Quatre pour mille
lundi 18 octobre 2010 :: Divers :: #757 :: rss :: lu 3610 fois
L’indice Ibrahim s’améliore, lui, d’année en année et devient un instrument de mesure fiable. Il révèle qu’il y a, en réalité, plusieurs Afrique, en tout cas deux qui s’éloignent progressivement l’une de l’autre.
Commentant la situation du continent décrite dans l’indice de 2010, le Pr Paul Collier, de l’université d’Oxford, écrit très justement :
« L’indice Ibrahim met en valeur l’étendue des différences entre les 53 pays de ce vaste continent.
Du point de vue de la gouvernance, les meilleurs (les 4 pays ayant un score supérieur à 70) vivent sur une autre planète que les pires (les 11 pays ayant obtenu moins de 40).
Il n’y a rien d’“africain” dans la mauvaise gouvernance. Si les normes des meilleurs devenaient une généralité, le continent serait une région fort bien gouvernée.
La plupart des pays ont réussi à améliorer leur gouvernance, certains de manière importante. Il reste que la bonne gouvernance est un combat sans fin : dans 11 pays, il est en train d’être perdu, avec des normes qui se dégradent. »
L’indice Ibrahim 2010 montre qu’il y a, certes, des progrès économiques non négligeables – relevés et magnifiés par certains commentateurs –, mais aussi « une stagnation globale de la qualité de la gouvernance ».
L’ensemble du continent reçoit une note de 49 (sur 100), inférieure à la moyenne.
L’indice souligne que les pays dont le score a décliné au cours des cinq dernières années dans les domaines de la « sécurité et de la souveraineté du droit » ou de la « participation et des droits de l’homme » sont presque aussi nombreux que ceux dont le score s’est amélioré dans les domaines du « développement économique durable » et du « développement humain ».
35 États sur 53 ont enregistré un recul en matière de sécurité et de souveraineté du droit ; cinq de ces reculs sont significatifs. De manière générale, les citoyens africains se sentent moins en sécurité physiquement et moins autonomes politiquement qu’ils ne l’étaient en 2005.
Le progrès économique continu et le développement humain du continent contrastent avec la détérioration des performances nationales en matière de sécurité, de souveraineté du droit, de participation et de droits de l’homme.
Les auteurs de l’indice Ibrahim nous disent en somme : en économie, ça va un peu mieux ; mais, en politique, trop de pays africains stagnent ou même régressent.
Mo Ibrahim, fondateur de l’indice et président de la fondation qui finance cette belle initiative, a déclaré : « L’indice nous offre une image mitigée des progrès récents de la gouvernance sur le continent. Alors que de nombreux citoyens africains sont en meilleure santé et bénéficient davantage du développement économique qu’il y a cinq ans, un grand nombre d’entre eux vivent dans un environnement moins sûr et ont vu leurs droits politiques se restreindre. »
Dès le mois de juin dernier, il était d’ailleurs parvenu à un constat de carence : pour la deuxième année consécutive, la fondation qui « reconnaît et récompense l’excellence en matière de leadership politique en Afrique » n’avait pas trouvé de lauréat à distinguer et à récompenser !
Lisez :
« L’an dernier, le jury du prix Ibrahim avait annoncé qu’à la suite de l’examen approfondi des dossiers des candidats potentiels il n’avait pas été en mesure de retenir un lauréat. Cette année, le jury a indiqué qu’en l’absence de candidats nouveaux ou de développements significatifs aucun lauréat n’avait pu être identifié pour la seconde année consécutive.
Le prix est attribué à un ancien chef d’État élu démocratiquement dont le mandat s’est déroulé conformément aux échéances définies par la Constitution nationale, et s’est achevé au cours des trois dernières années.
Le prix Ibrahim s’élève à 5 millions de dollars, versés sur une période de dix ans, puis 200 000 dollars versés chaque année à vie. La fondation peut envisager l’attribution d’une dotation supplémentaire de 200 000 dollars par an sur une période de dix ans, destinés à des activités d’intérêt général soutenues par le lauréat.
