Un exemple venu d'ailleurs...
lundi 6 décembre 2010 :: Pouvoir :: #762 :: rss :: lu 5849 fois
On se dit en tout cas qu’il est bien malaisé de se hisser jusqu’à la démocratie, d’en appliquer les règles et les lois – sans tricherie ni contournement.
Soyons lucides : c’est hélas ce que l’on constate à ce jour dans une majorité des pays africains et/ou arabes, dans quelques pauvres dictatures ou quasi-dictatures d’Amérique centrale, d’Asie et même d’Europe de l’Est, soit une centaine de pays en tout, où l’accession au pouvoir et la manière dont on le quitte sont régies par l’arbitraire, les rapports de force et le poids de l’argent.
Il y a cependant un très grand pays, qui n’est pas une démocratie, tant s’en faut, où ce problème de la dévolution du pouvoir a été très bien résolu.
Ce pays est gouverné depuis plus de soixante ans par un parti unique, communiste de surcroît. Dans cette contrée, il n’y a donc pas d’élections contradictoires et transparentes et il n’est pas question de le citer comme exemple de démocratie.
Mais après avoir traversé, à la fin des années 1970, une période de désordre, et en avoir souffert, les dirigeants du parti qui tient les rênes de ce pays ont élaboré dans le plus grand secret une formule qu’ils appliquent depuis trente ans, sans faille.
Elle a permis au Parti communiste chinois – car c’est de lui qu’il s’agit – de conserver le pouvoir, tout le pouvoir, et à ses dirigeants de se succéder sans heurt, avec la régularité d’un métronome.
Une très bonne source m’a expliqué la formule et en a disséqué pour moi les règles ; je me fais un plaisir de partager avec vous ce que j’ai appris.
D’abord, un rappel : l’année 1976 voit disparaître, dès le 11 janvier, Zhou Enlai, l’aristocrate numéro deux du pays, son inamovible Premier ministre, compagnon et, dit-on, souffre-douleur du fondateur, en 1949, de la République populaire, Mao Zedong.
Ce dernier, vieux et malade, comme l’était Zhou Enlai, et dont le pouvoir a été ébranlé tout au long des dix années précédentes (marquées par la sinistre Révolution culturelle) décède à son tour le 9 septembre.
La guerre de succession, qui faisait déjà rage, s’est alors amplifiée : on a parlé de la Bande des Quatre, du rôle néfaste de la femme de Mao, de néorévisionnistes, de la « tendance de gauche », de coup d’État militaire, etc. Des dirigeants furent jetés en prison, d’autres disparurent.
Le Parti finit par se ressaisir et par tenir son XIe congrès une année plus tard, du 12 au 18 août 1977, marqué par le retour du grand Deng Xiaoping, enfin réhabilité.
Celui-ci va mettre de l’ordre dans les affaires du Parti et du pays, et donner naissance, à partir de 1978, à la Chine de l’ère post-Mao, celle qui va s’ouvrir au monde, embrasser « l’économie socialiste de marché ».
C’est cette Chine-là, mise sur orbite par Deng Xiaoping avant son départ du pouvoir, en 1992, et sa mort, cinq ans plus tard, qui est redevenue, en trente ans – « les Trente Glorieuses » –, l’empire du Milieu, retrouvant la place qu’elle avait occupée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Et ce sont les disciples (et successeurs) de Deng Xiaoping qui ont élaboré et mis en œuvre la formule de pouvoir qui leur a permis de gouverner avec une belle efficacité un pays quatre à cinq fois plus peuplé que les États-Unis et dix fois plus que le Japon…
Cette formule est, comme vous allez en juger, confondante de simplicité.
Au sommet du pays, le pouvoir politique, économique et judiciaire est exercé par le Parti communiste chinois.
Au sein du Parti, ce pouvoir est réparti entre des organes bien connus, dont le Comité central, sorte de Parlement du Parti. Au centre et à la tête de l’édifice, un Comité permanent de neuf membres, dont le président (actuellement Hu Jintao) et le Premier ministre (actuellement Wen Jiabao).
