Dix ans, dix mois, dix jours...
dimanche 11 septembre 2011 :: Terrorisme :: #824 :: rss :: lu 3194 fois
L’acte terroriste le plus audacieux de l’Histoire a conduit la superpuissance ainsi humiliée à s’engager dans une interminable et coûteuse « guerre mondiale contre le terrorisme ». Et à envahir deux pays musulmans, où elle s’est embourbée.
Le 17 décembre 2010, il y a près de dix mois, débutait, en Tunisie, un soulèvement populaire qui allait prendre une ampleur inattendue, se propager d’un pays à l’autre et, sous le beau nom de « printemps arabe », bénéficier d’une résonance mondiale.
En quelques semaines, il emportera la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali, enracinée depuis vingt-trois ans en Tunisie, puis, en Égypte, celle de Hosni Moubarak, vieille de trente ans.
Le 1er septembre 2011, il y a dix jours, à Tripoli – au terme d’une lutte acharnée qui aura duré six mois –, tombait une troisième dictature arabo-africaine, la plus atroce et la plus longue de toutes : celle instaurée par Mouammar Kaddafi, il y a quarante-deux ans en Libye.
Dix ans, dix mois, dix jours… Voyons comment a évolué notre monde durant cette période et passons en revue les changements ou bouleversements qu’il a connus.
1- Dix ans. En septembre 2001, comme le rappelle Lionel Barber dans le Financial Times, le budget des États-Unis était en excédent, et ce très grand pays, alors au faîte de sa gloire, était en paix ; son statut d’hyperpuissance paraissait solidement établi et rien ne semblait devoir menacer son insolente prospérité.
Croyant que rien ni personne ne leur résisterait, son président de l’époque et les néoconservateurs dont il s’était entouré l’ont inconsidérément mis sur le chemin de la guerre. Dix ans plus tard, il y est encore.
Il a dépensé à ce jour plus de 2 000 milliards de dollars, a perdu plus de 6 000 soldats, morts sur divers champs de bataille, et, endetté jusqu’au cou, se retrouve à la limite de l’insolvabilité.
Pendant ce temps, le poids économique de l’Asie est passé de 8 % à 24 % de l’économie mondiale, dont le moteur est désormais le monde en voie de développement.
Réputée hier pour son instabilité et l’inflation qui la rongeait, l’Amérique latine est devenue de plus en plus prospère et rayonnante.
Réveillée de sa léthargie et démentant les pronostics pessimistes à son endroit, l’Afrique a pris à son tour, laborieusement, le chemin de la croissance économique.
Se mettaient ainsi en mouvement, simultanément, les trois continents qui avaient raté la révolution industrielle du XIXe siècle.
Comme on peut s’en rendre compte dix ans après, le 11 Septembre a été en définitive un tournant de l’Histoire et un acte fondateur. On peut donc dire qu’il y a un avant et un après ce jour fatidique.
Il a été le déclencheur d’une cascade de conséquences que n’avaient prévues ni les dirigeants d’Al-Qaïda, auteurs de l’acte, ni ceux des États-Unis, qui, outragés, ont réagi avec démesure.
Les premiers ont été capturés ou tués, tandis que leur organisation est à la dérive sans avoir atteint aucun de ses objectifs.
Les seconds, qui voulaient impressionner le reste du monde par leur puissance et l’étendue de leurs moyens, ont montré, au contraire, que leur pays avait ses limites : s’étant fixé de mauvais objectifs, il s’est révélé incapable de les atteindre.
Oussama Ben Laden a été tué le 1er mai dernier ; les États-Unis doivent quitter l’Irak à la fin de cette année et se préparent à laisser l’Afghanistan aux Afghans.
À quoi auront servi les efforts déployés, les pertes subies, les dégâts occasionnés, les centaines de milliards de dollars gaspillés ? À diminuer la puissance, la richesse et le prestige des États-Unis, qui auront, en dix ans, perdu leur rang d’hyperpuissance et beaucoup de leur superbe.
Ils ont fait du surplace, dégradé leurs finances, laissé à la Chine, à l’Inde, au Brésil et à quelques autres le loisir de rattraper le retard qu’ils avaient pris sur l’Amérique et l’Europe, hier encore modèles universels et maîtres du monde.
Le 11 septembre 2001 a donc marqué le début de la fin de l’hégémonie américaine. Rendue possible par la dislocation, en 1991, de l’empire soviétique – on a parlé alors de « fin de l’Histoire » ! –, elle n’aura duré que dix ans.
