Ne fais pas ce que je fais...
lundi 20 février 2012 :: Moyen-Orient :: #862 :: rss :: lu 3541 fois
Ils ? Ce sont les puissances dites occidentales avec, à leur tête, les États-Unis, dont l'actuel président, Barack Obama, porta pourtant nos espoirs en 2008.
Nous ? C'est tout simplement vous et moi.
Je ne rappellerai pas les exemples des dernières années, mais vous parlerai de ce qu'ils ont fait, une fois de plus, qui ne sera malheureusement pas la dernière, au début de ce mois de février.
C'est donc on ne peut plus récent.
Élaboré par quelques pays arabes et euro-américains, un projet de résolution sur la Syrie a été soumis, samedi 4 février, au vote des quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU.
La Russie et la Chine ont utilisé leur droit de veto pour s'y opposer. Ce faisant, elles protégeaient le régime dictatorial de Bachar al-Assad, que les auteurs de la résolution accusaient, à juste titre, de « massacrer son propre peuple depuis plus de dix mois ».
Moscou et Pékin estimaient qu'il était de leur intérêt d'empêcher les auteurs de la résolution de procéder à un nouveau « changement de régime », de s'en prendre après la Libye à la Syrie et, au-delà, à l'Iran.
Ils entendaient aussi leur signifier urbi et orbi que « le monopole occidental sur le monde avait assez duré ».
L'attitude des Russes et des Chinois a déclenché contre eux une campagne euro-américaine de stigmatisation si violente que le chef de la diplomatie russe l'a qualifiée d'« hystérique ». L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, s'est dite « écoeurée de voir le Conseil de sécurité pris en otage par deux de ses membres avec des arguments creux ». Elle a parlé « d'intransigeance honteuse de la Russie, qui continue d'ailleurs de livrer des armes à la Syrie... »
De son côté, sa patronne, Hillary Clinton, a parlé de « cynisme », de « parodie », de « responsabilité pleine et entière de ceux qui maintiennent un soutien excessif au régime dictatorial qui opprime la Syrie ».
Quant à l'ambassadeur de France à l'ONU, Gérard Araud, il a parlé de « triste jour pour le Conseil de sécurité et pour tous les amis de la démocratie ».
Il est tout à fait exact, et nous le constatons nous aussi, que la Russie et la Chine aident un régime oppresseur à se maintenir au pouvoir. Ce n'est pas bien, nul n'en disconvient.
Mais Hillary Clinton et Susan Rice ont-elles la moindre légitimité pour faire la leçon aux auteurs du veto ? Aucune, et pas le moindre droit d'utiliser à leur encontre les termes cités ci-dessus. Voici pourquoi.
Le 18 février 2011, il y a tout juste un an, dans la même enceinte du Conseil de sécurité de l'ONU, pour la première fois depuis le départ de George W. Bush et l'arrivée de Barack Obama, les États-Unis opposaient leur veto à un projet de résolution.
Ce projet était présenté non pas par quelques pays arabes, mais par la totalité des vingt-deux membres de la Ligue et par plus de cent autres pays sur les cinq continents : cent trente pays au total, les deux tiers des membres de l'ONU !
Quatorze des quinze membres du Conseil de sécurité, y compris de proches alliés de l'Amérique - France, Portugal, Royaume-Uni et Irlande - ont voté « oui » et indiqué avec force qu'ils souhaitaient l'adoption du projet.
Les États-Unis ont été seuls à voter « non » et ont ainsi empêché qu'il soit adopté !
Ce projet de résolution était-il subversif ? Était-il seulement contraire aux vues et aux intérêts américains ? Pas le moins du monde.
Il rappelait simplement que « les colonies de peuplement installées par Israël dans le territoire palestinien occupé l'ont été en méconnaissance du droit international » et appelait, comme le faisaient auparavant les États-Unis eux-mêmes, à l'arrêt de cette installation.
Écoeurée ou non, la même Susan Rice a levé la main pour indiquer le veto américain. Pour tenter de justifier son geste, elle a soutenu que « les colonies détruisaient, certes, la confiance entre les parties, mais que la résolution, si elle avait été votée, aurait encouragé les mêmes parties à demeurer hors des négociations ».
