Regard vers l'avenir
lundi 27 juin 2011 :: Pouvoir :: #812 :: rss :: lu 3507 fois
C’est bien plus difficile, et même hasardeux. Mais, vous le verrez, cela peut en valoir la peine.
Il ne s’agit, bien entendu, ni de « lire dans le marc de café » ni de sortir de mon chapeau je ne sais quelle prévision. Je me propose seulement d’indiquer la direction dans laquelle, à mon avis, vont évoluer quelques-unes des grandes questions internationales du moment.
Je m’intéresserai à celles qui nous concernent le plus parce que la manière dont elles vont évoluer ou, pour certaines, se dénouer aura des conséquences pour nous. Mais, par manque d’espace, je ne pourrai en évoquer que deux dans cette livraison, laissant les autres à de prochaines semaines.
1) La Russie. Même si elle n’est que l’ombre de ce qu’a été l’URSS, dont elle est l’héritière depuis 1991, la Russie reste une grande puissance économique et militaire. Dotée de l’arme nucléaire, elle est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et dispose d’un droit de veto.
Elle a pour particularité – c’est même, à ma connaissance, un cas unique – d’être gouvernée par le plus curieux des attelages.
Il s’agit en fait d’un tandem.
Un jeune président élu en 2008 et rééligible en mars de l’année prochaine pour quatre ans, Dmitri Medvedev. Il a nommé comme Premier ministre Vladimir Poutine qui… l’avait choisi comme président et fait élire.
Contrôlant solidement le parti majoritaire, Poutine tient les principaux leviers du pouvoir, ne laissant au président que les affaires étrangères et « le ministère de la parole ».
Medvedev ne cache pas son souhait de rempiler en 2012 pour un nouveau mandat de quatre ans : le second et dernier permis par la Constitution.
Un Premier ministre, Vladimir Poutine, 58 ans, qui, pour ne pas modifier la Constitution, a cédé la présidence il y a trois ans à Medvedev, mais il peut, s’il le souhaite, se présenter à l’élection prévue pour mars 2012 et, selon toute vraisemblance, occuper la fonction une seconde fois pour deux mandats successifs de quatre ans chacun.
Dans ce cas, Medvedev, qui est jeune (45 ans), démocrate et libéral, en serait écarté pour quatre ou huit ans, voire pour toujours.
Ce grand pays eurasiatique aurait ainsi à sa tête, en la personne de Vladimir Poutine, un nationaliste russe et un homme à poigne pour lequel la démocratie et les élections sont l’hommage que le vice rend à la vertu.
Qui sera, à partir de 2012, le président de la Russie ? Medvedev ou Poutine ? Le démocrate libéral de 45 ans ou le nationaliste et l’homme à poigne de 58 ans ? On se pose la question en Russie et dans le reste du monde. Je pense que Medvedev lui-même ne connaît pas la réponse : il se demande, non sans anxiété, si Poutine lui laissera la place ou s’il voudra la reprendre.
Nous n’aurons une réponse claire et définitive que dans cinq ou six mois, lors du dépôt des candidatures, juste avant que ne commence, au début de 2012, la campagne électorale.
Mais, pour ma part, ayant entendu le discours prononcé par Vladimir Poutine, ce 15 juin à Genève, devant la 100e session de la Conférence internationale du travail, je pense qu’on peut l’interpréter comme celui d’un homme qui veut être le président de son pays pour les huit ans qui viennent.
L’homme qui a déclaré le 15 juin que « la Russie vise à devenir la cinquième économie mondiale dans les dix ans et, pour ce faire, doublera le revenu par habitant pour le porter de 19 700 dollars à 35 000 dollars » devrait, à mon avis, vouloir présider à cet accomplissement.
Confirmation attendue d’ici à décembre prochain.
2) Le deuxième changement à venir concerne le milliard d’Africains. Pour ce changement à la tête de l’Union africaine (UA), il n’y a malheureusement pas d’échéance proche. Et pourtant, il y a urgence.
