Avec le début du XXIe siècle, elle est entrée dans un cycle de croissance, de l’ordre de 5 % par an, qui se poursuit à ce jour, voire s’accélère.
Les instituts économiques qui scrutent ses performances sont unanimes à l’affirmer, sans hésitation ni réserve.
L’un des plus en vue, la Fondation Mo Ibrahim, a fêté son cinquième anniversaire le 10 octobre à Londres et rend public son Index annuel de la gouvernance des pays africains. Amélioré pour mieux tenir compte de ce que nous ont appris cette année les révolutions tunisienne, égyptienne et libyenne, ce document se fonde sur des études qui toutes confirment que le continent est bien engagé dans ce long cycle de croissance économique décrit par tous les autres observateurs.

L’économie générale de l’Afrique avait stagné tout au long des deux dernières décennies du XXe siècle ; elle s’est mise à bouger à la fin des années 1990. Depuis, sa croissance s’est affirmée d’année en année.
Comme tout le monde peut l’observer, les tigres et dragons asiatiques sont toujours en pleine expansion, mais désormais, ils ne sont plus seuls. On a vu naître et grandir des lions économiques africains.
Et l’on a cherché des réponses à cette double question : qu’est-ce qui a rendu possible et durable cette croissance de l’économie du continent ? Quelles sont les perspectives, quelles opportunités s’ouvrent devant elle ?

En 2008, le PIB (produit intérieur brut) total de l’Afrique se situait aux alentours de 1 600 milliards de dollars, soit l’équivalent de celui du Brésil ou de la Russie ; on prévoit qu’il augmentera de 1 000 milliards d’ici à 2020.
Entre 2000 et 2008, la croissance annuelle a été de 4,9 % et, phénomène entièrement nouveau, donc éminemment positif, cette croissance n’est pas seulement due à l’extraction et à l’exportation des produits du sous-sol : la banque, les télécoms, le commerce et les infrastructures y ont eu leur part, pour la première fois. Quant à l’investissement étranger, il a afflué et y a contribué.
Ce sont ces mêmes secteurs, ainsi que l’agriculture et les industries nouvelles, qui seront à l’origine des 1 000 milliards de dollars supplémentaires du PIB africain d’ici à 2020.

Jeune Afrique vous donnera le maximum d’informations sur l’index Ibrahim de la gouvernance africaine pour 2011 ; le classement des 53 pays africains sera analysé et commenté ; les progrès et les potentialités des économies africaines pour la décennie vous seront présentés.
Mais, sans attendre, je ne résiste pas au plaisir de vous soumettre, adaptés par nos soins de l’anglais, quelques instantanés graphiques (cliquez sur le lien). Regardez-les avec attention : ils illustrent et complètent ce texte et vous indiquent ce qu’est, sur le plan économique, l’Afrique d’aujourd’hui. Et ce que pourrait être celle de demain.

Les pays développés d’Europe et d’Amérique sont entrés, pour la plupart, dans un long cycle de croissance économique faible, voire nulle. En outre, leur population a cessé de croître, tandis que son âge moyen s’élève inexorablement ; à l’instar de celle du Japon, cas extrême, elle vieillit et parfois décline.
L’Afrique, et plus généralement le monde en voie de développement, peuvent-ils continuer à croître alors que les pays industrialisés et développés ont cessé, eux, de progresser ? Certes oui, car ce « rattrapage » n’est que l’inversion du mouvement qui a propulsé, il y a deux siècles, les pays industrialisés vers les sommets, laissant les autres dans les marécages du sous-développement.
Depuis le début de l’humanité et jusqu’à l’an 1700, la puissance économique d’un pays était proportionnelle à sa population : l’Inde, avec 165 millions d’habitants, et la Chine, avec 138 millions, étaient encore, en l’an 1700, les deux grands de l’économie mondiale : ils en représentèrent un bon 50 % tout au long du XVIIIe siècle, alors que la Grande-Bretagne, qui comptait moins de 10 millions d’habitants, n’en représentait que 3 %.
En quelques années, la révolution industrielle a fait de cette dernière, puis des États-Unis et de l’Europe, les maîtres du monde. Cette ère a duré deux siècles. Mais tout indique qu’elle est en passe de s’achever : depuis le début de ce siècle, nous revenons à l’avant 1700, où le poids démographique d’un pays, d’un continent – et sa jeunesse – redevient le facteur principal.

Si la population africaine doit passer d’ici à 2050 de 1 à 2 milliards d’habitants, soit de 12 % à 20 % de la population mondiale, si elle est la plus jeune de tous les continents, il est alors normal qu’en 2000 l’économie de l’Afrique se soit déjà mise à frémir…
Mais, pour continuer à croître, elle a vraiment besoin, comme le soutient Mo Ibrahim, de bonne gouvernance !