Le président et le Premier ministre ne sont pas les chefs, seulement les premiers membres de ce comité et ses porte-parole. Le pouvoir des neuf est collégial et les décisions s’y prennent par consensus.
On sait donc, dès aujourd’hui, que Hu Jintao et Wen Jiabao s’en iront en 2012, mission terminée et second mandat achevé ; on connaît à l’avance leurs successeurs.
Aucun dirigeant ne peut en effet rester en place plus de dix ans (deux mandats de cinq ans). Aucun ne peut briguer un mandat s’il a plus de 75 ans ou si l’exercice de celui-ci le mène au-delà de cet âge fatidique.
Règles claires et simples auxquelles chacun se soumet, sous peine d’être exclu du système. Elles permettent d’accéder au pouvoir par cooptation, obligent à le quitter à l’échéance prévue, « sans un murmure ni un soupir ».
Si j’ai décrit ce système, dont le grand mérite est de bien fonctionner, c’est pour permettre la comparaison.
Les Chinois ne bénéficient certes pas des avantages de la démocratie : liberté d’expression, justice indépendante et large respect des droits de l’homme. On ne peut que leur souhaiter d’y venir.
Mais leur quasi-dictature, elle, fonctionne sans couacs ; libérés de l’obligation de se protéger, leurs dirigeants, eux, consacrent tout leur temps et toute leur attention à la bonne gestion des affaires du pays, charge qu’ils exercent pleinement.
Tandis que notre système, celui des cent pays où se tiennent des compétitions électorales contradictoires et plus ou moins transparentes, mais qui sont en réalité des quasi-dictatures, est bloqué, ou fonctionne cahin-caha.
Les dirigeants politiques de ces cent pays continuent de se chamailler et de manipuler les Constitutions afin de s’accrocher au pouvoir le plus longtemps possible.
Au mieux peut-on dire que ce sont là les maladies infantiles du passage de la quasi-dictature à la démocratie…
Soyons lucides : c’est hélas ce que l’on constate à ce jour dans une majorité des pays africains et/ou arabes, dans quelques pauvres dictatures ou quasi-dictatures d’Amérique centrale, d’Asie et même d’Europe de l’Est, soit une centaine de pays en tout, où l’accession au pouvoir et la manière dont on le quitte sont régies par l’arbitraire, les rapports de force et le poids de l’argent.
Il y a cependant un très grand pays, qui n’est pas une démocratie, tant s’en faut, où ce problème de la dévolution du pouvoir a été très bien résolu.
Ce pays est gouverné depuis plus de soixante ans par un parti unique, communiste de surcroît. Dans cette contrée, il n’y a donc pas d’élections contradictoires et transparentes et il n’est pas question de le citer comme exemple de démocratie.
Mais après avoir traversé, à la fin des années 1970, une période de désordre, et en avoir souffert, les dirigeants du parti qui tient les rênes de ce pays ont élaboré dans le plus grand secret une formule qu’ils appliquent depuis trente ans, sans faille.
Elle a permis au Parti communiste chinois – car c’est de lui qu’il s’agit – de conserver le pouvoir, tout le pouvoir, et à ses dirigeants de se succéder sans heurt, avec la régularité d’un métronome.
Une très bonne source m’a expliqué la formule et en a disséqué pour moi les règles ; je me fais un plaisir de partager avec vous ce que j’ai appris.
D’abord, un rappel : l’année 1976 voit disparaître, dès le 11 janvier, Zhou Enlai, l’aristocrate numéro deux du pays, son inamovible Premier ministre, compagnon et, dit-on, souffre-douleur du fondateur, en 1949, de la République populaire, Mao Zedong.
Ce dernier, vieux et malade, comme l’était Zhou Enlai, et dont le pouvoir a été ébranlé tout au long des dix années précédentes (marquées par la sinistre Révolution culturelle) décède à son tour le 9 septembre.
La guerre de succession, qui faisait déjà rage, s’est alors amplifiée : on a parlé de la Bande des Quatre, du rôle néfaste de la femme de Mao, de néorévisionnistes, de la « tendance de gauche », de coup d’État militaire, etc. Des dirigeants furent jetés en prison, d’autres disparurent.