D’abord parce que le financement de l’Union, qui, jusqu’à récemment, était assuré à hauteur de 75 % par cinq pays africains importants et/ou riches *, dont la Libye, ne l’est plus depuis que le pays de Kaddafi est devenu un objet de débat, et même une pomme de discorde.
Ensuite parce que le président de la Commission n’a pas d’autorité sur les commissaires : élus comme lui, ils se sentent investis de la même légitimité.
Enfin parce que l’actuel président de la Commission a une conception de son rôle et de celui de l’Union qui conduit l’institution à l’inefficacité et même à l’incohérence.
Cette Union africaine a été conçue sur le modèle de l’Union européenne (UE), qui, elle, s’est patiemment édifiée en un demi-siècle, pierre par pierre, sans jamais cesser de s’approfondir et de s’élargir.
Sauf à récupérer les îles qu’on lui a prises, son homologue africaine ne peut pas s’élargir puisque les 53 ou 54 pays du continent en sont (presque) tous membres. Mais elle ne s’approfondit pas non plus et ne progresse pas.
Sauf sur le plan démographique.
Face à une Europe vieillissante, dont la population décline, l’Afrique aborde en effet les décennies où elle va connaître la croissance démographique la plus forte de tous les continents et de toute l’Histoire. Selon les prévisions, elle devrait passer de 1 milliard d’habitants aujourd’hui à 2,2 milliards en 2050.â
Au sortir de la dernière guerre, l’Europe était trois fois plus peuplée que sa voisine africaine. En tout juste un siècle, le rapport se sera inversé, puisque c’est l’Afrique qui, en 2050, sera trois fois plus peuplée que l’Europe.
C’est là un énorme problème aux conséquences multiples dont il faut s’occuper d’ores et déjà, même s’il ne se posera que progressivement, mais selon un redoutable crescendo.
L’Afrique et l’Europe sont partenaires et voisines. Il leur faut, dès à présent, disposer de part et d’autre de la Méditerranée d’institutions à même de gérer ce changement révolutionnaire de leurs démographies.
* L'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Egypte, la Libye et le Nigeria à parts égales (15 %).
Il ne s’agit, bien entendu, ni de « lire dans le marc de café » ni de sortir de mon chapeau je ne sais quelle prévision. Je me propose seulement d’indiquer la direction dans laquelle, à mon avis, vont évoluer quelques-unes des grandes questions internationales du moment.
Je m’intéresserai à celles qui nous concernent le plus parce que la manière dont elles vont évoluer ou, pour certaines, se dénouer aura des conséquences pour nous. Mais, par manque d’espace, je ne pourrai en évoquer que deux dans cette livraison, laissant les autres à de prochaines semaines.
1) La Russie. Même si elle n’est que l’ombre de ce qu’a été l’URSS, dont elle est l’héritière depuis 1991, la Russie reste une grande puissance économique et militaire. Dotée de l’arme nucléaire, elle est membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et dispose d’un droit de veto.
Elle a pour particularité – c’est même, à ma connaissance, un cas unique – d’être gouvernée par le plus curieux des attelages.
Il s’agit en fait d’un tandem.
Un jeune président élu en 2008 et rééligible en mars de l’année prochaine pour quatre ans, Dmitri Medvedev. Il a nommé comme Premier ministre Vladimir Poutine qui… l’avait choisi comme président et fait élire.
Contrôlant solidement le parti majoritaire, Poutine tient les principaux leviers du pouvoir, ne laissant au président que les affaires étrangères et « le ministère de la parole ».
Medvedev ne cache pas son souhait de rempiler en 2012 pour un nouveau mandat de quatre ans : le second et dernier permis par la Constitution.
Un Premier ministre, Vladimir Poutine, 58 ans, qui, pour ne pas modifier la Constitution, a cédé la présidence il y a trois ans à Medvedev, mais il peut, s’il le souhaite, se présenter à l’élection prévue pour mars 2012 et, selon toute vraisemblance, occuper la fonction une seconde fois pour deux mandats successifs de quatre ans chacun.