2- Dix mois, dix jours Si le Printemps arabe a tant surpris, c’est parce que le monde entier était convaincu, à tort, que l’Afrique et le Moyen-Orient n’étaient pas mûrs pour la démocratie, que leurs peuples ne la voulaient même pas. On pensait, plus généralement, qu’islam et démocratie n’étaient pas faits pour s’entendre et vivre ensemble.
Mais ceux d’entre nous qui étaient attentifs à l’évolution de l’Afrique du Nord (et de l’Ouest) savaient, avant même que ne débute l’année 2010, que, du Caire à Dakar, allait bientôt sonner l’heure de la nécessaire relève de régimes vieillis sous le harnais et, de ce fait, attachés au statu quo, défenseurs de l’immobilisme : opposés à tout changement, ils devaient être changés ; refusant de s’en aller de leur plein gré, ils invitaient ainsi au soulèvement qui les ferait partir de force.
C’est fait en Tunisie, en Égypte et, depuis peu, en Libye. Parce que, dans chacun des trois pays, de nouvelles générations ont accédé à la conscience politique. Parce que, selon l’expression consacrée, « une nouvelle génération, c’est un autre peuple »…
Et maintenant ? Ceux qui me font l’honneur de me lire savent que j’ai ardemment souhaité la fin de l’obstruction paralysante voulue et conduite par Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et que j’ai voulu tout autant que le soulèvement contre le régime Kaddafi aboutisse à sa chute.
La première s’est réalisée le 11 avril dernier ; la seconde vient de se concrétiser.
J’en suis heureux pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble ; pour la Libye et ses voisins, pour toute l’Afrique du Nord.
Que l’Union africaine et sa Commission ne prennent pas la mesure de l’événement, ne se félicitent pas de l’énorme bénéfice qu’en tirera toute l’Afrique m’attriste. Mais ce bénéfice est acquis, et ceux-là mêmes qui font aujourd’hui la fine bouche finiront par s’en rendre compte.
La carte politique de l’Afrique de l’Ouest et celle de l’Afrique du Nord sont en train d’être redessinées ; les économies des deux régions vont se fluidifier et connaître un nouveau démarrage.
Dix-sept ans après la mort d’Houphouët, la Côte d’Ivoire est enfin sortie d’une longue période de crise, ponctuée de secousses ; une nouvelle Libye est en train de naître, libérée d’une dictature à nulle autre pareille qui l’a pillée et déstructurée pendant plus de quarante ans.
L’une et l’autre sont au centre de régions qui tireront grand profit de ce changement bénéfique.
Nous ne pouvons que nous en féliciter et remercier ceux qui y ont œuvré.
Le 17 décembre 2010, il y a près de dix mois, débutait, en Tunisie, un soulèvement populaire qui allait prendre une ampleur inattendue, se propager d’un pays à l’autre et, sous le beau nom de « printemps arabe », bénéficier d’une résonance mondiale.
En quelques semaines, il emportera la dictature de Zine el-Abidine Ben Ali, enracinée depuis vingt-trois ans en Tunisie, puis, en Égypte, celle de Hosni Moubarak, vieille de trente ans.
Le 1er septembre 2011, il y a dix jours, à Tripoli – au terme d’une lutte acharnée qui aura duré six mois –, tombait une troisième dictature arabo-africaine, la plus atroce et la plus longue de toutes : celle instaurée par Mouammar Kaddafi, il y a quarante-deux ans en Libye.
Dix ans, dix mois, dix jours… Voyons comment a évolué notre monde durant cette période et passons en revue les changements ou bouleversements qu’il a connus.
1- Dix ans. En septembre 2001, comme le rappelle Lionel Barber dans le Financial Times, le budget des États-Unis était en excédent, et ce très grand pays, alors au faîte de sa gloire, était en paix ; son statut d’hyperpuissance paraissait solidement établi et rien ne semblait devoir menacer son insolente prospérité.
Croyant que rien ni personne ne leur résisterait, son président de l’époque et les néoconservateurs dont il s’était entouré l’ont inconsidérément mis sur le chemin de la guerre. Dix ans plus tard, il y est encore.
Il a dépensé à ce jour plus de 2 000 milliards de dollars, a perdu plus de 6 000 soldats, morts sur divers champs de bataille, et, endetté jusqu’au cou, se retrouve à la limite de l’insolvabilité.
Pendant ce temps, le poids économique de l’Asie est passé de 8 % à 24 % de l’économie mondiale, dont le moteur est désormais le monde en voie de développement.
Réputée hier pour son instabilité et l’inflation qui la rongeait, l’Amérique latine est devenue de plus en plus prospère et rayonnante.
Réveillée de sa léthargie et démentant les pronostics pessimistes à son endroit, l’Afrique a pris à son tour, laborieusement, le chemin de la croissance économique.