Le Parti finit par se ressaisir et par tenir son XIe congrès une année plus tard, du 12 au 18 août 1977, marqué par le retour du grand Deng Xiaoping, enfin réhabilité.
Celui-ci va mettre de l’ordre dans les affaires du Parti et du pays, et donner naissance, à partir de 1978, à la Chine de l’ère post-Mao, celle qui va s’ouvrir au monde, embrasser « l’économie socialiste de marché ».
C’est cette Chine-là, mise sur orbite par Deng Xiaoping avant son départ du pouvoir, en 1992, et sa mort, cinq ans plus tard, qui est redevenue, en trente ans – « les Trente Glorieuses » –, l’empire du Milieu, retrouvant la place qu’elle avait occupée jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
Et ce sont les disciples (et successeurs) de Deng Xiaoping qui ont élaboré et mis en œuvre la formule de pouvoir qui leur a permis de gouverner avec une belle efficacité un pays quatre à cinq fois plus peuplé que les États-Unis et dix fois plus que le Japon…
Cette formule est, comme vous allez en juger, confondante de simplicité.
Au sommet du pays, le pouvoir politique, économique et judiciaire est exercé par le Parti communiste chinois.
Au sein du Parti, ce pouvoir est réparti entre des organes bien connus, dont le Comité central, sorte de Parlement du Parti. Au centre et à la tête de l’édifice, un Comité permanent de neuf membres, dont le président (actuellement Hu Jintao) et le Premier ministre (actuellement Wen Jiabao).
Le président et le Premier ministre ne sont pas les chefs, seulement les premiers membres de ce comité et ses porte-parole. Le pouvoir des neuf est collégial et les décisions s’y prennent par consensus.
On sait donc, dès aujourd’hui, que Hu Jintao et Wen Jiabao s’en iront en 2012, mission terminée et second mandat achevé ; on connaît à l’avance leurs successeurs.
Aucun dirigeant ne peut en effet rester en place plus de dix ans (deux mandats de cinq ans). Aucun ne peut briguer un mandat s’il a plus de 75 ans ou si l’exercice de celui-ci le mène au-delà de cet âge fatidique.
Règles claires et simples auxquelles chacun se soumet, sous peine d’être exclu du système. Elles permettent d’accéder au pouvoir par cooptation, obligent à le quitter à l’échéance prévue, « sans un murmure ni un soupir ».
Si j’ai décrit ce système, dont le grand mérite est de bien fonctionner, c’est pour permettre la comparaison.
Les Chinois ne bénéficient certes pas des avantages de la démocratie : liberté d’expression, justice indépendante et large respect des droits de l’homme. On ne peut que leur souhaiter d’y venir.
Mais leur quasi-dictature, elle, fonctionne sans couacs ; libérés de l’obligation de se protéger, leurs dirigeants, eux, consacrent tout leur temps et toute leur attention à la bonne gestion des affaires du pays, charge qu’ils exercent pleinement.
Tandis que notre système, celui des cent pays où se tiennent des compétitions électorales contradictoires et plus ou moins transparentes, mais qui sont en réalité des quasi-dictatures, est bloqué, ou fonctionne cahin-caha.
Les dirigeants politiques de ces cent pays continuent de se chamailler et de manipuler les Constitutions afin de s’accrocher au pouvoir le plus longtemps possible.
Au mieux peut-on dire que ce sont là les maladies infantiles du passage de la quasi-dictature à la démocratie…
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Quelques recommandations d’usage à l’attention des internautes
Vous voulez donner votre avis sur l’un des posts ? Rien de plus simple, tous les commentaires sont les bienvenus. Cependant, gardez à l'esprit que ces blogs font l'objet d’une modération régulière. Ce qui signifie que Jeuneafrique.com se réserve le droit de choisir les commentaires qui seront mis en ligne.
Bien évidemment, nul besoin de préciser que les posts hors-sujet ou injurieux ne seront pas publiés. A bon entendeur…
Suggestions
Si vous souhaitez nous faire part de vos suggestions concernant les blogs, n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante : blogs@jeuneafrique.com