Que faire ?
samedi 1 janvier 2011 :: Pouvoir :: #770 :: rss :: lu 6354 fois
Dans ce numéro de Jeune Afrique s’expriment nos journalistes et – vigoureusement – nos lecteurs, à qui nous avons tenu à donner la parole.
Ci-dessous, je vous donne mon analyse personnelle de cette nouvelle épreuve dont je pense connaître les protagonistes, ainsi que les tenants et les aboutissants. Mais je ne prétends pas pour autant détenir la vérité et ne fais que vous livrer mon sentiment, en toute honnêteté.
J’espère vous aider ainsi à arrêter votre propre position.
Dans mes précédents articles sur le sujet, fondés sur les informations dont je disposais, j’ai indiqué, avec suffisamment de clarté, qu’en accord avec tous les observateurs de l’élection, africains et non africains, j’avais la conviction absolue qu’Alassane Ouattara avait été élu au second tour président de la Côte d’Ivoire. Et qu’en refusant de s’incliner devant le verdict des urnes Laurent Gbagbo était devenu un usurpateur.
Rien de ce que nous avons appris depuis un mois ne m’a fait varier d’un iota dans ma conviction, et je n’ai aucun doute qu’une fois retombées les passions suscitées par le comportement de Laurent Gbagbo, cette vérité d’aujourd’hui deviendra la vérité historique.
Ici, je me dois de dire ceci : des intellectuels de très bon niveau, africains et non africains, respectables et désintéressés, bons connaisseurs de l’Afrique et de son personnel politique, ont été séduits par la démarche de Laurent Gbagbo.
Ils lui ont apporté leur soutien car sa résilience leur plaît autant que leur déplaisent les interventions de la communauté internationale.
Ceux d’entre nous qui ne les suivent pas ont cependant le devoir de les lire, de les écouter, de tenir compte de certains de leurs arguments.
L’Histoire nous départagera, mais j’ai appris au cours de ma longue carrière à ne pas penser que celui avec lequel je ne suis pas d’accord avait forcément tort, a fortiori tous les torts.
Que faire pour que la Côte d’Ivoire, au lieu de s’enfoncer dans la crise, prenne le chemin opposé ?
1) À ce stade de la crise – elle vient d’entrer dans son deuxième mois –, il ne me paraît pas utile de revenir sur la genèse de l’événement, ni d’en stigmatiser le ou les responsables. Ce qui a été dit et écrit depuis un mois permet à qui veut garder la tête froide d’approcher la vérité.
Et, de toute manière, le mal est fait. Il faut maintenant que les hommes de bonne volonté, de quelque bord qu’ils soient, fassent en sorte qu’il ne s’aggrave pas.
Pour le contenir d’abord, le réduire ensuite ; il faut calmer les passions, faire cesser les vociférations et les anathèmes.
On peut et on doit garder ses convictions, mais il faut que chacun modère l’expression de son parti pris.
2) La Côte d’Ivoire est au bord de la guerre civile. Le premier impératif qui incombe aux responsables ivoiriens de tous les milieux et de tous les niveaux est de déployer tous leurs efforts pour éviter le pas de plus qui l’y fera tomber.
Il y a déjà eu trop de violence et d’exactions : plus de deux cents morts en un mois, des centaines de blessés, des milliers de personnes déplacées.
Et une économie presque à l’arrêt, ce qui est source d’appauvrissement et de misère.
Il faut faire reculer ou cesser cette violence pour casser le cycle infernal qui mène à la guerre civile.
3) La querelle est ivoirienne et doit le rester. Des Ivoiriens l’ont voulue et déclenchée ; c’est aux Ivoiriens, dans leur ensemble, qu’incombe l’obligation de l’apaiser.
Il faut que la majorité de ceux qui ont voté pour Alassane Ouattara et le Rassemblement des houphouétistes se manifeste. Ils doivent confirmer leur vote par des actes. Et il est nécessaire que les rejoignent le maximum d’Ivoiriens désireux de faire sortir leur pays de la crise et de l’éloigner de la guerre civile.
Les soutiens extérieurs, africains et non africains, doivent demeurer et même s’affirmer. Mais en restant dans les limites de la légalité et des conventions internationales.
