Menaces en série...
lundi 25 juillet 2011 :: Moyen-Orient :: #820 :: rss :: lu 3850 fois
Leurs conséquences sur nous tous risquent d’être sérieuses. Et même graves.
Au lieu de s’en soucier et de chercher à éteindre les mèches allumées ici et là, la majorité des Occidentaux – dirigeants inclus – sont déjà en vacances ou se préparent à « débrayer » pour « se mettre au frais ».
Au même moment, dans les pays d’Islam, c’est le ramadan, mois de jeûne, de festivités et de quasi-paralysie de l’activité économique qui frappe aux portes. Pour les uns comme pour les autres, les six semaines qui nous séparent de septembre favorisent non pas l’action, mais le laisser-faire et le laisser-aller.
C’est préoccupant et même dangereux.
Jugez-en.
1) En Europe, malgré les injections massives de capitaux qu’elle a déjà reçues de ses partenaires de la zone euro et du FMI, la Grèce appelle de nouveau au secours.
Plus personne ne croit qu’on la guérira de ses maux sans recourir à la chirurgie : elle se dirige tout droit vers le « défaut de paiement » et ses créanciers (publics et privés) sont désormais voués à perdre une partie de ce qu’ils lui ont prêté.
C’est dire qu’il faudra s’en occuper, jour après jour, rester à son chevet tout au long des prochaines semaines. Et se préparer à réparer les dégâts que son défaut de paiement ne manquera pas de provoquer.
Il devient impératif et urgent de se mobiliser pour tenter d’éviter à l’Italie, sa grande voisine, dont l’économie n’a pas été mieux gérée, de succomber à son tour, par contagion, au même mal : compétitivité insuffisante et endettement excessif (quelque 2 000 milliards d’euros !).
Avant la Grèce, deux autres petits pays européens avaient dû appeler à l’aide. Si par malheur la contagion n’est pas enrayée, les dix-sept pays de la zone euro et les quinze pays de la zone franc CFA, liés à la monnaie européenne, seront exposés, dans les années qui viennent, au même mal qui risque de se transformer en épidémie.
2) De leur côté, les États-Unis paient, en ce moment même, de manière différée, les guerres déclenchées en 2001 et 2003 par George W. Bush et les cadeaux fiscaux qu’il a consentis aux riches américains, sans parler des pratiques aventureuses des grandes banques américaines.
Résultat : un niveau trop élevé du chômage – entre 9 % et 10 % de la population active –, une compétitivité trop faible sanctionnée par un déficit commercial persistant et un surendettement caractérisé (près de 100 % du PIB).
Pour la première fois de son histoire, ce pays réputé riche et dynamique est menacé de perdre, d’un moment à l’autre, sa crédibilité financière et la confiance de ses créanciers.
Si le président et le Congrès ne s’entendent pas dans les jours qui viennent pour l’éviter, ce sera un séisme.
3) L’Iran. Nous pensions ce pays solidement tenu en main par le tandem formé par son Guide, Ali Khamenei, et son président, Mahmoud Ahmadinejad. Conservateurs invétérés, ils semblaient liés par la nécessité de protéger leur pouvoir contre les entreprises de leurs adversaires réformateurs.
Eh bien, non ! Le président s’est révolté contre le Guide et le défie ouvertement. Ce dernier n’a d’autre choix que de démettre le rebelle, qu’il accuse de déviation et même de… sorcellerie.
Attendons-nous à tout moment à un clash qui, s’il advient, aura des conséquences imprévisibles sur l’Iran et la région.
4) Un autre tandem gouverne un pays encore plus important : la Russie.
Il s’est constitué il y a près de quatre ans entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, et paraissait solide, lui aussi ; il bat de l’aile pourtant et devrait se disloquer d’ici à la fin de l’année.
Comment se fera le divorce ?
« Mystère enveloppé dans une énigme », comme disait déjà Winston Churchill parlant de l’URSS.
À cela, ajoutons ceci : selon un ancien conseiller du Kremlin, quand Poutine a reçu le pays des mains d’Eltsine, il le voyait comme une « jambe cassée » qu’il fallait enserrer dans un plâtre pour qu’elle guérisse. Mais une fois le moulage posé, il a eu peur de l’enlever.
La Russie d’aujourd’hui a besoin d’un dirigeant prêt à mener à bien cette opération, faute de quoi, au lieu de continuer à grandir et à se renforcer, elle va commencer à s’atrophier.
5) Mais la grande affaire du moment, dont le dénouement se fait attendre, reste le conflit libyen, avatar du « printemps arabe ».