Tout le monde sait que le veto américain a été, en réalité, exigé et obtenu par le Premier ministre israélien, qui a d'ailleurs remercié Washington. Hormis Benyamin Netanyahou, la droite et l'extrême droite israéliennes, le monde dans sa totalité a vu dans le geste de l'administration américaine de Barack Obama « un soutien abusif à une politique illégale et illégitime ».
Parlons de ce droit de veto : c'est l'apanage, depuis soixante ans que l'ONU existe, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Comment a-t-il été utilisé et par qui ?
Principalement par les États-Unis, et presque toujours en faveur d'Israël et à sa demande. Tout se passe donc comme si ce petit pays, par ailleurs puissance nucléaire non déclarée, était le sixième membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU : il a bénéficié du veto quarante-deux fois en quarante ans, soit une fois par an.
Mais ne remontons pas au siècle dernier : depuis le début du XXIe siècle, ce droit de veto a été utilisé vingt fois, soit, en moyenne, deux fois par an.?Les États-Unis à eux seuls l'ont exercé dix fois (dont neuf pour Israël).
La Russie en a fait usage six fois, dont deux fois pour la Syrie, une fois pour le Zimbabwe et une fois pour la Birmanie.
La Chine, elle, ne l'a utilisé que quatre fois (deux fois pour la Syrie, une fois pour le Zimbabwe et une fois pour la Birmanie).
Comme on le voit, la Russie et la Chine votent souvent de la même manière, comme si elles étaient encore communistes et alliées. Quant aux États-Unis, ils disent en somme : « Faites ce que je dis, mais, surtout, ne faites pas ce que je fais », comme du temps où ils étaient « l'hyperpuissance » !
En guise de conclusion, je dirai au président Obama qu'il ne peut pas, sans dommage, continuer de mettre ses pas dans ceux de son prédécesseur George W. Bush.
Même pour se faire réélire, il ne peut pas - ne doit pas en tout cas - soutenir Benyamin Netanyahou les yeux fermés, quoi qu'il fasse, a fortiori lorsque ce dernier sabote sciemment le processus de paix israélo-palestinien.
Que Barack Obama s'insurge lorsque Vladimir Poutine obtient le renfort de la Chine pour, lui aussi, voler au secours de ses derniers alliés au Moyen-Orient est de bonne guerre, peut-être.
Obama peut le faire, s'il pense qu'il ne lui est pas possible de faire autrement. Mais alors, qu'il n'attende pas de nous d'être « sans mémoire »...
Nous ? C'est tout simplement vous et moi.
Je ne rappellerai pas les exemples des dernières années, mais vous parlerai de ce qu'ils ont fait, une fois de plus, qui ne sera malheureusement pas la dernière, au début de ce mois de février.
C'est donc on ne peut plus récent.
Élaboré par quelques pays arabes et euro-américains, un projet de résolution sur la Syrie a été soumis, samedi 4 février, au vote des quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU.
La Russie et la Chine ont utilisé leur droit de veto pour s'y opposer. Ce faisant, elles protégeaient le régime dictatorial de Bachar al-Assad, que les auteurs de la résolution accusaient, à juste titre, de « massacrer son propre peuple depuis plus de dix mois ».
Moscou et Pékin estimaient qu'il était de leur intérêt d'empêcher les auteurs de la résolution de procéder à un nouveau « changement de régime », de s'en prendre après la Libye à la Syrie et, au-delà, à l'Iran.
Ils entendaient aussi leur signifier urbi et orbi que « le monopole occidental sur le monde avait assez duré ».
L'attitude des Russes et des Chinois a déclenché contre eux une campagne euro-américaine de stigmatisation si violente que le chef de la diplomatie russe l'a qualifiée d'« hystérique ». L'ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Susan Rice, s'est dite « écoeurée de voir le Conseil de sécurité pris en otage par deux de ses membres avec des arguments creux ». Elle a parlé « d'intransigeance honteuse de la Russie, qui continue d'ailleurs de livrer des armes à la Syrie... »
De son côté, sa patronne, Hillary Clinton, a parlé de « cynisme », de « parodie », de « responsabilité pleine et entière de ceux qui maintiennent un soutien excessif au régime dictatorial qui opprime la Syrie ».
Quant à l'ambassadeur de France à l'ONU, Gérard Araud, il a parlé de « triste jour pour le Conseil de sécurité et pour tous les amis de la démocratie ».
Il est tout à fait exact, et nous le constatons nous aussi, que la Russie et la Chine aident un régime oppresseur à se maintenir au pouvoir. Ce n'est pas bien, nul n'en disconvient.
