avoir induits en erreur, les mêmes nous disent aujourd’hui qu’il y a eu maldonne : non, ce n’est pas la Syrie, c’est le Hezbollah (parti chiite membre du gouvernement d’union nationale de Saad Hariri) qui a perpétré le meurtre.
On attend d’une semaine à l’autre que le tribunal aille plus loin, révèle des noms, demande des arrestations.
Que fera alors le Hezbollah ? Que diront ses parrains syriens et iraniens ? Comment se comporteront à son égard les Américains, les Israéliens et leurs alliés arabes, qui veulent la disparition de ce « parti de Dieu » ?
Le Liban résistera-t-il à la tempête qui s’annonce ?
2) Affaibli à l’intérieur, et même délégitimé, le régime iranien est aujourd’hui, en outre, isolé, sans autres amis extérieurs que la Turquie, le Brésil, le Sénégal et un ou deux autres pays… qui tous appliqueront à son encontre les sanctions décidées par l’ONU.
Ces sanctions et celles, beaucoup plus draconiennes, infligées par les États-Unis sont sévères, paralysantes, quoi qu’en dise le toujours bravache et provocateur Mahmoud Ahmadinejad, président mal inspiré de cet infortuné pays.
Elles sont complétées et aggravées par une guerre secrète multiforme dont le dernier avatar est l’attaque par virus informatique lancée par les États-Unis et Israël contre l’Iran.
C’est là une vraie guerre, non déclarée certes, mais qui provoquera, tôt ou tard, une réaction iranienne.
Pour compléter le tableau, ajoutons que l’encerclement et l’isolement de l’Iran ont été parachevés lorsque ses adversaires américains et israéliens ont obtenu de la Russie – par la pression (et par l’argent saoudien) – qu’elle annule la commande d’armes défensives (le missile antiaérien S-300) passée – et même payée – par Téhéran, qui en attendait avec impatience la livraison.
3) Mais cet étranglement de l’actuel régime iranien n’est que le premier volet, celui de l’action d’urgence, d’une stratégie qui couvre, elle, le long terme.
Elle me paraît diabolique, chargée de conséquences aussi graves que néfastes, et j’estime utile de la décrire alors qu’elle n’en est encore qu’à ses prémices.
En 1980, pour réduire la République islamique d’Iran, qui venait de renverser le shah, l’Occident a lancé contre elle le peu regretté Saddam Hussein. Il l’a armé, encouragé à envahir l’Iran, et a fait financer sa guerre de huit ans par ses alliés arabes.
Trente ans après, en 2010, les États-Unis et Israël n’ont pas eu à innover. Avec la complicité des mêmes dirigeants arabes, bis repetita placent, ils se chargent d’empêcher l’Iran de devenir une puissance nucléaire militaire. Mais il est déjà une redoutable puissance militaire conventionnelle, et même cela leur apparaît inacceptable.
Ils se sont donc dit ceci en substance : « Pour faire face à ce pays hostile et à la menace qu’il représente, quoi de mieux que d’armer à mort – mais avec leur propre argent ! – ses voisins arabes et de dresser contre ce grand pays musulman d’autres nations tout aussi musulmanes ?
Si l’on y parvient, on fera de ces régimes arabes des complices et des alliés, et on provoquera une guerre civile entre musulmans. Elle occupera ces trublions, les affaiblira et les rendra encore plus dépendants du tandem israélo-américain, maître de la région. »
C’est, à mon avis, le sens qu’il faut donner à l’annonce de la livraison par les États-Unis à quatre pays arabes voisins immédiats de l’Iran – avec l’approbation d’Israël – d’une fabuleuse commande d’armes conventionnelles pour la somme de 123 milliards de dollars, montant qui n’a jamais été même approché dans le passé (voir carte ci-dessous).
Les livraisons seront étalées sur quatre ans. Pour la seule Arabie saoudite (d’ici à 2014) :
– 84 avions de combat F-15/SA,
– le rééquipement et la modernisation de 70 appareils existants,
– 70 hélicoptères Black Hawk,
– 36 hélicoptères Little Bird AH-6,
– des bombes, des missiles, y compris la bombe guidée par GPS JDAM produite par Boeing et le missile guidé par laser Hellfire.

Quant aux États-Unis, ils feront d’une pierre au moins trois coups : ils « récupéreront » plusieurs dizaines de milliards de dollars, créeront chez eux des dizaines de milliers d’emplois pour plusieurs années et, par supplétifs arabes interposés, « fixeront » l’adversaire iranien.
L’opinion publique arabo-musulmane acceptera-t-elle sans réagir de voir certains de ses plus misérables dirigeants l’entraîner vers une nouvelle guerre civile entre sunnites et chiites ?
Les Américains et les Israéliens eux-mêmes ne risquent-ils pas de voir ce néomachiavélisme se retourner, à terme, contre eux, à la façon d’un boomerang ?
Les concepteurs de cette politique sont, à mon avis, de très mauvais stratèges qui mènent le Moyen-Orient vers de graves convulsions.
J’espère que quelque chose ou quelqu’un les empêchera de commettre cette nouvelle faute.
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