Deux miracles, trois Turquie...
lundi 10 octobre 2011 :: Pouvoir :: #830 :: rss :: lu 3675 fois
Les premiers pas avaient coïncidé, il y a dix ans, avec le début du nouveau siècle, et nous prétendons aujourd’hui, à juste titre, à un (ou deux) postes de membre(s) permanent(s) du Conseil de sécurité de l’ONU.
Trois pays africains, ceux qui pèsent le plus économiquement, sont en compétition : l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte.
S’étant débarrassé de son dictateur, en passe d’accéder à la démocratie, ce dernier pays s’est ainsi donné, en 2011, une carte supplémentaire.
La création de nouveaux postes de membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’est certes pas pour demain. Mais on en parlera de plus en plus jusqu’à ce qu’elle advienne.
Il est donc temps de regarder le problème ainsi posé à l’Afrique et d’évaluer les chances respectives des trois pays qui postulent à cette distinction.
Assez comparables par la superficie, ils se distinguent par la population.
La superficie d’un pays n’est d’ailleurs un facteur important que par la densité de peuplement qu’elle peut induire. En termes de superficie, les trois pays sont presque équivalents : autour du million de km², soit deux à trois fois moins que le Soudan, l’Algérie, la Libye ou la République démocratique du Congo, qui se situent, eux, un peu au-dessus ou au-dessous de 2 millions de km², tout en étant – du moins les trois premiers – beaucoup moins peuplés.
Cela étant, avec plus de 160 millions d’habitants, le Nigeria est deux fois plus peuplé que l’Égypte, et il y a un peu plus de trois Nigérians pour un Sud-Africain.
Est-ce un avantage pour le Nigeria ? Rien n’est moins sûr, car ce pays, trop dépendant du pétrole, ressource dominante, a un PIB (produit intérieur brut) légèrement inférieur à 200 milliards de dollars (194 milliards), contre 220 milliards pour l’Égypte et 370 milliards, presque le double, pour l’Afrique du Sud.
Il en découle un revenu annuel de 1 200 dollars pour le Nigérian ; celui de l’Égyptien est de 2 400 dollars, soit le double ; tandis que le Sud-Africain dispose (en moyenne) de plus de 6 000 dollars par an : cinq fois plus que le Nigérian.
À titre indicatif, le PIB de l’Afrique dans son ensemble est de 3 000 milliards de dollars, répartis à raison de 1 850 milliards au sud du Sahara et 1 150 milliards au nord.
Si l’on regarde les autres indicateurs socioéconomiques des trois pays (taux d’alphabétisation, de natalité, de mortalité infantile, de chômage, ou l’espérance de vie à la naissance), on note que le Nigeria est à la troisième place et l’Afrique du Sud à la première. Mais ces grands pays africains sont encore, tous les trois, à un stade de sous-développement caractérisé.
On le sait, un peuple émerge du sous-développement quand l’éducation est généralisée ou en voie de l’être, le système de santé assez performant et la majorité de la population convenablement logée, avec l’électricité et l’eau courante.
À ce stade de développement, le revenu annuel par habitant se rapproche, en règle générale, de 10 000 dollars, ou dépasse ce chiffre.
Aucun des 54 pays du continent africain n’en est là ; une petite vingtaine seulement peut parvenir à ce niveau ou s’en approcher dans les dix ans qui viennent.
J’ai abordé ce sujet parce qu’il nous faudra, dans un proche avenir, arbitrer entre les prétentions croisées de ces « trois grands » d’Afrique. Nous avons besoin, pour cela, de garder à l’esprit leurs forces et leurs faiblesses respectives.
Mais, en vérité, j’ai une autre raison de le faire et, en tête, une autre idée que je vous soumets ci-dessous.
Nous avons eu la chance de vivre, au cours des vingt dernières années, deux miracles politiques qui ont illuminé la scène du Tiers Monde.
Le premier est intervenu en Afrique en 1991 : sur les décombres de l’apartheid est alors née cette nation « arc-en-ciel » qu’est encore aujourd’hui l’Afrique du Sud. Façonnée par Nelson Mandela, elle a maintenu jusqu’à ce jour l’orientation démocratique et le développement économique raisonnable qu’il a voulus.
Ce miracle persiste depuis vingt ans et ne paraît pas menacé.
Le second a eu lieu une décennie plus tard : c’est la renaissance, à partir de 2001, de la Turquie. Fondée en 1923 par Atatürk, héritière d’un empire, la République turque a trouvé avec Recep Tayyip Erdogan, et son parti librement maintenu au pouvoir par les électeurs, le second souffle dont elle avait besoin : elle connaît depuis dix ans un développement économique accéléré, « à la chinoise », avec, simultanément et année après année, la consolidation de la première grande démocratie musulmane, dotée d’une politique étrangère indépendante de l’Europe comme des États-Unis.
La Turquie compte 76 millions d’habitants et a un PIB – 1 116 milliards de dollars en 2010 – presque égal à celui de toute l’Afrique du Nord, de l’Égypte au Maroc, et qui donne à chaque citoyen turc un revenu annuel de 14 600 dollars.
Mon idée, ce dont je rêve, c’est de voir les trois grands pays africains candidats au poste de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour y représenter l’Afrique se fixer pour objectif de donner au continent, en dix ou vingt ans, trois Turquie : plus démocratiques encore, plus développées et plus prospères que ne l’est ce pays aujourd’hui.
Ils mériteraient alors pleinement tous les trois d’accéder à ce poste de membre permanent du Conseil de sécurité auquel ils postulent.
