Constat de carence
samedi 19 mars 2011 :: Moyen-Orient :: #790 :: rss :: lu 3085 fois
Nous nous sentons très proches d’eux, tous autant que nous sommes, ce qui montre bien que notre planète est devenue un grand village.
Nous sommes mus à l’égard des Japonais par un élan de solidarité humaine et, en même temps, par l’égoïsme tout aussi humain qui est en chacun de nous : ce qui leur arrive ne risque-t-il pas de nous atteindre, où que nous soyons ?
Ces Japonais sont les seuls à avoir subi le feu nucléaire, en août 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale : il était américain et a rasé deux de leurs villes, Hiroshima et Nagasaki.
Après les deux bombes atomiques qui leur sont tombées sur la tête il y a plus de soixante-cinq ans, voici que le nucléaire civil leur explose entre les mains en 2011 : pensant l’avoir maîtrisé, ils en avaient fait l’une de leurs principales sources d’énergie…
On en vient à se demander si cette nation n’est pas victime d’une malédiction nucléaire. Marquons-lui notre solidarité et souhaitons-lui de l’exorciser.
J’en viens à l’actualité africaine : le bon y côtoie le très mauvais. Je commence par le bon, et c’est la République nigérienne qui nous le donne.
Au Niger, les Africains ont engrangé, le 12 mars, un beau succès pour la démocratie, quelques mois après celui enregistré en Guinée à la fin de 2010.
La transition militaire a été courte et, tenant ses promesses, elle a conduit à un scrutin qui n’a été marqué par aucun accroc ; les Nigériens ont élu, au deuxième tour, un président : Mahamadou Issoufou, qui a rassemblé 58 % des voix. Son adversaire, Seini Oumarou, a jugé superflu tout recours, et s’est incliné avec élégance devant un résultat aussi net.
Le Niger et la Guinée sont les voisins de cette Côte d’Ivoire où un certain Laurent Gbagbo s’obstine à refuser le verdict des urnes.
J’en viens donc au très mauvais, personnifié par les mêmes Kaddafi et Gbagbo, dont les crimes font de plus en plus de victimes parmi les Libyens et les Ivoiriens.
La Cour pénale internationale (CPI) tarde à se saisir de ces crimes de guerre et/ou contre l’humanité.
La communauté internationale réprouve et condamne ces actes, mais ne parvient ni à les empêcher ni à mettre leurs auteurs hors d’état de nuire.
Au sein de cette communauté, les Euro-Américains ont la volonté d’agir : leurs valeurs les appellent à le faire et il est de leur intérêt d’intervenir. Mais ils n’ont pas réussi à s’entendre sur les moyens, et ont rechigné à s’engager militairement et financièrement : ils craignent de s’embourber dans une nouvelle expédition armée, de s’exposer aux critiques, ou bien encore de se trouver prisonniers d’inextricables guerres civiles. On peut les comprendre.
Par ailleurs, ils ne sont parvenus à lever les objections de la Russie et de la Chine, dont l’accord (ou l’abstention) est nécessaire pour obtenir un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, que tardivement.
Pour intervenir en Libye contre Kaddafi, pas encore en Côte d’Ivoire pour la libérer de Gbagbo.
Mais les dirigeants arabo-africains, eux, que font-ils pendant ce temps ? Rien ou presque, et l’on se doit de stigmatiser ce que j’appellerai, en pesant mes mots, leur passivité criminelle.
1) Depuis plus de soixante ans qu’elle existe, la Ligue des États arabes n’a jamais fait ou dit quoi que ce soit pour retenir les dirigeants des pays qui la composent d’opprimer leurs peuples.
Son secrétaire général, Amr Moussa (en poste depuis dix ans), ne s’est exprimé sur les sujets de la liberté et de la démocratie que tout récemment, après que les révolutions tunisienne et égyptienne eurent réussi à abattre la dictature.
Le départ de Hosni Moubarak a ouvert devant l’homme politique égyptien qu’est Amr Moussa la perspective de se faire élire à la présidence de son pays : on l’a alors entendu, pour la première fois, condamner les excès du colonel Kaddafi.
Il le reconnaît (et s’en vante) dans une interview au Der Spiegel du 16 mars : « Pour la première fois de son histoire, la Ligue a suspendu un pays membre pour des excès de son gouvernement contre son peuple. Nous avons condamné Kaddafi et exprimé notre solidarité avec les Libyens. »
La Ligue a donc exclu le contre-révolutionnaire libyen de ses rangs. Mais il a fallu une forte pression américaine pour qu’elle donne son accord aux Euro-Américains pour imposer une zone d’exclusion aérienne et empêcher ainsi Kaddafi d’utiliser son aviation contre la population.
Mais où était l’action de la Ligue, de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), d’un autre dirigeant arabe ou musulman auprès de la Chine, ou de la Russie, pour leur demander d’abandonner leur attitude d’obstruction à l’ONU ?