Mais Hillary Clinton et Susan Rice ont-elles la moindre légitimité pour faire la leçon aux auteurs du veto ? Aucune, et pas le moindre droit d'utiliser à leur encontre les termes cités ci-dessus. Voici pourquoi.
Le 18 février 2011, il y a tout juste un an, dans la même enceinte du Conseil de sécurité de l'ONU, pour la première fois depuis le départ de George W. Bush et l'arrivée de Barack Obama, les États-Unis opposaient leur veto à un projet de résolution.
Ce projet était présenté non pas par quelques pays arabes, mais par la totalité des vingt-deux membres de la Ligue et par plus de cent autres pays sur les cinq continents : cent trente pays au total, les deux tiers des membres de l'ONU !
Quatorze des quinze membres du Conseil de sécurité, y compris de proches alliés de l'Amérique - France, Portugal, Royaume-Uni et Irlande - ont voté « oui » et indiqué avec force qu'ils souhaitaient l'adoption du projet.
Les États-Unis ont été seuls à voter « non » et ont ainsi empêché qu'il soit adopté !
Ce projet de résolution était-il subversif ? Était-il seulement contraire aux vues et aux intérêts américains ? Pas le moins du monde.
Il rappelait simplement que « les colonies de peuplement installées par Israël dans le territoire palestinien occupé l'ont été en méconnaissance du droit international » et appelait, comme le faisaient auparavant les États-Unis eux-mêmes, à l'arrêt de cette installation.
Écoeurée ou non, la même Susan Rice a levé la main pour indiquer le veto américain. Pour tenter de justifier son geste, elle a soutenu que « les colonies détruisaient, certes, la confiance entre les parties, mais que la résolution, si elle avait été votée, aurait encouragé les mêmes parties à demeurer hors des négociations ».
Tout le monde sait que le veto américain a été, en réalité, exigé et obtenu par le Premier ministre israélien, qui a d'ailleurs remercié Washington. Hormis Benyamin Netanyahou, la droite et l'extrême droite israéliennes, le monde dans sa totalité a vu dans le geste de l'administration américaine de Barack Obama « un soutien abusif à une politique illégale et illégitime ».
Parlons de ce droit de veto : c'est l'apanage, depuis soixante ans que l'ONU existe, des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Comment a-t-il été utilisé et par qui ?
Principalement par les États-Unis, et presque toujours en faveur d'Israël et à sa demande. Tout se passe donc comme si ce petit pays, par ailleurs puissance nucléaire non déclarée, était le sixième membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU : il a bénéficié du veto quarante-deux fois en quarante ans, soit une fois par an.
Mais ne remontons pas au siècle dernier : depuis le début du XXIe siècle, ce droit de veto a été utilisé vingt fois, soit, en moyenne, deux fois par an.?Les États-Unis à eux seuls l'ont exercé dix fois (dont neuf pour Israël).
La Russie en a fait usage six fois, dont deux fois pour la Syrie, une fois pour le Zimbabwe et une fois pour la Birmanie.
La Chine, elle, ne l'a utilisé que quatre fois (deux fois pour la Syrie, une fois pour le Zimbabwe et une fois pour la Birmanie).
Comme on le voit, la Russie et la Chine votent souvent de la même manière, comme si elles étaient encore communistes et alliées. Quant aux États-Unis, ils disent en somme : « Faites ce que je dis, mais, surtout, ne faites pas ce que je fais », comme du temps où ils étaient « l'hyperpuissance » !
En guise de conclusion, je dirai au président Obama qu'il ne peut pas, sans dommage, continuer de mettre ses pas dans ceux de son prédécesseur George W. Bush.
Même pour se faire réélire, il ne peut pas - ne doit pas en tout cas - soutenir Benyamin Netanyahou les yeux fermés, quoi qu'il fasse, a fortiori lorsque ce dernier sabote sciemment le processus de paix israélo-palestinien.
Que Barack Obama s'insurge lorsque Vladimir Poutine obtient le renfort de la Chine pour, lui aussi, voler au secours de ses derniers alliés au Moyen-Orient est de bonne guerre, peut-être.
Obama peut le faire, s'il pense qu'il ne lui est pas possible de faire autrement. Mais alors, qu'il n'attende pas de nous d'être « sans mémoire »...
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