Se mettaient ainsi en mouvement, simultanément, les trois continents qui avaient raté la révolution industrielle du XIXe siècle.
Comme on peut s’en rendre compte dix ans après, le 11 Septembre a été en définitive un tournant de l’Histoire et un acte fondateur. On peut donc dire qu’il y a un avant et un après ce jour fatidique.
Il a été le déclencheur d’une cascade de conséquences que n’avaient prévues ni les dirigeants d’Al-Qaïda, auteurs de l’acte, ni ceux des États-Unis, qui, outragés, ont réagi avec démesure.
Les premiers ont été capturés ou tués, tandis que leur organisation est à la dérive sans avoir atteint aucun de ses objectifs.
Les seconds, qui voulaient impressionner le reste du monde par leur puissance et l’étendue de leurs moyens, ont montré, au contraire, que leur pays avait ses limites : s’étant fixé de mauvais objectifs, il s’est révélé incapable de les atteindre.
Oussama Ben Laden a été tué le 1er mai dernier ; les États-Unis doivent quitter l’Irak à la fin de cette année et se préparent à laisser l’Afghanistan aux Afghans.
À quoi auront servi les efforts déployés, les pertes subies, les dégâts occasionnés, les centaines de milliards de dollars gaspillés ? À diminuer la puissance, la richesse et le prestige des États-Unis, qui auront, en dix ans, perdu leur rang d’hyperpuissance et beaucoup de leur superbe.
Ils ont fait du surplace, dégradé leurs finances, laissé à la Chine, à l’Inde, au Brésil et à quelques autres le loisir de rattraper le retard qu’ils avaient pris sur l’Amérique et l’Europe, hier encore modèles universels et maîtres du monde.
Le 11 septembre 2001 a donc marqué le début de la fin de l’hégémonie américaine. Rendue possible par la dislocation, en 1991, de l’empire soviétique – on a parlé alors de « fin de l’Histoire » ! –, elle n’aura duré que dix ans.
2- Dix mois, dix jours Si le Printemps arabe a tant surpris, c’est parce que le monde entier était convaincu, à tort, que l’Afrique et le Moyen-Orient n’étaient pas mûrs pour la démocratie, que leurs peuples ne la voulaient même pas. On pensait, plus généralement, qu’islam et démocratie n’étaient pas faits pour s’entendre et vivre ensemble.
Mais ceux d’entre nous qui étaient attentifs à l’évolution de l’Afrique du Nord (et de l’Ouest) savaient, avant même que ne débute l’année 2010, que, du Caire à Dakar, allait bientôt sonner l’heure de la nécessaire relève de régimes vieillis sous le harnais et, de ce fait, attachés au statu quo, défenseurs de l’immobilisme : opposés à tout changement, ils devaient être changés ; refusant de s’en aller de leur plein gré, ils invitaient ainsi au soulèvement qui les ferait partir de force.
C’est fait en Tunisie, en Égypte et, depuis peu, en Libye. Parce que, dans chacun des trois pays, de nouvelles générations ont accédé à la conscience politique. Parce que, selon l’expression consacrée, « une nouvelle génération, c’est un autre peuple »…
Et maintenant ? Ceux qui me font l’honneur de me lire savent que j’ai ardemment souhaité la fin de l’obstruction paralysante voulue et conduite par Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et que j’ai voulu tout autant que le soulèvement contre le régime Kaddafi aboutisse à sa chute.
La première s’est réalisée le 11 avril dernier ; la seconde vient de se concrétiser.
J’en suis heureux pour la Côte d’Ivoire et l’Afrique de l’Ouest dans son ensemble ; pour la Libye et ses voisins, pour toute l’Afrique du Nord.
Que l’Union africaine et sa Commission ne prennent pas la mesure de l’événement, ne se félicitent pas de l’énorme bénéfice qu’en tirera toute l’Afrique m’attriste. Mais ce bénéfice est acquis, et ceux-là mêmes qui font aujourd’hui la fine bouche finiront par s’en rendre compte.
La carte politique de l’Afrique de l’Ouest et celle de l’Afrique du Nord sont en train d’être redessinées ; les économies des deux régions vont se fluidifier et connaître un nouveau démarrage.
Dix-sept ans après la mort d’Houphouët, la Côte d’Ivoire est enfin sortie d’une longue période de crise, ponctuée de secousses ; une nouvelle Libye est en train de naître, libérée d’une dictature à nulle autre pareille qui l’a pillée et déstructurée pendant plus de quarante ans.
L’une et l’autre sont au centre de régions qui tireront grand profit de ce changement bénéfique.
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