Pourquoi ont-ils tous laissé – Turquie incluse – cette charge sur les épaules des Euro-Américains ?
Pourquoi est-il revenu à ces Euro-Américains de dire son fait à Kaddafi et de limiter ses méfaits ? Cela a été leur honneur et pour les dirigeants arabes une indignité.
Ils étaient pourtant les plus qualifiés et les plus légitimes pour accomplir ce devoir.
2) Il en va de même pour l’Union africaine (UA) et le président de sa commission, Jean Ping. Ils n’ont jamais dit un mot pour se féliciter, fût-ce indirectement, de l’avènement de la démocratie en Tunisie et en Égypte, États membres de l’Union.
Ils ont mis trois mois pour en arriver à dire à Gbagbo – après tout le monde – qu’il avait perdu les élections et à Ouattara qu’il était bien, depuis le début du mois de décembre, le président de la Côte d’Ivoire.
Mais, là encore, pourquoi le président de l’UA et celui de la Cedeao ne sont-ils pas allés à Moscou et à Pékin, séparément ou ensemble, demander aux dirigeants de ces deux pays d’aider par leur vote (ou leur abstention) aux Nations unies à mettre un terme à l’usurpation par Gbagbo du titre et de la fonction de président de la Côte d’Ivoire ? Qu’attendent-ils pour le faire et en finir ainsi avec ce malheur que subit toute l’Afrique de l’Ouest et dont souffrent des millions d’Africains ?
Passivité, carence, habitude de ne pas se sentir responsable des malheurs dont souffrent leurs peuples. Cette situation dans laquelle se complaisent les dirigeants arabo-africains ou musulmans ne peut pas et ne doit pas se prolonger indéfiniment.
Ne les laissons pas continuer à se laver les mains des problèmes créés par certains d’entre eux et à penser que c’est aux Euro-Américains de les résoudre à leur place !
Leur carence a été une aubaine pour Kaddafi ; c’est grâce à eux qu’il a, pour le moment, conservé sa mainmise sur plus de la moitié de la Libye. Et c’est à cause d’eux que nous n’en avons pas fini avec lui. Quant à Gbagbo, il a toujours su qu’il n’avait pas grand-chose à craindre de l’Union africaine et même de la Cedeao.
Nous sommes mus à l’égard des Japonais par un élan de solidarité humaine et, en même temps, par l’égoïsme tout aussi humain qui est en chacun de nous : ce qui leur arrive ne risque-t-il pas de nous atteindre, où que nous soyons ?
Ces Japonais sont les seuls à avoir subi le feu nucléaire, en août 1945, à la fin de la Seconde Guerre mondiale : il était américain et a rasé deux de leurs villes, Hiroshima et Nagasaki.
Après les deux bombes atomiques qui leur sont tombées sur la tête il y a plus de soixante-cinq ans, voici que le nucléaire civil leur explose entre les mains en 2011 : pensant l’avoir maîtrisé, ils en avaient fait l’une de leurs principales sources d’énergie…
On en vient à se demander si cette nation n’est pas victime d’une malédiction nucléaire. Marquons-lui notre solidarité et souhaitons-lui de l’exorciser.
J’en viens à l’actualité africaine : le bon y côtoie le très mauvais. Je commence par le bon, et c’est la République nigérienne qui nous le donne.
Au Niger, les Africains ont engrangé, le 12 mars, un beau succès pour la démocratie, quelques mois après celui enregistré en Guinée à la fin de 2010.
La transition militaire a été courte et, tenant ses promesses, elle a conduit à un scrutin qui n’a été marqué par aucun accroc ; les Nigériens ont élu, au deuxième tour, un président : Mahamadou Issoufou, qui a rassemblé 58 % des voix. Son adversaire, Seini Oumarou, a jugé superflu tout recours, et s’est incliné avec élégance devant un résultat aussi net.
Le Niger et la Guinée sont les voisins de cette Côte d’Ivoire où un certain Laurent Gbagbo s’obstine à refuser le verdict des urnes.
J’en viens donc au très mauvais, personnifié par les mêmes Kaddafi et Gbagbo, dont les crimes font de plus en plus de victimes parmi les Libyens et les Ivoiriens.
La Cour pénale internationale (CPI) tarde à se saisir de ces crimes de guerre et/ou contre l’humanité.
La communauté internationale réprouve et condamne ces actes, mais ne parvient ni à les empêcher ni à mettre leurs auteurs hors d’état de nuire.
Au sein de cette communauté, les Euro-Américains ont la volonté d’agir : leurs valeurs les appellent à le faire et il est de leur intérêt d’intervenir. Mais ils n’ont pas réussi à s’entendre sur les moyens, et ont rechigné à s’engager militairement et financièrement : ils craignent de s’embourber dans une nouvelle expédition armée, de s’exposer aux critiques, ou bien encore de se trouver prisonniers d’inextricables guerres civiles. On peut les comprendre.
