Argent et politique
dimanche 18 septembre 2011 :: France :: #826 :: rss :: lu 3108 fois
Des informations-révélations ont été rendues publiques par l’un des acteurs de ce système, décrivant les circuits utilisés, nommant des donneurs et des récipiendaires, citant des chiffres.
Dans ce qui a été dit et écrit, tout ou presque est à la fois invérifiable et… plausible ; en France, on fait mine de demander à la justice d’aider à y voir clair. Et, de votre côté, vous vous demandez sans doute ce qu’il faut en penser.
Même s’il nous répugne de nous aventurer dans ce no man’s land miné, nous nous devons de saisir l’occasion de ce déballage pour partager avec vous ce que nous savons ou croyons savoir des affaires scabreuses qui ont été évoquées et de leur contexte.
Il ressort de ce qui a été affirmé que beaucoup d’argent – « politique » et africain – quitte, depuis des décennies, les capitales du continent, par valises pleines, pour Paris. Un tel mouvement Sud-Nord a contribué et contribue puissamment au financement des campagnes électorales comme au bien-être de nombreux hommes et partis politiques français, de droite, d’extrême droite et de gauche.
Il se perpétue depuis plus d’un demi-siècle, car il a pris naissance quelques années après les indépendances des pays africains, au nord et au sud du Sahara.
Comme on le sait, ces indépendances ont été concédées par la France, bon gré mal gré, à partir de la fin des années 1950, et l’ancienne métropole a tout naturellement voulu garder ces pays dans son orbite. Elle a alors instauré un système postcolonial de coopération et d’interdépendance, élaboré et régi pour l’Afrique subsaharienne, jusqu’à sa mort en 1997, par Jacques Foccart, choisi pour cette mission de confiance par le général de Gaulle.
Pour les périodes où les gaullistes n’ont pas été au pouvoir, sous Giscard et Mitterrand, les rênes de ce système ont été confiées par ces deux présidents à des exécutants qui ont tout bonnement chaussé les bottes de Foccart.
Baptisé « Françafrique », entretenu par Charles Pasqua et d’autres, le système a réussi à survivre au XXe siècle ; il perdure à ce jour : de temps à autre affleure à la surface un incident de parcours qui montre que « le canard est toujours vivant ».
Du côté africain, les instigateurs du système – qui en sont vite devenus au sens littéral du terme les « parrains » – ont pour noms Houphouët, Mobutu et Bongo (père). Ils ont disposé de sommes colossales et en ont utilisé une bonne part pour « lubrifier » leurs relations politiques, principalement, mais pas uniquement, en France (et en Belgique).
Félix Houphouët-Boigny et Omar Bongo n’ont pas craint de dire ou de laisser entendre qu’ils avaient financé non seulement les hommes politiques français de droite et de gauche, mais aussi le leader de l’extrême droite !
En Afrique du Nord, l’ancien roi du Maroc, Hassan II, et l’ancien « Guide » de la révolution libyenne se sont adonnés à ce jeu d’argent et y ont inclus, eux aussi, l’extrême droite française.
Les concessions pétrolières, les contrats d’achat d’armes et d’avions – de ligne et militaires – ont beaucoup favorisé la corruption politique, comme l’a montré le procès Elf et comme le montrent aujourd’hui encore les remous, parfois tragiques, occasionnés par les conséquences des ventes de frégates à Taiwan, de sous-marins au Pakistan, de « quincaillerie militaire » à l’Arabie saoudite, aux Émirats, à la Libye ou à l’Angola.
On voit les hommes politiques français se combattre à fleurets non mouchetés autour de « rétrocommissions » faramineuses qui semblent avoir pollué les campagnes présidentielles des quinze dernières années. À leurs côtés se livrent à un duel à mort des intermédiaires dont les frasques font le miel d’auteurs de livres à succès – et des tribunaux…
Inventé il y a cinquante ans, tissé depuis un demi-siècle, ce lien entre l’argent et la politique semble donc être devenu une composante du financement des partis politiques français : à leurs risques et périls, les plus importants d’entre eux continuent d’y recourir – clandestinement –, malgré une loi de 1995 conçue et promulguée pour moraliser le système. Elle devait permettre à ces partis de se dispenser de tout recours à des contributions financières douteuses, en particulier celles provenant de l’étranger.