Après Nelson Mandela, lauréat d’honneur, le premier chef d’État à avoir remporté le prix, en 2007, est Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, suivi, en 2008, de Festus Mogae, ancien président du Botswana.
Les critères fixés pour le prix sont exigeants et le nombre de candidats potentiels varie selon les années. Il n’est donc pas inattendu qu’il y ait des années sans prix.
L’Indice Ibrahim, qui mesure la performance des pays africains par le biais de plus de 80 indicateurs, montre que l’indice global de gouvernance s’améliore chaque année.
Pour autant, la fondation ne fait preuve d’aucune complaisance envers les normes de gouvernance en Afrique. Son objectif est d’améliorer la gouvernance et d’encourager un leadership de qualité en Afrique, et il est évident que bien des progrès restent à faire. »
L’indice Ibrahim note les 53 pays du continent africain selon leurs performances politiques, économiques et sociales ; il publie les notes et le classement qui en résulte. Le palmarès de 2010 est dans le tableau ci-dessous :
Je m’autorise un seul commentaire : vous me pardonnerez, je l’espère, de souligner qu’aucun grand ou moyen pays du continent ne figure parmi les quatre pays les mieux notés.
Les meilleurs pays africains sont trois petites îles bien au large du continent, dont deux… afro-asiatiques. Et le Botswana ? Il est méritant, mais compte moins de 2 millions d’habitants.
Les quatre pays les mieux gouvernés d’Afrique ne rassemblent, hélas, à eux quatre, que 3,8 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.
Pour un continent d’un milliard d’habitants, cela fait moins de quatre pour mille…
Il est toutefois permis d’espérer que cela bouge en Afrique de l’Ouest. Les deux élections présidentielles désormais programmées – Guinée : 24 octobre (second tour) ; Côte d’Ivoire : 31 octobre (premier tour) – devraient installer « une gouvernance de qualité et des dirigeants adéquats » dans les deux pays.
Si cela se réalise – mais cela n’est nullement assuré –, l’Indice Ibrahim de 2011 pourra enregistrer que 30 millions d’Africains de plus ont pris le bon chemin, celui d’une meilleure gouvernance.
Commentant la situation du continent décrite dans l’indice de 2010, le Pr Paul Collier, de l’université d’Oxford, écrit très justement :
« L’indice Ibrahim met en valeur l’étendue des différences entre les 53 pays de ce vaste continent.
Du point de vue de la gouvernance, les meilleurs (les 4 pays ayant un score supérieur à 70) vivent sur une autre planète que les pires (les 11 pays ayant obtenu moins de 40).
Il n’y a rien d’“africain” dans la mauvaise gouvernance. Si les normes des meilleurs devenaient une généralité, le continent serait une région fort bien gouvernée.
La plupart des pays ont réussi à améliorer leur gouvernance, certains de manière importante. Il reste que la bonne gouvernance est un combat sans fin : dans 11 pays, il est en train d’être perdu, avec des normes qui se dégradent. »
L’indice Ibrahim 2010 montre qu’il y a, certes, des progrès économiques non négligeables – relevés et magnifiés par certains commentateurs –, mais aussi « une stagnation globale de la qualité de la gouvernance ».
L’ensemble du continent reçoit une note de 49 (sur 100), inférieure à la moyenne.
L’indice souligne que les pays dont le score a décliné au cours des cinq dernières années dans les domaines de la « sécurité et de la souveraineté du droit » ou de la « participation et des droits de l’homme » sont presque aussi nombreux que ceux dont le score s’est amélioré dans les domaines du « développement économique durable » et du « développement humain ».
35 États sur 53 ont enregistré un recul en matière de sécurité et de souveraineté du droit ; cinq de ces reculs sont significatifs. De manière générale, les citoyens africains se sentent moins en sécurité physiquement et moins autonomes politiquement qu’ils ne l’étaient en 2005.
Le progrès économique continu et le développement humain du continent contrastent avec la détérioration des performances nationales en matière de sécurité, de souveraineté du droit, de participation et de droits de l’homme.