Par ailleurs, ils ne sont parvenus à lever les objections de la Russie et de la Chine, dont l’accord (ou l’abstention) est nécessaire pour obtenir un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, que tardivement.
Pour intervenir en Libye contre Kaddafi, pas encore en Côte d’Ivoire pour la libérer de Gbagbo.
Mais les dirigeants arabo-africains, eux, que font-ils pendant ce temps ? Rien ou presque, et l’on se doit de stigmatiser ce que j’appellerai, en pesant mes mots, leur passivité criminelle.
1) Depuis plus de soixante ans qu’elle existe, la Ligue des États arabes n’a jamais fait ou dit quoi que ce soit pour retenir les dirigeants des pays qui la composent d’opprimer leurs peuples.
Son secrétaire général, Amr Moussa (en poste depuis dix ans), ne s’est exprimé sur les sujets de la liberté et de la démocratie que tout récemment, après que les révolutions tunisienne et égyptienne eurent réussi à abattre la dictature.
Le départ de Hosni Moubarak a ouvert devant l’homme politique égyptien qu’est Amr Moussa la perspective de se faire élire à la présidence de son pays : on l’a alors entendu, pour la première fois, condamner les excès du colonel Kaddafi.
Il le reconnaît (et s’en vante) dans une interview au Der Spiegel du 16 mars : « Pour la première fois de son histoire, la Ligue a suspendu un pays membre pour des excès de son gouvernement contre son peuple. Nous avons condamné Kaddafi et exprimé notre solidarité avec les Libyens. »
La Ligue a donc exclu le contre-révolutionnaire libyen de ses rangs. Mais il a fallu une forte pression américaine pour qu’elle donne son accord aux Euro-Américains pour imposer une zone d’exclusion aérienne et empêcher ainsi Kaddafi d’utiliser son aviation contre la population.
Mais où était l’action de la Ligue, de l’Organisation de la conférence islamique (OCI), d’un autre dirigeant arabe ou musulman auprès de la Chine, ou de la Russie, pour leur demander d’abandonner leur attitude d’obstruction à l’ONU ?
Pourquoi ont-ils tous laissé – Turquie incluse – cette charge sur les épaules des Euro-Américains ?
Pourquoi est-il revenu à ces Euro-Américains de dire son fait à Kaddafi et de limiter ses méfaits ? Cela a été leur honneur et pour les dirigeants arabes une indignité.
Ils étaient pourtant les plus qualifiés et les plus légitimes pour accomplir ce devoir.
2) Il en va de même pour l’Union africaine (UA) et le président de sa commission, Jean Ping. Ils n’ont jamais dit un mot pour se féliciter, fût-ce indirectement, de l’avènement de la démocratie en Tunisie et en Égypte, États membres de l’Union.
Ils ont mis trois mois pour en arriver à dire à Gbagbo – après tout le monde – qu’il avait perdu les élections et à Ouattara qu’il était bien, depuis le début du mois de décembre, le président de la Côte d’Ivoire.
Mais, là encore, pourquoi le président de l’UA et celui de la Cedeao ne sont-ils pas allés à Moscou et à Pékin, séparément ou ensemble, demander aux dirigeants de ces deux pays d’aider par leur vote (ou leur abstention) aux Nations unies à mettre un terme à l’usurpation par Gbagbo du titre et de la fonction de président de la Côte d’Ivoire ? Qu’attendent-ils pour le faire et en finir ainsi avec ce malheur que subit toute l’Afrique de l’Ouest et dont souffrent des millions d’Africains ?
Passivité, carence, habitude de ne pas se sentir responsable des malheurs dont souffrent leurs peuples. Cette situation dans laquelle se complaisent les dirigeants arabo-africains ou musulmans ne peut pas et ne doit pas se prolonger indéfiniment.
Ne les laissons pas continuer à se laver les mains des problèmes créés par certains d’entre eux et à penser que c’est aux Euro-Américains de les résoudre à leur place !
Leur carence a été une aubaine pour Kaddafi ; c’est grâce à eux qu’il a, pour le moment, conservé sa mainmise sur plus de la moitié de la Libye. Et c’est à cause d’eux que nous n’en avons pas fini avec lui. Quant à Gbagbo, il a toujours su qu’il n’avait pas grand-chose à craindre de l’Union africaine et même de la Cedeao.
Commentaires
Aucun commentaire pour le moment.
Ajouter un commentaire
Quelques recommandations d’usage à l’attention des internautes
Vous voulez donner votre avis sur l’un des posts ? Rien de plus simple, tous les commentaires sont les bienvenus. Cependant, gardez à l'esprit que ces blogs font l'objet d’une modération régulière. Ce qui signifie que Jeuneafrique.com se réserve le droit de choisir les commentaires qui seront mis en ligne.
Bien évidemment, nul besoin de préciser que les posts hors-sujet ou injurieux ne seront pas publiés. A bon entendeur…
Suggestions
Si vous souhaitez nous faire part de vos suggestions concernant les blogs, n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante : blogs@jeuneafrique.com