1- Nous en savons un peu plus sur l’étonnant fait divers international qui a éclaté à New York à la mi-mai et au cœur duquel se trouve Dominique Strauss-Kahn, alors directeur général du Fonds monétaire international (FMI).
À un an de sa probable élection comme président de la République française, il a été accusé par la justice new-yorkaise d’agression sexuelle et de viol sur la personne d’une Africaine, Nafissatou Diallo, femme de chambre au Sofitel de New York.
Il a été arrêté le jour même de l’acte présumé et les téléspectateurs du monde entier ont pu voir les images de cet homme tout-puissant, vedette des conférences internationales, conduit en prison, menottes aux poignets.
Ils en ont été médusés.

Si l’événement et les images ont frappé les esprits à ce point, c’est « parce qu’on a eu l’impression, a écrit fort justement Maylis de Kerangal (1), d’être en face de deux archétypes qui s’affrontent de manière frontale : homme/femme ; Blanc/Noire ; juif/musulmane ; puissant/pauvre. Il existe une dissymétrie radicale entre ces deux figures ».
Cette dissymétrie sera la dominante d’un procès dont les péripéties et les joutes entre les avocats des deux parties nous tiendront en haleine jusqu’au verdict, prévu pour la fin de l’année.
D’ici là, sachons calme et raison garder ; méfions-nous des effets de manches et des « coups de théâtre » : il y en aura des vrais, mais aussi des faux.
Si la justice parvient à mettre au jour une vérité qui emporte l’adhésion, ce ne sera qu’au terme de ce processus qui vient seulement de commencer.

2- Ce 30 juin 2011, Robert Gates a quitté la scène politique, de son plein gré, à 68 ans, au terme d’une très longue et assez belle carrière.
Haut fonctionnaire américain, il a dirigé la CIA de 1991 à 1993 et a servi quatre présidents, des deux partis, ce qui est rarissime.
En 2006, George W. Bush lui a demandé de prendre le poste de secrétaire à la Défense en remplacement de l’inénarrable Donald Rumsfeld. Il a occupé la fonction alors que les armées américaines menaient simultanément deux guerres (Irak et Afghanistan).
Il y a si bien réussi qu’une fois élu Barack Obama a voulu le garder. Il est donc devenu, en janvier 2009, le seul secrétaire à la Défense maintenu à son poste par un nouveau président. Gates est resté, mais il a indiqué qu’il n’irait pas au-delà du 30 juin 2011.

Je vous donne à lire ce texte qui fait partie de son testament :
« La plus grande surprise que j’ai eue depuis que j’ai pris mes fonctions de secrétaire à la Défense, c’est qu’il n’y a pas eu un seul des pays avec lesquels j’ai été en contact qui ne souhaitait pas avoir de relations plus étroites et plus cordiales avec les États-Unis, et qui ne pensait pas que les États-Unis étaient toujours le pays qui comptait.
J’en ai visité une bonne cinquantaine : pas un seul, ni l’Indonésie, ni l’Inde, ni la Chine, ni la Russie, ni un pays du Moyen-Orient n’ont fait entendre une autre musique.
Des pays où je m’attendais à être mal reçu, où j’étais allé quand je dirigeais la CIA et où les États-Unis étaient plutôt mal vus, m’ont très bien accueilli, eux aussi.
Quelles qu’aient été les erreurs que nous avons commises, les contacts sont demeurés bons. Nous sommes encore la seule superpuissance tous azimuts – politique, militaire, économique, culturelle.
Et même ceux qui nous détestent portent des sweat-shirts marqués au nom des universités américaines et rêvent de faire leurs études aux États-Unis. »

Plaidoyer pro domo ? Sans doute. Je l’ai néanmoins cité parce qu’il contient une part de vérité : ceux-là mêmes qui critiquent les États-Unis d’Amérique leur trouvent des qualités nourrissant l’admiration et leur reconnaissent une supériorité dans bien des domaines.
Ce qui n’empêche nullement ce grand pays de s’aventurer dans des guerres inutiles et coûteuses qu’il ne gagne pas, ou finit même par perdre.

Les guerres d’Afghanistan et d’Irak dans lesquelles il s’est engagé en 2001 et 2003 lui ont coûté, à ce jour, plus de 6 000 soldats tués et quelque 2 000 milliards de dollars partis en fumée : la dette de l’État fédéral en est à près de 100 % du PIB américain.
Les États-Unis se sont péniblement extirpés de la seconde. Mais pas complètement et sans qu’on sache ce qu’ils y ont gagné.
De la première, ressentie comme ayant perdu l’utilité qu’elle pouvait avoir, le président Obama vient de décider, contre l’avis de ses généraux, de sonner le début de la fin. La France lui a emboîté le pas.
L’Amérique et l’ensemble des pays qu’elle a entraînés dans l’aventure se retireront d’Afghanistan en trois ou quatre ans : ce retrait général qui va commencer est, à mon avis, l’événement de l’année, un tournant de la politique internationale qui fera date.

Dans le New York Times du 10 juin, Henry Kissinger, qui, en tant que secrétaire d’État de Richard Nixon, avait conduit le retrait américain du Vietnam, a situé l’événement à sa juste place :
« Le rôle de l’Amérique en Afghanistan s’achève de la même manière que se sont terminées les trois guerres que nous avons menées depuis la victoire remportée en 1945 : nous y sommes entrés avec un large consensus de l’opinion ; en l’absence des résultats escomptés, nous avons ressenti une déception de plus en plus grande et avons, chaque fois, cherché à en sortir, même sans résultat.
Pour l’Afghanistan, l’objectif que nous nous sommes fixé, un gouvernement national et des forces de sécurité auxquels nous transmettrons le pouvoir d’ici à 2014, n’est pas atteignable et, désormais, 70 % des Américains nous demandent de nous retirer…
Après le retrait américain d’Irak et d’Afghanistan, pour tenir compte des données nouvelles introduites par le “printemps arabe”, il nous faudra procéder à une nouvelle définition de nos intérêts vitaux et à une réévaluation de notre rôle.
Le règlement du conflit afghan n’est donc qu’un préalable et le début d’une nouvelle ère. »


L’Afghanistan est un pays musulman, très en retard dans tous les domaines. Ses 32 millions d’habitants sont, pour la plupart, analphabètes ; ils ont un revenu par tête et par an de l’ordre de 300 dollars et une espérance de vie de 44 ans.
Mais il a toujours été une malédiction pour les envahisseurs et un cimetière pour leurs soldats : les Anglais l’ont appris à leurs dépens et les Russes y ont perdu, entre 1979 et 1989, plus de 15 000 soldats sur les 100 000 de leur corps expéditionnaire.
Les Américains et l’Otan y ont envoyé encore plus de troupes, et s’ils déplorent moins de tués, ils ont perdu tout espoir de victoire, ou de ce qui y ressemble.
Ils ont donc autorisé le « président » Hamid Karzaï, qu’ils avaient installé au pouvoir et qui ne tiendrait pas un mois sans eux, à négocier avec les talibans. On apprend aujourd’hui ce qu’on soupçonnait : depuis novembre dernier, ils mènent directement des pourparlers avec les talibans en Allemagne.
Et en gage de bonne volonté, ils leur ont signifié officiellement qu’ils ne les considéraient plus comme liés à Al-Qaïda, encore moins comme ses complices. C’est là un signe qui ne trompe pas : le motif pour lequel les États-Unis se sont embarqués dans cette guerre de dix ans a ainsi disparu et le retrait est devenu justifié…
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(1) Ecrivaine, Prix Médicis 2010.