Le problème se pose différemment en Afrique, où, depuis que les élections sont devenues contradictoires et, en principe, transparentes, le coût des campagnes est monté en flèche pour cesser d’être à la portée du candidat moyen.
De nos jours, en Afrique, nul ne peut concourir à une élection présidentielle, aucun parti ne peut affronter une élection législative s’il ne dispose de beaucoup d’argent.
En Afrique subsaharienne, les besoins se chiffrent chaque fois en milliards de francs CFA, et l’on ne trouve de telles sommes – en liquide – que chez les chefs d’État riches, les dirigeants des grandes entreprises nationales ou ceux des groupes internationaux.
À la veille de chaque grand scrutin, on voit la cohorte des candidats prendre, l’un après l’autre, leur bâton de pèlerin pour se mettre à sillonner l’Afrique, de capitale en capitale, à la recherche d’argent « électoral ».
C’est malsain et c’est immoral, raison pour laquelle cela se passe dans le plus grand secret. Et comme l’argent ne circule que sous forme liquide… il lui arrive souvent de se perdre en route, conservé par des intermédiaires peu scrupuleux.
Il faut donc s’attaquer à ce problème du financement des partis politiques et guérir la jeune démocratie africaine de l’une de ses maladies infantiles.
C’est le lieu de se poser, pour finir, quelques questions.
Ceux qui, à l’instar et à la suite des vétérans que furent pendant plus de trente ans Houphouët, Mobutu et Bongo, donnent de l’argent aux partis et aux hommes politiques français ou africains y trouvent-ils en définitive leur compte ? Sont-ils, dans le cas où leur poulain est élu, payés de retour ?
Comment les entreprises qui financent l’élection d’un candidat sont-elles récompensées ? Par des contrats que le candidat devenu ministre ou président leur accorde ? N’est-ce pas là une atteinte aux intérêts supérieurs de l’État où le candidat a été élu et, à la fin des fins, une variante de la corruption ?
Les États – même riches – dont les présidents consacrent une partie des ressources à ces financements extérieurs ne pourraient-ils pas faire un meilleur usage de ces fonds ?
Dans ce qui a été dit et écrit, tout ou presque est à la fois invérifiable et… plausible ; en France, on fait mine de demander à la justice d’aider à y voir clair. Et, de votre côté, vous vous demandez sans doute ce qu’il faut en penser.
Même s’il nous répugne de nous aventurer dans ce no man’s land miné, nous nous devons de saisir l’occasion de ce déballage pour partager avec vous ce que nous savons ou croyons savoir des affaires scabreuses qui ont été évoquées et de leur contexte.
Il ressort de ce qui a été affirmé que beaucoup d’argent – « politique » et africain – quitte, depuis des décennies, les capitales du continent, par valises pleines, pour Paris. Un tel mouvement Sud-Nord a contribué et contribue puissamment au financement des campagnes électorales comme au bien-être de nombreux hommes et partis politiques français, de droite, d’extrême droite et de gauche.
Il se perpétue depuis plus d’un demi-siècle, car il a pris naissance quelques années après les indépendances des pays africains, au nord et au sud du Sahara.
Comme on le sait, ces indépendances ont été concédées par la France, bon gré mal gré, à partir de la fin des années 1950, et l’ancienne métropole a tout naturellement voulu garder ces pays dans son orbite. Elle a alors instauré un système postcolonial de coopération et d’interdépendance, élaboré et régi pour l’Afrique subsaharienne, jusqu’à sa mort en 1997, par Jacques Foccart, choisi pour cette mission de confiance par le général de Gaulle.
Pour les périodes où les gaullistes n’ont pas été au pouvoir, sous Giscard et Mitterrand, les rênes de ce système ont été confiées par ces deux présidents à des exécutants qui ont tout bonnement chaussé les bottes de Foccart.
Baptisé « Françafrique », entretenu par Charles Pasqua et d’autres, le système a réussi à survivre au XXe siècle ; il perdure à ce jour : de temps à autre affleure à la surface un incident de parcours qui montre que « le canard est toujours vivant ».