Les auteurs de l’indice Ibrahim nous disent en somme : en économie, ça va un peu mieux ; mais, en politique, trop de pays africains stagnent ou même régressent.
Mo Ibrahim, fondateur de l’indice et président de la fondation qui finance cette belle initiative, a déclaré : « L’indice nous offre une image mitigée des progrès récents de la gouvernance sur le continent. Alors que de nombreux citoyens africains sont en meilleure santé et bénéficient davantage du développement économique qu’il y a cinq ans, un grand nombre d’entre eux vivent dans un environnement moins sûr et ont vu leurs droits politiques se restreindre. »
Dès le mois de juin dernier, il était d’ailleurs parvenu à un constat de carence : pour la deuxième année consécutive, la fondation qui « reconnaît et récompense l’excellence en matière de leadership politique en Afrique » n’avait pas trouvé de lauréat à distinguer et à récompenser !
Lisez :
« L’an dernier, le jury du prix Ibrahim avait annoncé qu’à la suite de l’examen approfondi des dossiers des candidats potentiels il n’avait pas été en mesure de retenir un lauréat. Cette année, le jury a indiqué qu’en l’absence de candidats nouveaux ou de développements significatifs aucun lauréat n’avait pu être identifié pour la seconde année consécutive.
Le prix est attribué à un ancien chef d’État élu démocratiquement dont le mandat s’est déroulé conformément aux échéances définies par la Constitution nationale, et s’est achevé au cours des trois dernières années.
Le prix Ibrahim s’élève à 5 millions de dollars, versés sur une période de dix ans, puis 200 000 dollars versés chaque année à vie. La fondation peut envisager l’attribution d’une dotation supplémentaire de 200 000 dollars par an sur une période de dix ans, destinés à des activités d’intérêt général soutenues par le lauréat.
Après Nelson Mandela, lauréat d’honneur, le premier chef d’État à avoir remporté le prix, en 2007, est Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, suivi, en 2008, de Festus Mogae, ancien président du Botswana.
Les critères fixés pour le prix sont exigeants et le nombre de candidats potentiels varie selon les années. Il n’est donc pas inattendu qu’il y ait des années sans prix.
L’Indice Ibrahim, qui mesure la performance des pays africains par le biais de plus de 80 indicateurs, montre que l’indice global de gouvernance s’améliore chaque année.
Pour autant, la fondation ne fait preuve d’aucune complaisance envers les normes de gouvernance en Afrique. Son objectif est d’améliorer la gouvernance et d’encourager un leadership de qualité en Afrique, et il est évident que bien des progrès restent à faire. »
L’indice Ibrahim note les 53 pays du continent africain selon leurs performances politiques, économiques et sociales ; il publie les notes et le classement qui en résulte. Le palmarès de 2010 est dans le tableau ci-dessous :
Je m’autorise un seul commentaire : vous me pardonnerez, je l’espère, de souligner qu’aucun grand ou moyen pays du continent ne figure parmi les quatre pays les mieux notés.
Les meilleurs pays africains sont trois petites îles bien au large du continent, dont deux… afro-asiatiques. Et le Botswana ? Il est méritant, mais compte moins de 2 millions d’habitants.
Les quatre pays les mieux gouvernés d’Afrique ne rassemblent, hélas, à eux quatre, que 3,8 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.
Pour un continent d’un milliard d’habitants, cela fait moins de quatre pour mille…
Il est toutefois permis d’espérer que cela bouge en Afrique de l’Ouest. Les deux élections présidentielles désormais programmées – Guinée : 24 octobre (second tour) ; Côte d’Ivoire : 31 octobre (premier tour) – devraient installer « une gouvernance de qualité et des dirigeants adéquats » dans les deux pays.
Si cela se réalise – mais cela n’est nullement assuré –, l’Indice Ibrahim de 2011 pourra enregistrer que 30 millions d’Africains de plus ont pris le bon chemin, celui d’une meilleure gouvernance.
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