De l’un et de l’autre, il y a, une fois de plus, beaucoup à dire :
Se référant à des exemples qu’il avait lui-même vécus, le général de Gaulle nous mettait naguère en garde contre cette faiblesse des pouvoirs démocratiques : « Face à la résolution d’un homme seul, les démocraties cèdent. »
J’espère qu’elle n’est plus de saison et qu’elle ne se vérifiera pas dans le cas libyen : les démocraties qui ont décidé, en mars, d’utiliser la force des armes (avec l’autorisation de l’ONU) et d’aller jusqu’à l’ingérence pour aider les insurgés libyens à faire partir Kaddafi ne doivent en aucun cas renoncer : elles perdraient sur tous les tableaux.
Quant aux insurgés libyens, ils ont eu la chance insigne de bénéficier d’une aide importante et multiforme dont aucune autre insurrection n’a bénéficié à ce point. Ils ont, par conséquent, l’ardente obligation de réussir.
Leur réussite aiderait le « printemps arabe » à réussir ailleurs ; leur échec le handicaperait gravement.
Ce « printemps arabe » « patine » parce que la Tunisie et l’Égypte qui l’ont fait éclore sont trop accaparées par leurs problèmes intérieurs pour le soutenir au Yémen, à Bahreïn ou en Syrie.
Il « patine » parce que chaque peuple qui s’est soulevé contre la dictature se bat seul ou presque. Sans exception, les autres dirigeants arabes observent le silence. Et la Ligue arabe est retournée à son soutien traditionnel à la dictature*.
Les rues arabes ? Étrangement, elles sont retombées dans « le calme trompeur » que nous avons connu avant le soulèvement tunisien de décembre dernier.
Qui soutient les opposants syriens à la dictature des Assad ?
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon ; le président Barack Obama et sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, pour les États-Unis ; le président Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pour la France ; un ou deux autres dirigeants européens. Et, fort heureusement, comme pour sauver l’honneur de l’ex-Tiers Monde, la république de Turquie et son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.
Mais ni la Russie, ni la Chine, ni même le Brésil.
Ni, hélas, l’Union africaine.
* Son secrétaire général, le dénommé Nabil al-Arabi, vient de paraphraser le ministre syrien des Affaires étrangères et de déclarer après lui que « les Etats-Unis n'ont pas le droit de dire que Bachar al-Assad a perdu sa légitimité ». Il a osé ajouter : « Seul le peuple syrien a le droit de le dire. » Sans avoir le courage d'indiquer que ce malheureux peuple ne fait que cela depuis trois mois...
Au lieu de s’en soucier et de chercher à éteindre les mèches allumées ici et là, la majorité des Occidentaux – dirigeants inclus – sont déjà en vacances ou se préparent à « débrayer » pour « se mettre au frais ».
Au même moment, dans les pays d’Islam, c’est le ramadan, mois de jeûne, de festivités et de quasi-paralysie de l’activité économique qui frappe aux portes. Pour les uns comme pour les autres, les six semaines qui nous séparent de septembre favorisent non pas l’action, mais le laisser-faire et le laisser-aller.
C’est préoccupant et même dangereux.
Jugez-en.
1) En Europe, malgré les injections massives de capitaux qu’elle a déjà reçues de ses partenaires de la zone euro et du FMI, la Grèce appelle de nouveau au secours.
Plus personne ne croit qu’on la guérira de ses maux sans recourir à la chirurgie : elle se dirige tout droit vers le « défaut de paiement » et ses créanciers (publics et privés) sont désormais voués à perdre une partie de ce qu’ils lui ont prêté.
C’est dire qu’il faudra s’en occuper, jour après jour, rester à son chevet tout au long des prochaines semaines. Et se préparer à réparer les dégâts que son défaut de paiement ne manquera pas de provoquer.
Il devient impératif et urgent de se mobiliser pour tenter d’éviter à l’Italie, sa grande voisine, dont l’économie n’a pas été mieux gérée, de succomber à son tour, par contagion, au même mal : compétitivité insuffisante et endettement excessif (quelque 2 000 milliards d’euros !).
Avant la Grèce, deux autres petits pays européens avaient dû appeler à l’aide. Si par malheur la contagion n’est pas enrayée, les dix-sept pays de la zone euro et les quinze pays de la zone franc CFA, liés à la monnaie européenne, seront exposés, dans les années qui viennent, au même mal qui risque de se transformer en épidémie.
2) De leur côté, les États-Unis paient, en ce moment même, de manière différée, les guerres déclenchées en 2001 et 2003 par George W. Bush et les cadeaux fiscaux qu’il a consentis aux riches américains, sans parler des pratiques aventureuses des grandes banques américaines.
Résultat : un niveau trop élevé du chômage – entre 9 % et 10 % de la population active –, une compétitivité trop faible sanctionnée par un déficit commercial persistant et un surendettement caractérisé (près de 100 % du PIB).
