Fait assez rare dans le monde arabe pour mériter d’être signalé, les deux pays sont des États constitués depuis des siècles à l’intérieur de frontières stables, sûres et reconnues. Leurs classes politiques n’ont donc qu’une obligation : s’entendre, en quelques mois, sur un nouveau système de gouvernement.
Il devra être plus juste, démocratique, et, en tout état de cause, satisfaire aux aspirations à la modernité d’une jeunesse ardente, nombreuse, et qui, s’étant révélée capable d’abattre une dictature, restera vigilante et exigeante.
Laissons-les chercher la solution adéquate, faisons-leur confiance pour la trouver et soyons prêts à les aider en cas de besoin.

Pour l’heure, la tâche la plus importante – et la plus urgente – pour l’Union africaine et la Ligue arabe – que je trouve trop molles et trop distantes –, mais aussi pour la communauté internationale, lente à se mettre en action, est d’aider la Libye et la Côte d’Ivoire à se débarrasser, le plus vite possible, de Kaddafi et de Gbagbo.
Je sais qu’il peut paraître incongru de les mettre dans le même sac, d’appeler à la mobilisation de tous les moyens pour les mettre à l’écart et les empêcher ainsi de nuire.
Mais, croyez-moi, ces deux hommes qui s’accrochent au pouvoir sans aucune légitimité et pour les mêmes mauvaises raisons se ressemblent. L’un et l’autre sont devenus un danger mortel non seulement pour leur pays et ses voisins, mais aussi pour le reste du monde.
Jugez-en :
Ils ont à peu près le même âge et, l’un comme l’autre, un ego démesuré. Tous deux se sont glissés jusqu’au sommet de l’État par un acte d’audace et, une fois dans la place, ont, dans les replis de leur âme, décidé qu’ils ne la quitteraient jamais.
Quoi qu’il arrive et quelles que soient les conséquences pour leurs compatriotes ou leur région.
Dans l’exercice de la fonction, ils ont acquis – s’ils ne l’avaient déjà – un grain de folie et un dangereux savoir-faire.

Gbagbo a perdu sa légitimité le 28 novembre dernier à l’issue d’un scrutin qu’il était persuadé de gagner ; depuis plus de cent jours, il se maintient au pouvoir par la force et administre une partie de son pays avec l’aide de militaires et de civils séduits… par sa fortune.
Quant à Kaddafi, il a fini par susciter la révolte de la majorité des Libyens, exaspérés par ses foucades et les excès de son clan. Depuis un mois, il ne règne plus – par le fer – que sur l’ouest de son pays.

Gbagbo et Kaddafi ont attiré le malheur sur leurs pays, dont l’économie se disloque à vue d’œil. Les morts se comptent par centaines, voire par milliers, la plupart civils, les blessés par dizaines de milliers et les personnes déplacées, nationales et étrangères, par centaines de milliers.
L’un et l’autre se sont rebellés contre l’ordre démocratique et sont considérés par la communauté internationale comme des parias et des hommes nuisibles ; ils se sont mis hors la loi et ne contrôlent d’ailleurs plus que la capitale de leur pays, dont ils gaspillent l’argent en achat d’armes de mort et de destruction.
L’un perturbe par ses manigances le marché mondial du cacao, dont son pays est le principal exportateur ; l’autre désorganise celui du pétrole et du gaz, dont les prix flambent.
Chaque semaine qui passe avec Gbagbo et ­Kaddafi encore au pouvoir est un défi à la communauté internationale : elle les a condamnés, mais les tolère, se révélant incapable d’aider leurs peuples à s’en débarrasser.

Ceux qui comme nous suivent les deux situations de près sont en devoir de sonner l’alarme : la Côte d’Ivoire et toute l’Afrique de l’Ouest sont à la limite de ce qu’ils peuvent supporter sans craquer. Aux termes de sa charte, l’Union africaine est tenue d’intervenir pour protéger les populations des crimes contre l’humanité ordonnés par leurs dirigeants. Jusqu’ici, elle ne l’a pas fait ; sa prise de position du 10 mars est tardive et de surcroît insuffisante.
De leur côté, la Libye et ses voisins ont besoin d’une intervention rapide et efficace de la Ligue arabe et de l’Organisation de la conférence islamique (OCI). On l’attend toujours.
Les insurgés libyens ont déjà fait appel, d’autre part, à l’aide des Euro-Américains, qui la leur doivent, ne serait-ce que parce qu’ils n’ont pas peu fait pour enrichir Kaddafi, sa famille et son clan. Et pour les armer.

Tous ceux qui ont les moyens d’aider la Côte d’Ivoire et son gouvernement légal, les Libyens révoltés et ceux qui parlent en leur nom à se libérer de Gbagbo et de Kaddafi doivent le faire de toutes les manières possibles, calmement mais rapidement.
Cyniques et suicidaires, ces deux hommes ont perdu le sens des réalités : leur discours, que vous entendez comme nous, est devenu irrationnel, et les décisions qu’ils prennent et annoncent jour après jour en ont fait des clients pour la Cour pénale internationale.

Cela dit, c’est désormais en termes de jours, de quelques semaines tout au plus, qu’il faut raisonner.
L’objectif est simple : tout faire, absolument tout, pour qu’en Côte d’Ivoire comme en Libye la guerre civile, qui a déjà commencé, n’entre pas dans une phase incontrôlable, qu’elle ne devienne pas un abcès de fixation, voire un cancer qui menace de s’étendre de proche en proche. Pour cela, il faut et il suffit que Gbagbo et Kaddafi soient écartés du pouvoir.
Sans ménagement ni délai.

En passant du stade des condamnations et des sanctions à celui de l’action, la communauté internationale sauvera d’abord sa réputation : on ne pourra plus l’accuser de parler pour ne rien faire.
Et en ramenant la paix en Afrique de l’Ouest et en Afrique du Nord, elle supprimera les menaces qui pèsent sur la croissance économique mondiale et sauvegardera ainsi ses propres intérêts.