La Cedeao, dont fait partie la Côte d’Ivoire, a le devoir d’intervenir, d’utiliser les moyens dont elle dispose pour faire prévaloir ce que ses membres jugent conforme à leurs intérêts et aux valeurs qu’ils entendent défendre.
On peut aller jusqu’à évoquer une intervention armée et s’y préparer. Mais il faut tout faire, absolument tout, pour l’éviter, car elle serait dévastatrice et contre-productive.
4) Le président élu de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, et son gouvernement font face à la révolte d’une fraction de l’establishment politique du pays contre le processus qui a fait perdre le pouvoir à Laurent Gbagbo et à ses hommes.
Elle a su entraîner dans sa rébellion une partie de la Côte d’Ivoire et de son encadrement militaire, policier et administratif.
Retranchée dans des structures qu’elle occupe depuis dix ans, elle est difficile à déloger.
Le président ivoirien et son gouvernement doivent parvenir à isoler cette rébellion de la population, réduire les soutiens dont elle dispose, assécher ses moyens politiques, économiques, financiers.
Bien évidemment, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, et cela peut prendre du temps : ils se doivent de faire aussi vite que possible mais d’agir aussi patiemment que nécessaire.
Ils ne conserveront le large soutien africain et international dont ils bénéficient que s’ils prennent cette voie difficile – et s’y tiennent.
Une grande majorité d’Ivoiriens veulent que leur pays sorte de la crise, s’apaise et se remette enfin au travail. Leurs voisins le veulent tout autant.
Ce que les Ivoiriens attendent de leurs dirigeants, c’est qu’ils ramènent la paix et la sécurité. Celui d’entre ces dirigeants qui les entraînera vers la guerre perdra leur confiance, et la partie.
Je voudrais, pour ma part, terminer sur ce mot de sagesse que j’ai entendu cette semaine de la bouche d’un très grand Africain, chantre moderne du panafricanisme et bon connaisseur de la Côte d’Ivoire :
« Il se peut, m’a dit cet ami, que Laurent Gbagbo veuille finir en martyr. Il ne faut pas le lui permettre, car il ne le mérite pas… »
Ci-dessous, je vous donne mon analyse personnelle de cette nouvelle épreuve dont je pense connaître les protagonistes, ainsi que les tenants et les aboutissants. Mais je ne prétends pas pour autant détenir la vérité et ne fais que vous livrer mon sentiment, en toute honnêteté.
J’espère vous aider ainsi à arrêter votre propre position.
Dans mes précédents articles sur le sujet, fondés sur les informations dont je disposais, j’ai indiqué, avec suffisamment de clarté, qu’en accord avec tous les observateurs de l’élection, africains et non africains, j’avais la conviction absolue qu’Alassane Ouattara avait été élu au second tour président de la Côte d’Ivoire. Et qu’en refusant de s’incliner devant le verdict des urnes Laurent Gbagbo était devenu un usurpateur.
Rien de ce que nous avons appris depuis un mois ne m’a fait varier d’un iota dans ma conviction, et je n’ai aucun doute qu’une fois retombées les passions suscitées par le comportement de Laurent Gbagbo, cette vérité d’aujourd’hui deviendra la vérité historique.
Ici, je me dois de dire ceci : des intellectuels de très bon niveau, africains et non africains, respectables et désintéressés, bons connaisseurs de l’Afrique et de son personnel politique, ont été séduits par la démarche de Laurent Gbagbo.
Ils lui ont apporté leur soutien car sa résilience leur plaît autant que leur déplaisent les interventions de la communauté internationale.
Ceux d’entre nous qui ne les suivent pas ont cependant le devoir de les lire, de les écouter, de tenir compte de certains de leurs arguments.
L’Histoire nous départagera, mais j’ai appris au cours de ma longue carrière à ne pas penser que celui avec lequel je ne suis pas d’accord avait forcément tort, a fortiori tous les torts.
Que faire pour que la Côte d’Ivoire, au lieu de s’enfoncer dans la crise, prenne le chemin opposé ?
