Le voici de retour sur le devant de la scène, pour un temps qu’on espère limité : sous le titre pompeux de ­Decision Points (Instants décisifs*), il vient de publier ses Mémoires d’ancien alcoolique et d’ex-chef de guerre.
Les médias écrits et audiovisuels ont largement rendu compte du contenu de ce livre de près de 500 pages, dans lequel Bush tente de justifier l’injustifiable.
À ce que vous avez déjà pu lire ou entendre, je voudrais ajouter le commentaire suivant.

Sans toujours le formuler explicitement, beaucoup reprochent aux Arabes et aux musulmans de ne pas condamner haut et fort les crimes qu’une minorité agissante d’entre eux commettent au nom de l’islam. De fait, le monde arabo-islamique, qu’il s’agisse de ses dirigeants, de ses institutions telles l’Organisation de la conférence islamique (OCI) et la Ligue arabe, ou de ses intellectuels, n’a pas été au premier rang de ceux qui ont condamné Ben Laden lorsqu’il s’est vanté d’avoir fait tuer, le 11 septembre 2001 à New York et Washington, près de trois mille personnes en quelques heures. Aujourd’hui encore, lorsque des terroristes islamistes commettent des attentats contre des civils, les musulmans ne se dissocient pas haut et fort de ces crimes et n’en condamnent pas les auteurs.
Trop peu d’intellectuels arabes ou musulmans se mobilisent, ne serait-ce que pour rédiger et publier une condamnation sans équivoque d’un acte de barbarie comme celui qu’Al-Qaïda vient de perpétrer en Irak contre des chrétiens, raison pour laquelle je reproduis à votre intention celle-ci :
« Les soussignés, intellectuels ou hommes et femmes de diverses fonctions, vivant en France et issus du monde musulman, s’élèvent avec indignation contre l’ignoble attentat commis par Al-Qaïda à Bagdad, le 31 octobre, dans la cathédrale Notre-Dame, où des Arabes chrétiens célébraient leur culte à la veille de la fête de la Toussaint. Ils rappellent à cette occasion que les Arabes chrétiens d’Irak sont parmi les plus anciennes communautés chrétiennes et ont fourni à l’Irak, en deux millénaires de présence sur le sol national, quelques-unes de ses plus grandes illustrations : penseurs, médecins, poètes, scientifiques, traducteurs, etc.
Al-Qaïda va désormais jusqu’à prétendre que l’assassinat d’un chrétien est un acte légitime. Outre leur indignation, les soussignés expriment leur mépris le plus total à l’égard d’assassins qui ignorent jusqu’à la sourate CIX du Coran, haute leçon de tolérance, qui, s’adressant aux “incrédules”, leur dit :
“Moi, je n’adore pas ce que vous adorez. Vous, vous n’adorez pas ce que j’adore. À vous votre religion ; à moi ma religion.”
Les soussignés espèrent que les autorités irakiennes déploieront tous les efforts nécessaires pour découvrir et châtier exemplairement les criminels, et prendront les mesures indispensables pour permettre à la communauté chrétienne d’Irak de vivre en toute sécurité dans son pays et d’y exercer librement sa foi. L’honneur de l’Irak est à ce prix. L’honneur de l’islam est à ce prix. »

Liste des signataires :
Leili Anvar, Institut national des langues et civilisations orientales ; Abd Al Malik, rappeur, écrivain ; Mohammad Ali Amir-Moezzi, École pratique des hautes études ; Salim Bachi, écrivain ; Ghaleb Bencheikh, écrivain, président de la Conférence mondiale des religions pour la paix ; Cheikh Khaled Bentounès, guide spirituel de la confrérie Alawiyya ; Rachid Benzine, Observatoire des religions d’Aix-en-Provence ; Karima Berger, écrivain ; Abdennour Bidar, philosophe, écrivain ; Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux ; Philippe Yacine Demaison, ancien président des Scouts musulmans de France ; Éric Geoffroy, université de Strasbourg ; Mohammed Kabbaj, président de la Fondation Esprit de Fès ; Maati Kabbal, journaliste-écrivain ; Abdellatif Laâbi, écrivain ; Tareq Oubrou, imam ; Michel Renard, chercheur ; Ysabel Saïah-Baudis, journaliste ; Djelloul Seddiki, directeur de l’Institut de théologie de la Grande Mosquée de Paris ; Faouzi Skali, écrivain, directeur général de la Fondation Esprit de Fès.


Victimes de ce terrorisme né chez eux et pratiqué par certains d’entre eux, les musulmans laissent aux autres la direction de la lutte contre ce fléau et la barbarie qu’il représente.
Ce qui me ramène à George W. Bush, dont les actes et la politique ont fourni à Al-Qaïda les arguments pour justifier ses crimes – ainsi qu’un grand nombre de recrues.
Voilà un responsable politique qui est l’exact pendant d’Oussama Ben Laden : comme le chef d’Al-Qaïda, l’ancien chef des États-Unis (et même du « monde libre ») reconnaît ses crimes et même s’en vante dans ce livre à sa gloire.
Il a envahi l’Irak, mais n’a trouvé aucune des armes de destruction massive que ses services prétendaient, à tort, avoir détectées et qui lui ont servi de « motif de guerre ». Il en est chagriné, dit-il, mais ne regrette pas sa décision et refuse de s’en excuser. Parce que « ce serait reconnaître qu’elle était mauvaise » (sic).
Pas un mot, autre que de circonstance, pour la centaine de milliers d’Irakiens, Américains et autres tués par sa guerre.
Il a autorisé la torture d’un « bien sûr, allez-y », et n’a, aujourd’hui encore, ni remords ni regrets : il le referait, sans états d’âme.
« J’ai pu faire ici et là quelques erreurs, mais je suis un homme satisfait », nous confie George W. Bush en conclusion de son livre.

Moi, ce cynisme béat m’indigne.
Pour la première fois depuis longtemps, voici un homme politique qui, dans un texte signé par lui, avoue qu’il a commis (et donné l’ordre de commettre) des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, qu’il a violé une dizaine de conventions internationales ainsi que la Constitution qu’il a juré de respecter et trahi les préceptes du livre saint sur lequel il a prêté serment.
Qu’attend-on pour l’inculper et le mettre en jugement ? S’il existe quelque part un tribunal de justice universelle, il doit se saisir du cas George W. Bush.
En balayant devant leur propre porte, les Occidentaux seront encore mieux fondés à exiger des Arabo-Musulmans une plus grande implication dans la lutte contre le terrorisme aveugle.
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* Publié sous ce titre en français par les éditions Plon.