Si, pour une raison ou une autre, ils ne l’obtenaient pas, ils seraient tout de même passés, à une vitesse supérieure, du XXe au XXIe siècle, entraînant dans leur sillage le reste du continent.
Trois pays africains, ceux qui pèsent le plus économiquement, sont en compétition : l’Afrique du Sud, le Nigeria et l’Égypte.
S’étant débarrassé de son dictateur, en passe d’accéder à la démocratie, ce dernier pays s’est ainsi donné, en 2011, une carte supplémentaire.
La création de nouveaux postes de membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU n’est certes pas pour demain. Mais on en parlera de plus en plus jusqu’à ce qu’elle advienne.
Il est donc temps de regarder le problème ainsi posé à l’Afrique et d’évaluer les chances respectives des trois pays qui postulent à cette distinction.
Assez comparables par la superficie, ils se distinguent par la population.
La superficie d’un pays n’est d’ailleurs un facteur important que par la densité de peuplement qu’elle peut induire. En termes de superficie, les trois pays sont presque équivalents : autour du million de km², soit deux à trois fois moins que le Soudan, l’Algérie, la Libye ou la République démocratique du Congo, qui se situent, eux, un peu au-dessus ou au-dessous de 2 millions de km², tout en étant – du moins les trois premiers – beaucoup moins peuplés.
Cela étant, avec plus de 160 millions d’habitants, le Nigeria est deux fois plus peuplé que l’Égypte, et il y a un peu plus de trois Nigérians pour un Sud-Africain.
Est-ce un avantage pour le Nigeria ? Rien n’est moins sûr, car ce pays, trop dépendant du pétrole, ressource dominante, a un PIB (produit intérieur brut) légèrement inférieur à 200 milliards de dollars (194 milliards), contre 220 milliards pour l’Égypte et 370 milliards, presque le double, pour l’Afrique du Sud.
Il en découle un revenu annuel de 1 200 dollars pour le Nigérian ; celui de l’Égyptien est de 2 400 dollars, soit le double ; tandis que le Sud-Africain dispose (en moyenne) de plus de 6 000 dollars par an : cinq fois plus que le Nigérian.
À titre indicatif, le PIB de l’Afrique dans son ensemble est de 3 000 milliards de dollars, répartis à raison de 1 850 milliards au sud du Sahara et 1 150 milliards au nord.
Si l’on regarde les autres indicateurs socioéconomiques des trois pays (taux d’alphabétisation, de natalité, de mortalité infantile, de chômage, ou l’espérance de vie à la naissance), on note que le Nigeria est à la troisième place et l’Afrique du Sud à la première. Mais ces grands pays africains sont encore, tous les trois, à un stade de sous-développement caractérisé.
On le sait, un peuple émerge du sous-développement quand l’éducation est généralisée ou en voie de l’être, le système de santé assez performant et la majorité de la population convenablement logée, avec l’électricité et l’eau courante.
À ce stade de développement, le revenu annuel par habitant se rapproche, en règle générale, de 10 000 dollars, ou dépasse ce chiffre.
Aucun des 54 pays du continent africain n’en est là ; une petite vingtaine seulement peut parvenir à ce niveau ou s’en approcher dans les dix ans qui viennent.
J’ai abordé ce sujet parce qu’il nous faudra, dans un proche avenir, arbitrer entre les prétentions croisées de ces « trois grands » d’Afrique. Nous avons besoin, pour cela, de garder à l’esprit leurs forces et leurs faiblesses respectives.
Mais, en vérité, j’ai une autre raison de le faire et, en tête, une autre idée que je vous soumets ci-dessous.
Nous avons eu la chance de vivre, au cours des vingt dernières années, deux miracles politiques qui ont illuminé la scène du Tiers Monde.
Le premier est intervenu en Afrique en 1991 : sur les décombres de l’apartheid est alors née cette nation « arc-en-ciel » qu’est encore aujourd’hui l’Afrique du Sud. Façonnée par Nelson Mandela, elle a maintenu jusqu’à ce jour l’orientation démocratique et le développement économique raisonnable qu’il a voulus.
Ce miracle persiste depuis vingt ans et ne paraît pas menacé.
Le second a eu lieu une décennie plus tard : c’est la renaissance, à partir de 2001, de la Turquie. Fondée en 1923 par Atatürk, héritière d’un empire, la République turque a trouvé avec Recep Tayyip Erdogan, et son parti librement maintenu au pouvoir par les électeurs, le second souffle dont elle avait besoin : elle connaît depuis dix ans un développement économique accéléré, « à la chinoise », avec, simultanément et année après année, la consolidation de la première grande démocratie musulmane, dotée d’une politique étrangère indépendante de l’Europe comme des États-Unis.
La Turquie compte 76 millions d’habitants et a un PIB – 1 116 milliards de dollars en 2010 – presque égal à celui de toute l’Afrique du Nord, de l’Égypte au Maroc, et qui donne à chaque citoyen turc un revenu annuel de 14 600 dollars.
Mon idée, ce dont je rêve, c’est de voir les trois grands pays africains candidats au poste de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour y représenter l’Afrique se fixer pour objectif de donner au continent, en dix ou vingt ans, trois Turquie : plus démocratiques encore, plus développées et plus prospères que ne l’est ce pays aujourd’hui.
Ils mériteraient alors pleinement tous les trois d’accéder à ce poste de membre permanent du Conseil de sécurité auquel ils postulent.
Si, pour une raison ou une autre, ils ne l’obtenaient pas, ils seraient tout de même passés, à une vitesse supérieure, du XXe au XXIe siècle, entraînant dans leur sillage le reste du continent.
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