Pour la première fois de son histoire, ce pays réputé riche et dynamique est menacé de perdre, d’un moment à l’autre, sa crédibilité financière et la confiance de ses créanciers.
Si le président et le Congrès ne s’entendent pas dans les jours qui viennent pour l’éviter, ce sera un séisme.
3) L’Iran. Nous pensions ce pays solidement tenu en main par le tandem formé par son Guide, Ali Khamenei, et son président, Mahmoud Ahmadinejad. Conservateurs invétérés, ils semblaient liés par la nécessité de protéger leur pouvoir contre les entreprises de leurs adversaires réformateurs.
Eh bien, non ! Le président s’est révolté contre le Guide et le défie ouvertement. Ce dernier n’a d’autre choix que de démettre le rebelle, qu’il accuse de déviation et même de… sorcellerie.
Attendons-nous à tout moment à un clash qui, s’il advient, aura des conséquences imprévisibles sur l’Iran et la région.
4) Un autre tandem gouverne un pays encore plus important : la Russie.
Il s’est constitué il y a près de quatre ans entre Vladimir Poutine et Dmitri Medvedev, et paraissait solide, lui aussi ; il bat de l’aile pourtant et devrait se disloquer d’ici à la fin de l’année.
Comment se fera le divorce ?
« Mystère enveloppé dans une énigme », comme disait déjà Winston Churchill parlant de l’URSS.
À cela, ajoutons ceci : selon un ancien conseiller du Kremlin, quand Poutine a reçu le pays des mains d’Eltsine, il le voyait comme une « jambe cassée » qu’il fallait enserrer dans un plâtre pour qu’elle guérisse. Mais une fois le moulage posé, il a eu peur de l’enlever.
La Russie d’aujourd’hui a besoin d’un dirigeant prêt à mener à bien cette opération, faute de quoi, au lieu de continuer à grandir et à se renforcer, elle va commencer à s’atrophier.
5) Mais la grande affaire du moment, dont le dénouement se fait attendre, reste le conflit libyen, avatar du « printemps arabe ».
De l’un et de l’autre, il y a, une fois de plus, beaucoup à dire :
Se référant à des exemples qu’il avait lui-même vécus, le général de Gaulle nous mettait naguère en garde contre cette faiblesse des pouvoirs démocratiques : « Face à la résolution d’un homme seul, les démocraties cèdent. »
J’espère qu’elle n’est plus de saison et qu’elle ne se vérifiera pas dans le cas libyen : les démocraties qui ont décidé, en mars, d’utiliser la force des armes (avec l’autorisation de l’ONU) et d’aller jusqu’à l’ingérence pour aider les insurgés libyens à faire partir Kaddafi ne doivent en aucun cas renoncer : elles perdraient sur tous les tableaux.
Quant aux insurgés libyens, ils ont eu la chance insigne de bénéficier d’une aide importante et multiforme dont aucune autre insurrection n’a bénéficié à ce point. Ils ont, par conséquent, l’ardente obligation de réussir.
Leur réussite aiderait le « printemps arabe » à réussir ailleurs ; leur échec le handicaperait gravement.
Ce « printemps arabe » « patine » parce que la Tunisie et l’Égypte qui l’ont fait éclore sont trop accaparées par leurs problèmes intérieurs pour le soutenir au Yémen, à Bahreïn ou en Syrie.
Il « patine » parce que chaque peuple qui s’est soulevé contre la dictature se bat seul ou presque. Sans exception, les autres dirigeants arabes observent le silence. Et la Ligue arabe est retournée à son soutien traditionnel à la dictature*.
Les rues arabes ? Étrangement, elles sont retombées dans « le calme trompeur » que nous avons connu avant le soulèvement tunisien de décembre dernier.
Qui soutient les opposants syriens à la dictature des Assad ?
Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon ; le président Barack Obama et sa secrétaire d’État, Hillary Clinton, pour les États-Unis ; le président Nicolas Sarkozy et son ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, pour la France ; un ou deux autres dirigeants européens. Et, fort heureusement, comme pour sauver l’honneur de l’ex-Tiers Monde, la république de Turquie et son premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.
Mais ni la Russie, ni la Chine, ni même le Brésil.
Ni, hélas, l’Union africaine.
* Son secrétaire général, le dénommé Nabil al-Arabi, vient de paraphraser le ministre syrien des Affaires étrangères et de déclarer après lui que « les Etats-Unis n'ont pas le droit de dire que Bachar al-Assad a perdu sa légitimité ». Il a osé ajouter : « Seul le peuple syrien a le droit de le dire. » Sans avoir le courage d'indiquer que ce malheureux peuple ne fait que cela depuis trois mois...
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