1) À ce stade de la crise – elle vient d’entrer dans son deuxième mois –, il ne me paraît pas utile de revenir sur la genèse de l’événement, ni d’en stigmatiser le ou les responsables. Ce qui a été dit et écrit depuis un mois permet à qui veut garder la tête froide d’approcher la vérité.
Et, de toute manière, le mal est fait. Il faut maintenant que les hommes de bonne volonté, de quelque bord qu’ils soient, fassent en sorte qu’il ne s’aggrave pas.
Pour le contenir d’abord, le réduire ensuite ; il faut calmer les passions, faire cesser les vociférations et les anathèmes.
On peut et on doit garder ses convictions, mais il faut que chacun modère l’expression de son parti pris.
2) La Côte d’Ivoire est au bord de la guerre civile. Le premier impératif qui incombe aux responsables ivoiriens de tous les milieux et de tous les niveaux est de déployer tous leurs efforts pour éviter le pas de plus qui l’y fera tomber.
Il y a déjà eu trop de violence et d’exactions : plus de deux cents morts en un mois, des centaines de blessés, des milliers de personnes déplacées.
Et une économie presque à l’arrêt, ce qui est source d’appauvrissement et de misère.
Il faut faire reculer ou cesser cette violence pour casser le cycle infernal qui mène à la guerre civile.
3) La querelle est ivoirienne et doit le rester. Des Ivoiriens l’ont voulue et déclenchée ; c’est aux Ivoiriens, dans leur ensemble, qu’incombe l’obligation de l’apaiser.
Il faut que la majorité de ceux qui ont voté pour Alassane Ouattara et le Rassemblement des houphouétistes se manifeste. Ils doivent confirmer leur vote par des actes. Et il est nécessaire que les rejoignent le maximum d’Ivoiriens désireux de faire sortir leur pays de la crise et de l’éloigner de la guerre civile.
Les soutiens extérieurs, africains et non africains, doivent demeurer et même s’affirmer. Mais en restant dans les limites de la légalité et des conventions internationales.
La Cedeao, dont fait partie la Côte d’Ivoire, a le devoir d’intervenir, d’utiliser les moyens dont elle dispose pour faire prévaloir ce que ses membres jugent conforme à leurs intérêts et aux valeurs qu’ils entendent défendre.
On peut aller jusqu’à évoquer une intervention armée et s’y préparer. Mais il faut tout faire, absolument tout, pour l’éviter, car elle serait dévastatrice et contre-productive.
4) Le président élu de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, et son gouvernement font face à la révolte d’une fraction de l’establishment politique du pays contre le processus qui a fait perdre le pouvoir à Laurent Gbagbo et à ses hommes.
Elle a su entraîner dans sa rébellion une partie de la Côte d’Ivoire et de son encadrement militaire, policier et administratif.
Retranchée dans des structures qu’elle occupe depuis dix ans, elle est difficile à déloger.
Le président ivoirien et son gouvernement doivent parvenir à isoler cette rébellion de la population, réduire les soutiens dont elle dispose, assécher ses moyens politiques, économiques, financiers.
Bien évidemment, c’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, et cela peut prendre du temps : ils se doivent de faire aussi vite que possible mais d’agir aussi patiemment que nécessaire.
Ils ne conserveront le large soutien africain et international dont ils bénéficient que s’ils prennent cette voie difficile – et s’y tiennent.
Une grande majorité d’Ivoiriens veulent que leur pays sorte de la crise, s’apaise et se remette enfin au travail. Leurs voisins le veulent tout autant.
Ce que les Ivoiriens attendent de leurs dirigeants, c’est qu’ils ramènent la paix et la sécurité. Celui d’entre ces dirigeants qui les entraînera vers la guerre perdra leur confiance, et la partie.
Je voudrais, pour ma part, terminer sur ce mot de sagesse que j’ai entendu cette semaine de la bouche d’un très grand Africain, chantre moderne du panafricanisme et bon connaisseur de la Côte d’Ivoire :
« Il se peut, m’a dit cet ami, que Laurent Gbagbo veuille finir en martyr. Il ne faut pas le lui permettre, car il ne le mérite pas… »
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