Dans ce cas, Medvedev, qui est jeune (45 ans), démocrate et libéral, en serait écarté pour quatre ou huit ans, voire pour toujours.
Ce grand pays eurasiatique aurait ainsi à sa tête, en la personne de Vladimir Poutine, un nationaliste russe et un homme à poigne pour lequel la démocratie et les élections sont l’hommage que le vice rend à la vertu.
Qui sera, à partir de 2012, le président de la Russie ? Medvedev ou Poutine ? Le démocrate libéral de 45 ans ou le nationaliste et l’homme à poigne de 58 ans ? On se pose la question en Russie et dans le reste du monde. Je pense que Medvedev lui-même ne connaît pas la réponse : il se demande, non sans anxiété, si Poutine lui laissera la place ou s’il voudra la reprendre.
Nous n’aurons une réponse claire et définitive que dans cinq ou six mois, lors du dépôt des candidatures, juste avant que ne commence, au début de 2012, la campagne électorale.
Mais, pour ma part, ayant entendu le discours prononcé par Vladimir Poutine, ce 15 juin à Genève, devant la 100e session de la Conférence internationale du travail, je pense qu’on peut l’interpréter comme celui d’un homme qui veut être le président de son pays pour les huit ans qui viennent.
L’homme qui a déclaré le 15 juin que « la Russie vise à devenir la cinquième économie mondiale dans les dix ans et, pour ce faire, doublera le revenu par habitant pour le porter de 19 700 dollars à 35 000 dollars » devrait, à mon avis, vouloir présider à cet accomplissement.
Confirmation attendue d’ici à décembre prochain.
2) Le deuxième changement à venir concerne le milliard d’Africains. Pour ce changement à la tête de l’Union africaine (UA), il n’y a malheureusement pas d’échéance proche. Et pourtant, il y a urgence.
D’abord parce que le financement de l’Union, qui, jusqu’à récemment, était assuré à hauteur de 75 % par cinq pays africains importants et/ou riches *, dont la Libye, ne l’est plus depuis que le pays de Kaddafi est devenu un objet de débat, et même une pomme de discorde.
Ensuite parce que le président de la Commission n’a pas d’autorité sur les commissaires : élus comme lui, ils se sentent investis de la même légitimité.
Enfin parce que l’actuel président de la Commission a une conception de son rôle et de celui de l’Union qui conduit l’institution à l’inefficacité et même à l’incohérence.
Cette Union africaine a été conçue sur le modèle de l’Union européenne (UE), qui, elle, s’est patiemment édifiée en un demi-siècle, pierre par pierre, sans jamais cesser de s’approfondir et de s’élargir.
Sauf à récupérer les îles qu’on lui a prises, son homologue africaine ne peut pas s’élargir puisque les 53 ou 54 pays du continent en sont (presque) tous membres. Mais elle ne s’approfondit pas non plus et ne progresse pas.
Sauf sur le plan démographique.
Face à une Europe vieillissante, dont la population décline, l’Afrique aborde en effet les décennies où elle va connaître la croissance démographique la plus forte de tous les continents et de toute l’Histoire. Selon les prévisions, elle devrait passer de 1 milliard d’habitants aujourd’hui à 2,2 milliards en 2050.â
Au sortir de la dernière guerre, l’Europe était trois fois plus peuplée que sa voisine africaine. En tout juste un siècle, le rapport se sera inversé, puisque c’est l’Afrique qui, en 2050, sera trois fois plus peuplée que l’Europe.
C’est là un énorme problème aux conséquences multiples dont il faut s’occuper d’ores et déjà, même s’il ne se posera que progressivement, mais selon un redoutable crescendo.
L’Afrique et l’Europe sont partenaires et voisines. Il leur faut, dès à présent, disposer de part et d’autre de la Méditerranée d’institutions à même de gérer ce changement révolutionnaire de leurs démographies.
* L'Afrique du Sud, l'Algérie, l'Egypte, la Libye et le Nigeria à parts égales (15 %).
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