Du côté africain, les instigateurs du système – qui en sont vite devenus au sens littéral du terme les « parrains » – ont pour noms Houphouët, Mobutu et Bongo (père). Ils ont disposé de sommes colossales et en ont utilisé une bonne part pour « lubrifier » leurs relations politiques, principalement, mais pas uniquement, en France (et en Belgique).
Félix Houphouët-Boigny et Omar Bongo n’ont pas craint de dire ou de laisser entendre qu’ils avaient financé non seulement les hommes politiques français de droite et de gauche, mais aussi le leader de l’extrême droite !
En Afrique du Nord, l’ancien roi du Maroc, Hassan II, et l’ancien « Guide » de la révolution libyenne se sont adonnés à ce jeu d’argent et y ont inclus, eux aussi, l’extrême droite française.
Les concessions pétrolières, les contrats d’achat d’armes et d’avions – de ligne et militaires – ont beaucoup favorisé la corruption politique, comme l’a montré le procès Elf et comme le montrent aujourd’hui encore les remous, parfois tragiques, occasionnés par les conséquences des ventes de frégates à Taiwan, de sous-marins au Pakistan, de « quincaillerie militaire » à l’Arabie saoudite, aux Émirats, à la Libye ou à l’Angola.
On voit les hommes politiques français se combattre à fleurets non mouchetés autour de « rétrocommissions » faramineuses qui semblent avoir pollué les campagnes présidentielles des quinze dernières années. À leurs côtés se livrent à un duel à mort des intermédiaires dont les frasques font le miel d’auteurs de livres à succès – et des tribunaux…
Inventé il y a cinquante ans, tissé depuis un demi-siècle, ce lien entre l’argent et la politique semble donc être devenu une composante du financement des partis politiques français : à leurs risques et périls, les plus importants d’entre eux continuent d’y recourir – clandestinement –, malgré une loi de 1995 conçue et promulguée pour moraliser le système. Elle devait permettre à ces partis de se dispenser de tout recours à des contributions financières douteuses, en particulier celles provenant de l’étranger.
Le problème se pose différemment en Afrique, où, depuis que les élections sont devenues contradictoires et, en principe, transparentes, le coût des campagnes est monté en flèche pour cesser d’être à la portée du candidat moyen.
De nos jours, en Afrique, nul ne peut concourir à une élection présidentielle, aucun parti ne peut affronter une élection législative s’il ne dispose de beaucoup d’argent.
En Afrique subsaharienne, les besoins se chiffrent chaque fois en milliards de francs CFA, et l’on ne trouve de telles sommes – en liquide – que chez les chefs d’État riches, les dirigeants des grandes entreprises nationales ou ceux des groupes internationaux.
À la veille de chaque grand scrutin, on voit la cohorte des candidats prendre, l’un après l’autre, leur bâton de pèlerin pour se mettre à sillonner l’Afrique, de capitale en capitale, à la recherche d’argent « électoral ».
C’est malsain et c’est immoral, raison pour laquelle cela se passe dans le plus grand secret. Et comme l’argent ne circule que sous forme liquide… il lui arrive souvent de se perdre en route, conservé par des intermédiaires peu scrupuleux.
Il faut donc s’attaquer à ce problème du financement des partis politiques et guérir la jeune démocratie africaine de l’une de ses maladies infantiles.
C’est le lieu de se poser, pour finir, quelques questions.
Ceux qui, à l’instar et à la suite des vétérans que furent pendant plus de trente ans Houphouët, Mobutu et Bongo, donnent de l’argent aux partis et aux hommes politiques français ou africains y trouvent-ils en définitive leur compte ? Sont-ils, dans le cas où leur poulain est élu, payés de retour ?
Comment les entreprises qui financent l’élection d’un candidat sont-elles récompensées ? Par des contrats que le candidat devenu ministre ou président leur accorde ? N’est-ce pas là une atteinte aux intérêts supérieurs de l’État où le candidat a été élu et, à la fin des fins, une variante de la corruption ?
Les États – même riches – dont les présidents consacrent une partie des ressources à ces financements extérieurs ne pourraient-ils pas faire un meilleur usage de ces fonds ?
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